Connaissez-vous le "syndrome Les Sims" ?
C’est le fait de considérer qu’il y a des jeux vidéo pour femmes, et des jeux pour mecs. Un concept bien évidemment absurde et souvent risible dans ses démonstrations. On a enquêté pour vous sur ce sexisme non-assumé qui règne sur le monde des jeux vidéo.
Florilège de ce que l'on peut lire sur les réseaux sociaux dès qu'il est question d'un jeu considéré comme trop féminin - par ces messieurs : “Pas étonnant que tu gagnes” “C’est un jeu de noob”, “Nan mais ça c’est pas un vrai jeu”. Oui, un "jeu féminin" n'est pas considéré comme un jeu vidéo, du tout. On en vient à nier sa nature d'œuvre d'art.
Les Sims, Stardew Valley, Animal Crossing, Planet Zoo… Les exemples foisonnent. Mais c’est quoi du coup, un jeu pour filles ?
Un jeu sans violence, trop “facile”, sans notion de compétition, sans victoire ni défaite ? Vraisemblablement. Ca ne s’arrête pas à Sim City, ces clichés qui ont la dent dure. Les jeux dissociés des championnats mondiaux, des team esport et du “try hard” compulsif sont considérés comme plus féminins. Pas juste les jeux “girly” type Barbie, mais les jeux de simulation, les jeux plus contemplatifs, moins "virils" en somme.
Un utilisateur de Reddit l'énonce d'ailleurs auprès de confrères et consoeurs gamers non sans esprit critique : “Je suis un mec qui joue aux Sims. C’est stupide de le genrer. Mais je pense que c’est parce que ce jeu a un côté ‘maison de poupées’. Téléréalité, vie de famille, bonne tenue de la maison. Cette analyse est hyper stéréotypée”
Ce sont les hommes qui dictent ces règles, fortement imaginaires. Mais ils sont aussi nombreux à s’en offusquer, que l'on se rassure. Critiquant ce “virilisme” caricatural à reléguer au tiroir, avec notre Atari.
Un utilisateur de Reddit en témoigne sur un thread spécialement dédié à ce sujet épineux : “Pokémon a déjà été qualifié sous mes yeux de pink game, ou jeu pour filles. “C’est pour les gosses”, “Ce n’est pas un vrai jeu”. Ca, c’est que disent ces mecs qui se considèrent comme des hardcore gamers, alors que c’est très compétitif. Comme Planet Zoo, discrédité, qui est pourtant un jeu hyper difficile, ou Les Sims 4, un jeu hyper cinématographique, complexe”
Les jeux “women friendly” sont une illusion. Surtout quand des blockbusters du genre, comme les créations de Nintendo, tendent à l’universalité, fédère les sexes et les niveaux.
Durant le confinement, l’apogée de Animal Crossing sur Twitch l’a démontré ! Ralliant néophytes, pros et érudits de jeux plus compétitifs et soi disant “testostéronés”.
Meg Jayanth, développeuse de jeux vidéo, à The Guardian, le décrypte avec fracas : "Des jeux comme les free to play ou les jeux mobile sont perçus depuis des années comme des jeux féminins, et fatalement, déconsidérés : ce ne sont pas 'de vrais jeux' aux yeux de beaucoup"
Aujourd’hui, les gameuses et streameuses sont en nombre. Les préjugés finissent en game over quand on s’intéresse à l’évolution du public, et à celle de sa stigmatisation.
La championne esport de 35 ans, lauréate de records du monde en jeux de baston directement validés par le Guinness Book, le rappelle dans l’émission “Les termes”. Elle l'énonce ainsi sur le plateau du Joueur du Grenier : “Quand j’ai participé à mon premier championnat de Dead or Alive, en tant que meuf de neuf ans, je me suis retrouvée face à un mec qui m’a dit, sa bande de potes autour : “vas-y, je te laisse me mettre les premiers coups”. Et quand je l’ai dégommé, il m’a accusée de tricher, a cru que c’était de l’action replay, que ce n’est pas moi qui jouais !”
Kayane a “try hard” Soul Calibur, Tekken, Mortal Kombat… Des “jeux de gars”, soi-disant. Un uppercut aux clichés rances.
Les streameuses à l'unisson de la Française veulent l'abolition du terme “girl gamer”. Et donc des “girly games”. "Je suis une fille, une gameuse, pas une licorne. Je ne veux pas être perçue différemment, je ne veux plus qu'on m'appelle 'girl gamer', je veux être considérée à égalité", défend ainsi Leahviathan, streameuse pro, à la BBC. Elle n'est pas la seule à prendre position. Pour une sphère gaming plus inclusive et moins désuète que le retro gaming. On lève nos manettes à l'unisson.