Les tips pro/perso de Shiva Shaffii, fondatrice de Parent épuisé

Shiva Shaffii, fondatrice de Parent épuisé
Shiva Shaffii, fondatrice de Parent épuisé
C'est la naissance de son premier enfant qui a donné l'idée à Shiva Shaffii de fonder "Parent épuisé", une joyeuse communauté qui s'échange des conseils avec humour pour dédramatiser la parentalité. Comment arrive-t-elle à concilier ses mille et une vies ? L'entrepreneuse nous livre ses conseils et ses inspirations.
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Shiva Shaffii court partout, jongle, invente. Et c'est d'ailleurs cette vie de working-mum à mille à l'heure qui lui a inspiré son média et e-shop Parent épuisé en 2016. Tombée dans le vortex de la parentalité, avec ce qu'il implique de joyeux boxon, la serial entrepreneuse de 39 ans, passée par l'univers du parpaing et des fringues pour enfants, a décidé de monter cette communauté décomplexée où les parents au bout du rouleau partagent bonheurs, craquages et conseils bienveillants. Et se rient de leur "condition" dans un esprit décalé rafraîchissant.

La pétillante entrepreneuse accro à la liberté ("Une drogue méga dure") nous livre ses astuces pour monter sa boîte et ses secrets pour concilier vie pro et perso.

Terrafemina : Présentez-nous votre parcours en quelques mots.

Shiva Shaffii : En quelques mots, j'ai fait une grande école de commerce avec un accent mis sur le côté "créatif" du marketing (j'ai toujours été très attirée par les métiers de la création et de l'art en général que je pratique à titre personnel d'ailleurs), puis j'ai enchaîné les expériences à l'étranger avec un an en Corée du Sud et quatre ans en Argentine, où j'ai monté ma première boîte, Plan Techos, une fondation qui faisait de l'auto-construction solidaire de maisons en parpaings.

Quel a été le déclic pour créer votre entreprise ?

S.S. : Je suis quelqu'un d'assez peu "formatable", très libre, ce qui me semble être la caractéristique de tous les entrepreneurs, et évoluer dans une entreprise imposait, du moins en début de carrière, de rentrer dans des "cases" bien trop restrictives pour moi. J'ai besoin de vision globale, de décloisonnement, et de pouvoir être dans une logique d'innovation basée sur le test and learn rapide, ce qui veut dire une structure agile et un accès au marché immédiat. Bref, pas très compatible avec la plupart des grands groupes, mais idéal en mode start-up.

Quelles ont été vos allié·e·s dans votre parcours pro ?

S.S. : Dès mes premiers stages, mes supérieur·es m'ont immédiatement identifiée comme quelqu'un qui devait "monter sa boîte". Ils m'ont énormément fait confiance et c'est même l'un d'eux qui a investi dans ma deuxième boîte en France. J'ai eu également beaucoup de belles rencontres qui m'ont "appris à oser". Mais le déclic final a eu lieu en Argentine, où, fatalement, personne n'attendait rien de moi. Personne ne connaissait mon parcours, il n'y avait pas de jugement et la société argentine est une société d'entrepreneurs, et je n'avais donc absolument rien à perdre à essayer moi aussi. Ensuite, c'est comme une drogue, une fois qu'on y a goûté, impossible de revenir en arrière... La liberté est une drogue méga dure.

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles pour réussir à aller au bout de ses projets ?

S.S. : La qualité première sans aucun doute est pour moi la persévérance. Mais il faut ensuite à la fois être capable de se faire confiance, de tracer sa route malgré les personnes qui doutent énormément autour de vous, surtout quand c'est la première boîte, tout en étant capable d'écouter, car les critiques font énormément avancer quand on les traite de façon constructive.

Le pire ennemi est la pensée magique ou trop d'amour pour son produit. On devient aveugle, on n'écoute plus rien et ça ne donne rien de bon. Être capable d'être dans une dynamique de "croyance + vérification + doutes + amélioration + re test", est ce qui permet d'aboutir une offre et d'avoir des chances de réussir.

Quelle faiblesse avez-vous su transformer en force (et comment) ?

S.S. : Mon côté très indépendant, qu'il s'agisse de la liberté de penser, la liberté d'agir, associé à un appétit insatiable d'apprendre, d'innover et à une impatience notoire n'étaient pas forcément de bon augure au moment d'envisager une carrière classique de jeune diplômée d'HEC, qui, à l'époque formait plus aux grands groupes qu'à la start-up. Ces traits de caractère ont finalement été de précieux alliés dès que j'ai embrassé cette voie, de plus en plus évidente pour moi. Le côté indépendant et avide de liberté est vraiment le trait que je retrouve chez tous les entrepreneurs.

Vos indispensables pour concilier vie pro et vie perso ?

S.S. : De ce côté-là, je n'ai pas vraiment mis de mur entre les deux, j'arrive à prendre du plaisir "perso" dans mon travail, j'aime le travail en équipe, j'aime échanger avec mes collègues que je ne vois pas que comme des salariés mais bien dans leur intégralité, leur singularités, avec leurs grains de folie bien à eux.

Par ailleurs, le sujet que j'ai choisi de traiter depuis maintenant 8 ans est intimement lié à ma vie personnelle, mes enfants et ma famille en sont au coeur : ils m'inspirent chaque jour, je les fais même participer parfois, et il y a donc un continuum très agréable entre mes 2 mondes. Au niveau du temps de travail, comme beaucoup, je travaille sans doute beaucoup trop, j'essaie de lever le pied quand mon corps me dit stop, mais très franchement j'ai encore des progrès à faire !

Vos réflexes pour vous ressourcer et recharger vos batteries ?

S.S. : Au risque de donner une réponse étrange, mon exutoire, ma drogue, mon credo, c'est de rire. Rire dès que je peux, d'un peu tout, surtout de moi évidemment car je trouve que l'autodérision est la forme la plus noble de l'humour, mais aussi de la société, des codes, des masques, des situations.

Le rire est un plaisir à la fois physique et intellectuel, qui libère des endorphines et de la dopamine, qui unit les gens quels que soient leurs âges, leurs genres, leurs origines ou même leurs époques. C'est un trait d'union formidable entre les hommes et également une façon de prendre du recul par rapport au prosaïsme du quotidien. C'est aussi ce qui nous différencie des animaux ! Bref, c'est une faculté encore assez peu comprise, trop souvent pas assez prise au sérieux et c'est pourtant bien le propre de l'homme...


Le sport ? J'y pense, je m'y mets cette année pour de vrai. Sinon, je dessine beaucoup, je peins, je fais du piano, j'écoute beaucoup de musique, je lis énormément (je vais devoir prendre une pièce en plus tellement les livres s'accumulent), et je suis une grande fan de la mer, en bateau, sur terre, sous l'eau.

Votre astuce pour ne pas craquer sous la pression ?

S.S. : Quand je sens un trop-plein, j'arrête tout, je fais une pause, je coupe mon téléphone, je coupe tout et je m'impose une journée ou un moment où je me fais du bien. J'essaie de partir à la mer si je peux. L'eau a des vertus apaisantes incroyables, ou, à défaut, je m'allonge avec de la musique qui m'emporte ailleurs.

Il m'arrive aussi de simplement appeler les copains et d'aller faire la fête à fond, danser comme une dingue, chanter, rigoler, faire n'importe quoi. Ça me recharge aussi. Je sais, tout cela semble très antinomique.

Les trois femmes qui vous ont le plus inspirée dans votre vie ?

S.S. : Simone de Beauvoir, parce que lire ses livres a été une vraie révélation pour moi. Quelle finesse d'écriture, quel décryptage subtil des sentiments profonds des femmes (mais des humains tout court en réalité !) J'ai tout lu sauf le plus connu, Mémoires d'une jeune fille rangée. Mais ça doit être mon côté rebelle.


Darina Al Joundi, après l'avoir découverte avec son magnifique livre Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, livre qui m'a énormément remuée, forcément, moi-même étant fille d'exilé iranien... Un combat impressionnant avec la plus belle arme à mon sens : l'écriture et la culture.

Nikki de Saint Phalle, parce que j'aime son choix de couleurs, la joie de ses créations en contradiction totale avec la douleur qu'elle exprime quand on connaît son histoires, ses Nanas rappelant les personnages géants que l'on trouve au carnaval de Salvador au Brésil, la chaleur, la joie comme ode à la vie et à l'amour.

Votre citation inspirante pour vous booster ?


S.S. : "Le mot réalisme ne veut rien dire. Dans une certaine mesure, tout est réaliste. Il n'y a pas de frontière entre l'imaginaire et le réel" (Fellini). Bref, tout commence bien souvent par une idée farfelue.

Votre projet le plus fou ?


S.S. : Avoir fait des enfants. Et deux fois en plus.

Quel serait votre conseil pour inspirer toute une nouvelle génération de femmes ?

S.S. : Oubliez un peu que vous êtes une femme. Posez-vous la question, à chaque moment où vous prenez des décisions importantes : si j'avais été un homme, aurais-je pris une autre décision ? Si la réponse est oui, reposez-vous la question.

Quels sont vos prochains projets ?

S.S. : J'ai de quoi faire avec Parent Epuisé, des tas de projets dans le projets. Si vous voulez savoir, il faudra nous suivre.