“Le seul refuge, c’était moi. J’ai été plongée dans un autre monde. Plus raffiné, malin, oui… Mais plus dégueu aussi !”
En 1980, Sophie Marceau devient l’idole des jeunes. Le mégasuccès de La Boum, en France, oui, mais aussi au Japon, et en Italie, bouleverse sa vie. Un docu exceptionnel et intensément féministe de la journaliste Sophie Rosemont redonne de la voix à cette icône.
Il s'intitule "A voix haute", à juste titre, et on l'a vu pour vous : on vous en parle.
“Quand on fait ce métier, faut pas avoir peur. On marche sur une lame. On risque de se couper tout le temps”
Cette réplique introduit notre plongée dans la tête de Sophie Marceau.
Et elle est si éloquente. On le comprend au fil des bobines.
“Marceau” n’est pas son vrai nom : mais celui d’un grand boulevard parisien. La réalité hélas, est moins prestigieuse que ce sobriquet, pour l'une des comédiennes les plus emblématiques des eighties.
Très tôt, elle devient une proie du “male gaze”, ce regard masculin qui calque sur les actrices ses désirs libidineux. Démonstration : à 19 ans, elle incarne l’amante de Claude Brasseur, 50 ans, dans Descente aux enfers, polar très sulfureux. Oui oui, le même Claude Brasseur qui incarnait son père dans La Boum, six ans plus tôt. No comment.
Gamine, Sophie voulait être chauffeur routier, comme son père.
Et donc déjà, casser les codes. Elle le fera sur les plateaux de tournage.
À seulement 14 ans, on compte déjà sur elle pour marquer les esprits : on lui propose le rôle principal de L’été meurtrier. Récit hyper éprouvant sur fond de VSS et de féminité hyper sexualisée. Suggestion audacieuse qui sous-entend une performance éprouvante et organique, très tôt dans une carrière.
C’est une certaine Isabelle Adjani qui l’acceptera finalement, ce rôle.
Au-delà des films refusés, Marceau écrit sa propre histoire. Elle n’a que 16 ans quand elle reçoit le César du meilleur espoir féminin. Le métier la happe. Jusqu’à la détruire.
Sur le tournage du Police de Maurice Pialat, elle vit l’enfer. Une expérience qu'elle abordera très tôt publiquement, suscitant une indifférence générale. Pialat a ses "méthodes", surtout tournées vers les femmes. Le metteur en scène l’humilie.
De douloureux souvenirs que l'on retrouve dans le documentaire très incarné de Sophie Rosemont.
“Pialat, je ne tournerai plus jamais avec lui. Il n’y a pas de “Mais” ou de “Néanmoins”... Il a toujours besoin de conflits. J’ai souffert. Il m’a traitée comme une bête”, témoigne Sophie Marceau dans ce portrait captivant, abondant en images d'archives. Pialat ne rétorquera que par la moquerie et le cynisme à ses dénonciations.
“Je suis peut-être un peu misogyne, mais pas pire qu’un autre”, dira-t-il. Toujours aussi sacralisé par une critique hexagonale qui se réjouit de son sexisme érigé en marque de fabrique.
L'actrice, elle, n'en finira pas de susciter commentaires et railleries.
Dans la plupart de sa filmo, les scènes de nu abondent. Sophie Marceau assume tout. Surtout, elle revendique un jeu qui passe beaucoup par le corps. Des partitions passionnelles voire incendiaires. On la résume au statut d’actrice hyper-sexualisée. La presse ne parle que de ses seins.
Entre désir (d’autrui) et liberté (la sienne), elle défend son indépendance et se dit “indocile”.
À 17 ans, elle s’émancipe de “Vick”, son alter ego de La boum, et accepte L’amour braque.
Commence alors une relation pro mais aussi amoureuse avec Andrzej Zulawski. Ils ont 25 ans d’écart. Et resteront ensemble 18 ans. La muse et son modèle ? L’actrice nie toute emprise. Elle parle de relation égalitaire. D’autres, de domination. D’autant plus que les attitudes du cinéaste sur les plateaux sont très… Volcaniques.
Encore une source à controverses. L’histoire de ce couple sera le sujet de son premier film de cinéaste : Parlez-moi d’amour. Film dont la tête d’affiche est une autre ex-ado star trop tôt plongée dans une scène très patriarcale… Un choix bien évidemment loin d'être anodin.
“Sophie Marceau a posé un regard bienveillant sur moi. Le cinéma dresse les actrices en sœurs ennemies. Là, il n’y avait aucune rivalité”
Ainsi parle Judith Godrèche, figure féministe, et actrice de Parlez-moi d’amour.
Deux comédiennes liées par un certain système, qui starifie les femmes, mais peut aussi les broyer. Tout un poème, le cinéma français des années 80, auquel finalement, très peu de stars féminines sont revenues (sur)vivantes. Rien que pour cela : donnons de la visibilité à ce "A voix haute", sur le site de ARTE, où le film est disponible gratuitement.