Les filles plus menacées par les mutilations génitales en été

Hamdeya Nazmy, victime de MGF dans son enfance, pose avec sa fille de cinq ans Demyana en Egypte.
Hamdeya Nazmy, victime de MGF dans son enfance, pose avec sa fille de cinq ans Demyana en Egypte.
Tandis que pour certains d'entre nous, l'été rime avec vacances et soleil, d'autres abordent la saison sous un tout autre jour. Dans plusieurs pays d'Afrique, la période estivale est synonyme d'une augmentation du nombre de mutilations génitales féminines, et renforce les craintes de millions de jeunes femmes.
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Quand les établissements scolaires ferment pour laisser place aux grandes vacances, les pays et cultures pratiquant les mutilations génitales féminines (MGF) profitent de la période pour augmenter la cadence des opérations, rapporte le site de la chaîne CNN. Une manière, selon les partisans de ces actes, de laisser plus de temps aux jeunes filles pour guérir avant la rentrée.

Le phénomène est particulièrement répandu en Egypte où, malgré une interdiction des MGF depuis 2008, une extrême majorité de femmes (plus de 92%), âgées de 15 à 49 ans, ont subi des mutilations génitales. Dans le pays, les militants anti-excision posent ainsi un regard inquiet sur la période estivale, synonyme pour des millions de jeunes femmes d'une augmentation de la fréquence de ces mutilations.

La pratique, qui se retrouve particulièrement dans plusieurs pays d'Afrique comme l'Ethiopie, le Mali ou le Soudan, consiste en l'ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes sans justification médicale. Elle peut conduire à de sérieuses complications chez celles qui les endurent : hémorragies, infections urinaires, perte de sensation, infertilité...

Un plan annoncé pour repousser les MGF en Egypte

CNN relate le témoignage d'une Egyptienne de 47 ans, Mona Mohamed, qui raconte avoir subi ce type d'acte en plein été, alors qu'elle était âgée de 10 ans, dans son village du nord du pays. "J'étais terrifiée, raconte-t-elle. Elles m'ont attachée, ma mère tenant un bras et ma grand-mère l'autre bras". "Mona se souvient avoir reçu un chewing gum pour mâcher, avant de finalement s'évanouir", poursuit CNN. "Ce n'est qu'à son réveil qu'elle a réalisé qu'elle avait été mutilée".

Comme le rappelle le quotidien britannique The Guardian, le gouvernement égyptien a récemment annoncé un plan visant à réduire le taux de femmes mutilées de 10 à 15% dans les cinq prochaines années. Objectif : tenter de mobiliser monde médical et judiciaire pour contrecarrer l'augmentation de ces pratiques en début d'été, et surtout réduire la part des femmes qui en sont la cible sur le long terme.

Des mutilations aussi présentes en Europe

Les nations les plus touchées par les MGF ne sont d'ailleurs pas les seules concernées par ce problème. Plusieurs pays dans lesquels les mutilations génitales sont interdites, comme les Etats-Unis ou le Royaume Uni, constatent en effet que des familles profitent de l'été pour voyager avec leur(s) fille(s) dans leur pays d'origine. Sous couvert de vacances, les parents font alors subir à leur enfant une excision dans les règles établies par la tradition.

Malgré leur qualification en maltraitance sur enfant et leur caractère illégal au Royaume Uni, les MGF concerneraient environ 100 000 femmes dans le pays, selon les chiffres avancés par l'organisation Forward qui aide à protéger les enfants d'Afrique contre mutilations et mariages forcés. Pour lutter contre la pratique des voyages dans le pays d'origine en vue de pratiquer une excision, l'organisation a d'ailleurs publié un court-métrage destiné à sensibiliser le grand public à ce phénomène. Baptisée "Needlecraft", la vidéo rappelle que les MGF concernent plus de 125 millions de femmes dans 29 pays.

Le court métrage "Neddlecraft", réalisé par l'organisation Forward pour sensibiliser au problème des mutilations génitales féminines.