L'astroféminisme est aujourd'hui une tendance défendue par beaucoup de militantes post-Mona Chollet - et post-"Sorcières" donc, ce best-seller qui invoque faits historiques et symboles universels pour mieux bousculer le sexisme systémique. De la chasse aux sorcières à la Women's March.
Alors qu'en parallèle, d'aucuns affichent leur perplexité face aux porte-bonheur divers, aux signes good ou bad vibes et surtout au potentiel de tout cet imaginaire. Il faut dire que l'ésotérisme cool, c'est toujours particulier sur le papier comme intitulé.
Mais l'emblème de la sorcière, lui, est porteur d'une vraie valeur féministe : il suffit de voir comment les Américaines se sont réappropriées le motif pour dénoncer les mesures réactionnaires de Donald Trump. D'autres notions malgré tout, comme la mise aux nues du "féminin sacré", suscitent plus de circonspection au sein des cercles militants allergiques au bullshit.
L'horoscope va-t-il nous sauver du patriarcat ? Telle est la question.
Cela fait des années déjà que la vibe est à l'astro cool et sororal pour aficionados de Dangereuse alliance et des sœurs Halliwell.
Si la pop culture nous a inondé de marqueurs "Astrologie = cool", érigeant mille et uns emblèmes (sorcières, magiciennes, voyantes, oracles, Madame Irma) étroitement liés à la superstition, elle alimente aussi tout un marché pas toujours très égalitaire et révolutionnaire. Virginie Despentes a quand même fait plus pour le féminisme que l'astro.
Et on ne dit pas ça car l'immense King Kong Théorie fête ses dix ans. Plus vénér qu'un horoscope, c'est sûr.
Retour sur une vague d'astroféminisme et sur ce que les principales concernées pensent de toute cette mode controversée.
Loin d'être anecdotique puisque selon une étude YouGov pour Femina, près d'un·e jeune Français·e de 18-24 ans sur deux croirait à l'astro, et 37 % des 25-34 ans.
L'horoscope ne va pas remplacer les bouquins de Simone de Beauvoir. Ni même nos coffrets de Desperate Housewives.
Il faut malgré tout prendre en considération cette hype sidérante qui en dit moins long sur la science de l'astro que sur notre époque et notre intimité. Intimité forcément politique cela va sans dire, dans une ère néo-féministe assumée. Laquelle fait aussi du néo-libéralisme et de la pop culture des composantes de ses engagements.
C'est justement là que l'astrologie rentre en ligne de compte. Omniprésente des revues à bouquiner chez le coiffeur aux memes du web social, des carrousels de stars sur Instagram aux articles sur Taylor Swift, l'astro règne sur le monde comme jamais et semble renvoyer ses aspects démodés et kitsch à un passé plus que révolu.
On est à deux doigts de sortir notre boule magique et de remater nos épisodes préfs de Charmed. Mais soit. A l'origine on se fiche quelque peu de savoir ce que notre signe raconte de nos habitudes alimentaires. Ou pourquoi le signe astro de Dakota Johnson tombe sous le sens et en dit long sur le sous-textes de Cinquante nuances de Grey.
Mais alors que les associations spécialisées de prévention contre l'endoctrinement et les manipulations mentales sensibilisent à raison sur les dangers que représentent une trop forte implication dans ces croyances, les féministes elles invitent plutôt à y voir des métaphores. Un amusement, déjà : comme une récréation. Et à valoriser une lecture détachée et symbolique.
Anaïs Bouton, journaliste et autrice défenseure de l'astro : "L’astrologie, c’est parfois juste une façon subtile de se raconter nos vies. On lit « renouveau », « énergie », « alignement » en se disant qu’on prend tout, même la moitié. Les horoscopes nous divertissent, nous rassurent parfois, nous inspirent aussi, mais notre véritable boussole ne se trouve pas au-dessus de nous, elle est en nous. Dans ce supplément de volonté, de douceur et de courage qui oriente nos pas : notre ascendant tenace."
Mathilde Fachan se définit comme une astrologue féministe et dans les pages de Vanity Fair l'érudite ne dit pas mieux lorsqu'elle soulève cet éclaircissement des plus éloquents : "L’astrologie permet d’étudier la symbolique du ciel : il s’agit moins d’un exercice d’algèbre que d’un exercice de traduction. Le discours de l’astrologue n’obéit à aucun devoir de neutralité : il reflète aussi les attentes d’une époque et d’une société. Aux femmes de se réapproprier l’astrologie pour en faire l’outil qui leur ressemble et les aide, au quotidien, à conquérir toute leur liberté !"
"On est une génération qui recherche du sens", explique encore Mathilde Fachan du côté de Terrafemina dans une enquête consacrée à ce vaste sujet, afin de révéler les dessous de la popularité d'une telle pratique. "Le monde n'est pas plus dingue qu'avant, mais plus complexe, : on est sur-informé·e·s".
Mais ce n'est pas tout. l'érudite nous détaille le sens profondément politique de la pratique. Quand elle est articulée non pas comme une mathématique, mais comme une allégorie. Quelque chose de philosophique, en fait. Comme un épisode de Lost ou une métaphore queer dans une chanson de Chappell Roan.
"On veut trouver un début de réponse, un mouvement philosophique auquel on puisse s'accrocher pour l'améliorer. Ça peut passer par une reconversion, la philosophie, l'écologie et aussi par la recherche de spiritualité. Les façons d'appréhender la discipline sont évidemment politiques car l'astrologie est une grille de lecture du monde. Elle change car la société et les astrologues changent".
Du coup, tout en conservant notre rationalité précieusement, comme Sydney Sweeney conserve sa carte du parti Républicain, on peut tout à fait ménager la chèvre et le chou : voir davantage en l'astro un mood ou un cristalliseur de réflexions plutôt qu'un écrit à respecter à la ligne.