Discrimination à l'embauche : les femmes en surpoids en première ligne

Discrimination à l'embauche : les femmes en surpoids en première ligne
Discrimination à l'embauche : les femmes en surpoids en première ligne
Pour trouver un job, il vaut mieux avoir le physique de l'emploi. C'est le constat accablant du nouveau Baromètre sur les discriminations à l'embauche publié lundi 15 février par le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail (OIT). Selon l'étude, avoir un physique corpulent serait, après l'âge, le 2e inconvénient pour être embauché.
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Les discriminations à l'embauche ont beau être civilement et/ou pénalement répréhensibles, elles continuent malgré tout à entraver l'accès à l'emploi de personnes ne répondant pas aux critères physiques recherchés par les employeurs. C'est ce que met en lumière 9e édition du Baromètre du Défenseur des droits et de l'OIT sur la perception des discriminations dans l'emploi publié lundi 15 février et réalisé par le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail (OIT).

Réalisée auprès de 998 demandeurs d'emploi âgés de 18 à 65 ans, l'étude affirme qu' "avoir un style ou une corpulence 'hors normes' constitue un inconvénient majeur pour être embauché et peut inciter les employeurs à questionner les candidats sur ces attributs lors des entretiens d'embauche".

Selon les résultats du baromètre, 79% des répondants (83% des femmes et 76% hommes) pensent que leur apparence physique a une influence sur le recruteur. Au total, ce sont 8% des chômeurs interrogés qui déclarent avoir été discriminés à l'embauche du fait de leur apparence physique (10% des femmes et 6% des hommes), et ce peu importe les catégories d'âge ou le niveau d'études.

Les femmes obèses, premières victimes de la discrimination à l'embauche

De manière générale, ce sont les femmes qui semblent le plus pâtir de discriminations. Sur les 998 répondants, elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes à déclarer avoir déjà être discriminées à l'embauche en raison de leur physique, de leur style vestimentaire ou de leur niveau d'études.

Et ce sont les femmes en surpoids ou obèses qui semblent être les premières lésées lors des processus de recrutement. Parce qu'elles ne répondaient pas aux critères physiques souhaités par les entreprises, elles rapportent être huit fois plus souvent discriminées que les femmes d'IMC "normal". Quant aux hommes en surpoids, ils se déclarent trois plus discriminés que les hommes dont l'IMC est considéré comme "normal".

Outre les personnes se déclarant discriminées à cause de leur apparence physique (70% des femmes et 51% des hommes), près d'un répondant sur 3 (19% de femmes et 25% des hommes) considèrent que leur style vestimentaire atypique (tenue, tatouage, piercing, coiffure...) a joué en leur défaveur lors d'un processus d'embauche.

Le poids des préjugés

Interrogée par France Info , Sylvie Benkemoun, vice-présidente du Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids (Gros) explique que dans le monde de l'entreprise, le fait d'afficher un embonpoint important est clairement connoté. Injustement associé à l'idée d'incapacité "à se contrôler, à progresser, à bien se comporter dans un collectif de travail". Or, insiste Sylvie Benkemoun, cette stigmatisation des personnes en surpoids dans le monde de l'entreprise peut inciter celles et ceux qui en sont victimes à se lancer dans des régimes draconiens néfastes pour la santé. La discrimination entraîne aussi un intense sentiment de culpabilité qui peut se transformer en désocialisation et dépression.

Pourtant les discriminations liées au physique ou au style vestimentaire, notamment en matière d'embauche et sur le lieu de travail, sont interdites depuis 2001. Mais, souligne le rapport, elles restent rarement invoquées devant les juges ou le Défenseur des droits. En 2015, elles ne représentaient que 4,2% des réclamations.

"Les gens connaissent les autres sujets sur les origines, le handicap, mais ils ne sont pas sensibilisés aux discriminations liées au physique. Surtout, ils ne savent pas qu'ils peuvent se battre contre, d'autant qu'il n'y a pas, à l'heure actuelle, de réseau associatif pour les accompagner. De plus, jusque il y a trois ans, le Défenseur des droits ne communiquait pas trop sur ce point", estime dans Libération le sociologue Jean-François Amadieu.