Quels sont les livres qui vous font (vraiment) du bien ?

Ces livres synonymes de bonheur, quels sont-ils ?
Ces livres synonymes de bonheur, quels sont-ils ?
Quand l'atmosphère se fait anxiogène (comme maintenant), la littérature fait office d'évasion. Certains livres ont cet effet : l'on revient vers eux quand on a besoin d'air. Familiers, ils rassurent. Lectrices et lecteurs, vous nous avez confié vos coups de coeur.
A lire aussi

Certains livres sont comme des phares dans la nuit. On revient vers eux pour mieux s'orienter quand tout semble incertain. A l'instar d'un porte-bonheur, notre livre fétiche ne nous quitte jamais, qu'il soit près de nous, ou dans notre esprit. On relit ses pages pour retrouver le sourire. Par sentimentalisme, nostalgie, nécessité psychologique. Ils ne sont pas rares, ces bouquins qui font l'effet d'un bon plaid ou d'un chocolat chaud qui réchauffe en plein hiver.

Si peu rares d'ailleurs que vous êtes nombreux et nombreuses à nous avoir recommandé vos lectures de chevet dès qu'un appel aux témoignages fut lancé. Certaines voix évoquent spontanément Les quatre filles du Dr March, le classique sororal (littéralement) de Louisa May Alcott, récemment revisité par Greta Gerwig, d'autres citent la prose humaniste de John Steinbeck ou celle, philosophique et existentielle, de Milan Kundera. Certaines lectrices enfin nous recommandent des bandes dessinées et même des comic-books...

Le livre qui rend heureux·se n'a pas qu'une seule couverture, il en a mille. Suivez le guide.

De véritables terres d'évasion

Nostalgie, évasion, romantisme...
Nostalgie, évasion, romantisme...

Le maître-mot des lectures qui réconfortent ? L'évasion. Le livre qui compte à vos yeux est toujours celui qui vous fait voyager. Comme La charmante librairie des jours heureux de Jenny Colgan, prescription chérie de Salomé, libraire de 26 ans. Cette immersion feel good au sein d'une petite librairie des Highlands écossais dénote par sa tendresse et son humour. La jeune femme l'a découvert au cours de ses études, entre deux plongées dans son mémoire. Autant dire que l'écriture de l'écossaise a allégé son niveau non négligeable de stress.

"Ce livre m'a sauvé plusieurs fois de la déprime. La première fois, je me suis retrouvée à le dévorer jusqu'aux petites heures du matin sans pouvoir décrocher. Je l'ai même lu deux fois d'affilée ! Colgan est une amoureuse des livres, son écriture est très douce et elle aborde des thèmes à la fois simples et universels", témoigne-t-elle. Aujourd'hui, elle revient volontiers vers ce livre qui fait l'effet "d'une bonne tisane au coin du feu". On visualise.

Tout aussi dépaysant est le conseil livresque de Maxime, éditeur trentenaire : la saga des Maigret de George Simenon, dans laquelle il pioche comme s'il s'agissait d'un paquet de bonbons. Une certaine vision de la France et de ses petits villages, enfouis dans le temps. "C'est une saga littéraire qui s'étend des années trente aux années soixante-dix, et pourtant on a l'impression que rien ne bouge jamais !", s'amuse-t-il d'ailleurs. Enquêtes policières, digressions culinaires, caractères atypiques... Difficile de ne pas tomber sous le charme de Jules Maigret.

"La petite librairie des jours heureux"
"La petite librairie des jours heureux"

De sa personnalité éclot le sentiment d'apaisement propre à nos livres fétiches. "Ce gars, Jules Maigret, il fait plaisir. Il est un peu lourdaud et humble, hausse le ton quand il faut, mais ne laisse jamais paraître le stress. C'est un gros matou", décrit-il avec une affection non-feinte. Idem, Maxime voit en l'écriture du grand Simenon une identique zen-attitude : "Elle est bienfaisante : linéarité, simplicité de la phrase mais aussi fluidité, il y a un rythme qui fait que tout coule dans l'esprit. Il y a un côté 'plan sans accroc' dans son écriture", poursuit-il.

Un effet "anti-stress" qui a parfois tout à voir avec la nostalgie.

De la nostalgie pure

Quand tourner les pages aide à mieux respirer.
Quand tourner les pages aide à mieux respirer.

C'est en tout cas ce que revendique pleinement Perrine, freelance dans le domaine de la communication. A 27 ans, la jeune femme se souvient de ses nuits passées à lire - ou écouter - des contes. Notamment ceux du romancier danois Hans Christian Andersen. Des histoires pleines d'héroïnes, souvenez-vous : La petite sirène, la princesse au petit pois, Poucette, la Reine des neiges, la petite fille aux allumettes, la Bergère et son Ramoneur... Des silhouettes bien souvent tragiques, rendues iconiques par Disney et autres dessins animés d'enfance.

"J'en relis de temps en temps ces contes, c'est ma madeleine de Proust. Les versions pour adultes sont pour la plupart assez tristes, voire même carrément glauques !... Mais elles me renvoient à cette période de l'enfance où je les lisais ou les regardais en cassettes. Donc ça me fait du bien", nous explique-t-elle, le spleen en sourdine.

Un sentimentalisme assumé qui correspond tout autant à ses autres livres de chevet de l'époque, comme Le petit Nicolas de René Goscinny (illustré par Sempé), ses numéros collector de Super Picsou Géant ou encore l'immortelle Matilda de Roald Dahl, autre histoire "traumatisante", avoue-t-elle, d'une amoureuse des livres. Cultes !

Les princesses d'Andersen.
Les princesses d'Andersen.

Y retourner revient à mettre en pause un monde où tout semble toujours plus incertain. C'est aussi cela qui renvoie Maxime à ses Maigret tout cornés : "Disons que c'est comme une bonne pantoufle. C'est pas ta chaussure préférée, celle que avec laquelle tu vas te la péter dans la rue, mais c'est celle qui te fait le plus de bien quand tu l'enfiles chez toi, au chaud, peinard. En ces temps un peu troublés, ça me rassure", confesse-t-il. Au calme.

Des livres pour voir plus loin

"Le livre d'un été" de la grande autrice lesbienne Tove Jansson.
"Le livre d'un été" de la grande autrice lesbienne Tove Jansson.

Mais réduire les livres qui font du bien à de simples reliques serait passer à côté de leur singularité. Non, les bouquins feelgood ne se limitent pas à de bêtes plaisirs égoïstes, ce sont avant tout des émotions que l'on transmet. La charmante librairie des jours heureux est le livre que Salomé a le plus prêté à son entourage. Quant à Anne-Lise, journaliste de 40 ans, elle offrirait volontiers la biblio de Tove Jansson à ceux et celles qui lui sont chers. Oui, Tove Jansson, cette autrice native de Helsinki auquel la Finlande a dédié une journée nationale.

Lesbienne et libre, la créatrice des Moomins (ces trolls au look d'hippopotames aussi bien dérivés en albums qu'en mugs) a délivré, en parallèle de ses romans pour enfants, une oeuvre plus "adulte" riche de sens. Parmi ces opus, Le Livre d'un été, récit de Sophie, une orpheline passant ses vacances sur une île du Golfe de Finlande en compagnie de sa grand-mère. Plus que touchant.

"Ce livre a été un refuge. Quand je l'ai découvert, j'avais moi aussi un deuil à traverser. Chez Jansson, il y a tout un imaginaire de l'île, une relation philosophique qui s'instaure entre les générations, un esprit critique bienveillant... notre coeur s'agrandit à chaque page", décrit-elle.

Les Moomins, trolls ultra kawai.
Les Moomins, trolls ultra kawai.

Un récit du lien donc, mais aussi de la consolation. Rien de tel pour mieux penser les jours à venir. "L'oeuvre de Tove Jansson est une constellation. Elle nous invite à penser hors du cadre, considérer d'autres façons de vivre, plus harmonieuses, plus simples mais pas moins denses", se réjouit encore notre instigatrice.

S'enfermer dans une bulle sans égarer sa lucidité, c'est aussi là le point fort d'Un bonheur insoutenable, opus fétiche de Nicolas, photographe de 40 ans, et perle SF d'Ira Levin, grand auteur mésestimé de classiques aux fascinants personnages féminins - Un bébé pour Rosemary alias Rosemary's Baby, Les femmes de Stepford (un exercice de style féministe très sixties). Une histoire dystopique d'humanité aliénée par un ordinateur, que Nicolas compare volontiers aux écrits de George Orwell et Aldous Huxley. Déprimant ? Pas vraiment.

"Oui, Ira Levin nous parle de l'uniformisation de l'humain, d'une société du faux, d'un carcan immuable. C'est une lecture perturbante, et pourtant les pages se tournent frénétiquement : à la lire, on a envie de rébellion, mais l'on relativise aussi sur notre propre existence, en se disant que malgré tout nous n'en sommes pas encore là. Nous pouvons encore réajuster le tir. Ce livre est un cri d'espoir adressé aux générations futures", développe le photographe. Bon à savoir en pleine pandémie mondiale. Un livre à rajouter à votre bibliothèque.