Ne me dites plus jamais : "T'as pas maigri ?"

"T'as maigris ?"
"T'as maigris ?"
La question "T'as maigri ?", c'est juste une belle manière de nous rappeler que nous sommes gros·ses. Mais ne vous inquiètez pas, nous n'avons pas besoin de votre flatterie mal placée.
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Début septembre, je suis allée chez le coiffeur. J'ai toujours eu les cheveux longs, mais cette fois-ci, j'ai décidé que j'avais vraiment besoin de changer de tête. Le coiffeur me propose une coupe qui, pour moi, est radicale : un carré. Je n'aurais jamais eu les cheveux aussi courts depuis des années.

Sauf que voilà, une coupe plus courte, cela renvoie l'image d'une personne plus "dynamique". Et cela fait donc un mois que fleurit cette question à mon endroit "T'as maigri ?", avec sa variante "T'aurais pas maigri ?".

Alors premièrement, désolée de vous décevoir, ou alors ma balance se joue de moi, mais je n'ai pas perdu un gramme. Pas un seul. Il faut dire que mon coiffeur a du talent dans la transformation.

Si cette fois-ci, cette petite réflexion anodine en apparence était liée à une nouvelle coupe, elle peut invariablement surgir avec le port d'une robe moulante ou d'un pantalon noir.

Alors ma réponse à cette question c'est : foutez-moi la paix.

J'ai envie de dire : "En quoi cela vous regarde-t-il ?". Est-ce que je vous demande : "Dis donc, c'est pas de l'herpès là au coin de ta bouche ?"

Cette simple question participe aussi à la pression constante qui pèse sur les gros et les grosses et à un climat malaisant de grossophobie.

Sauf que ce que vous n'avez toujours largement pas compris, c'est que plus on fait remarquer son poids à une personne et plus elle va développer un mal-être à ce sujet. Lâchez-nous la grappe ! Une bonne fois pour toutes. Laissez-nous vivre et respirer.

Mon poids, cela me concerne, moi et moi seule. J'ai appris à me détacher de vos avis condescendants. Si je blesse votre vue par mes bourrelets, je m'en tamponne le coquillard avec une mouche morte. J'ai appris à les aimer.

Comme le dit Gabrielle Deydier, autrice du livre On ne naît pas grosse, ça n'est pas parce que vous dites à un·e fumeur·euse d'arrêter la cigarette qu'il ou elle arrête. La perte de poids fonctionne de la même manière. Vous n'allez pas me "sauver" en me posant inlassablement cette question. Non, elle ne me flatte pas, elle me renvoie juste en permanence à une situation qui a l'air de vous turlupiner et de vous agacer : Je suis grosse !

Répéter cette question à quelqu'un, cela équivaut à lui dire tous les jours : "T'as un gros nez", "Je répète : tu as un gros nez", "T'as vraiment un gros nez". A la longue, la personne qui n'en avait rien à faire va détester son nez.

Cette question sous-entend également qu'on me félicite pour une éventuelle perte de poids. Et si je me sentais mal d'avoir maigri ? Et si je me sentais bien dans mon corps tel qui l'est et que vous veniez apporter du mal-être dans une situation apaisée ? Et si je n'avais pas besoin de votre regard et que le mien me suffit ?

Et on peut tout simplement ne pas avoir envie de maigrir ! Et on peut aussi être gros et grosse et être belle et en bonne santé. L'année dernière, je suis restée alitée presque deux mois à cause d'un (très) vilain mal de dos. J'ai perdu six kilos. J'étais euphorique de ma perte de poids. A l'époque, on m'a félicité à base de : "T'aurais pas maigri ?". Le mal passé, j'ai tout repris. Avec le recul, je me dis : mais quel enfer... Aujourd'hui j'ai regrossi mais je suis en bonne santé. J'étais malade et on me félicitait pour ma perte de poids.

Alors une bonne fois pour toutes, arrêtez de me casser les ovaires avec cette question ! Je me débrouille très bien toute seule, pas besoin de votre condescendance. Merci bien.