Pourquoi il faut (vraiment) en finir avec la "positivité toxique"

La positive attitude, c'est pas obligé.
La positive attitude, c'est pas obligé.
"Tout ira bien", "Ca pourrait être pire", "Tu vas t'en sortir"... Qui n'a jamais été pris·e en flagrant délit de positive attitude ? Une positivité excessive. Ou pire : toxique. Oui oui, le mot n'est pas trop fort, et on vous explique pourquoi.
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Vous connaissiez la positive attitude chère à nos années 2000, veuillez désormais accueillir la "positivité toxique". Sans le savoir, elle vous est familière. Au quotidien, elle prend diverses formes. Un "ça ira" par ci, un "ça pourrait être pire" par là. Mais aussi : "tout se passera bien", "ça va passer", "il faut rester optimiste"... Et autres rengaines que vous avez certainement sermonnées un jour ou l'autre. Ou pire, que l'on vous a sermonnées.

Vous commencez à mieux percevoir la chose. La docteure Heather Monroe l'explique avec clarté du côté du Huffington Post : "La positivité toxique est l'idée que nous devrions nous concentrer uniquement sur les émotions positives et les aspects positifs de nos vies. C'est la conviction que si nous ignorons les émotions ou moments difficiles, nous serons beaucoup plus heureux". Juste une illusion. Mais qui, pour beaucoup, n'a rien d'une poudre de perlimpinpin. Car la positivité aide parfois à surmonter les épreuves, se protéger face à la dureté du monde, tenter de rassurer celles et ceux qui nous sont chers. En somme, elle est pavée de bonnes intentions.

Pourtant, elle peut être diablement contre-productive. Synonyme de small-talk, d'indifférence involontaire, de feel-good candide, de déni, on en passe et des meilleures. C'est pour cela que toxique, elle le reste. De nombreuses paroles expertes et alertes nous le rappellent. Petit tour d'horizon d'un paradoxe qui, malheureusement, nous concerne toutes et tous.

Pourquoi la "positivité", ça craint

La positivité toxique, qu'est ce que c'est ?
La positivité toxique, qu'est ce que c'est ?

Paradoxe, oui, car la positivité nous est vendue comme une philosophie de vie lucide. Il s'agit de relativiser : se dire "qu'il n'y a pas mort d'homme", qu'une épreuve se traverse toujours, qu'il est important de garder espoir quand la vie vous dessert. Des mantras si profonds qu'ils pourraient figurer sur des tote-bags. Or, sous couvert de vérités indéniables, la positive attitude nous aveugle. Notamment car, poursuit Heather Monroe, essayer de cacher ses sentiments réels sous couvert de belles phrases "peut finalement conduire à un excès de stress : fermer la porte aux émotions négatives ne les fait pas disparaître, cela les exacerbe". Faire l'impasse sur les coups durs revient à les éviter pour mieux se les reprendre en pleine figure. Ça fait mal.

"Parce que vous évitez de ressentir les émotions négatives, vous vous dites qu'au fond vous n'avez pas besoin d'y prêter attention. Elles deviennent donc plus fortes puisqu'elles ne sont pas traitées", détaille à ce titre la revue spécialisée Psychology Today. Un déni malheureux qui peut vous inciter à traiter par-dessus la jambe de vrais problèmes, comme la dépression. Or, la santé mentale ne doit pas être prise à la légère. La vôtre, bien sûr, mais aussi celle des autres. Car bien souvent, nous ignorons comment répondre à la détresse d'autrui et apaiser les angoisses. Alors, nous réagissons par la positivité. Sincère mais maladroite, forcément déplacée.

Natalie, 34 ans, pourrait en témoigner. Elle l'explique d'ailleurs dans les pages de Refinery29. La trentenaire a passé deux ans à essayer de trouver un nouvel emploi. D'un entretien à l'autre, ses ami·e·s lui répétaient sans cesse : "Il y aura une meilleure opportunité juste au coin de la rue" ou "ça pourrait être pire". Garder le sourire était presque une injonction. Très vite, elle en a eu marre. "Ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. Cela m'a fait me sentir plus mal. J'aurais juste aimé que quelqu'un puisse dire : 'Tu sais quoi, ça craint vraiment'", raconte-t-elle.

Idem pour Clara, 38 ans. Son fils a été diagnostiqué d'un cancer. Pour son entourage, Clara était "une inspiration", on lui clamait que "tout ira bien". Mais si ces paroles-là étaient une manière comme une autre de censurer les sujets les plus dramatiques et dérangeants ? En décochant de telles phrases, on cadenasse la possibilité de parler et d'évacuer ses émotions. Le tout sous couvert d'une peur bien humaine, mais qui ne profite à personne.

Comment s'en défaire ?

"Ca ira !" : et si ça ne va pas ?
"Ca ira !" : et si ça ne va pas ?

Seul bémol : on a beau se douter des effets néfastes du "mind positive", ces habitudes sont tellement ancrées en nous que l'on a bien du mal à les faire disparaître. Pas de panique cependant, les alternatives existent sans avoir à chercher bien loin. La première de toutes coule d'ailleurs de source : écouter.

Quand l'un de vos proches ne va pas bien, tendre l'oreille sans chercher les mots justes est déjà un bon point. Parfois, votre simple présence - attentive et honnête - importe. Votre interlocutrice et interlocuteur déballe ce qu'il a sur le coeur et sait qu'il peut compter sur vous pour prendre en considération ses affects. Sans relativisme benêt ou commentaires déplacés.

"Parfois, je souhaite que les gens s'assoient et me laissent expliquer pourquoi un truc me déprime, plutôt que d'essayer de me donner des réponses courtes et positives", affirme l'une des voix anonymes recueillies par Refinery29. Une empathie qui vaut le coup, des deux côtés. "En fait, prêter attention à vos émotions au fur et à mesure qu'elles viennent peut vous aider à mieux vous comprendre, vous et votre entourage", affirme Psychology Today. Et quand il s'agit de votre santé, les conseils abondent là encore.

 

Un sourire qui en dit long.
Un sourire qui en dit long.

Par exemple ? Ne pas hésiter à parler, du positif comme du négatif. Ne plus considérer vos angoisses comme des tabous. L'écrit vous va mieux ? Pas de soucis : vous pouvez toujours coucher sur papier votre anxiété, prescrit le psychothérapeute clinicien Noel McDermott au Huffington Post. Un journal intime pourrait être idéal afin de formaliser ce qui nous inquiète, fait mal ou effraie. Faire fi de l'autocensure, c'est, au fond, prendre soin de soi-même. Ce qui importe plus que tout. Car il n'y a rien de bien pire que "de nier les signes avant-coureurs de détresse", achève le spécialiste.

Une bienveillance qui prend aussi la forme de démarches élémentaires : s'alimenter sainement, préserver ses routines, conserver un sommeil équilibré. Autant d'efforts salutaires quand l'incertitude vous tiraille. Et puis bien sûr, le grand défi que nous lance l'après-positivité, c'est évidemment le refus des injonctions. Injonction de voir la vie en rose bonbon, de privilégier le consensuel à l'authentique au sein des interactions sociales, de percevoir en chaque faille un "challenge". Des observations qui se sont accrues lors du confinement, période angoissante qui, à en croire bien des voix,se devait avant tout d'être productive, créative, voire même romantique.

Et si on bousculait pour de bon ce culte de la positivité ?

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