"Restez à la maison" : une campagne anti-Covid accusée de sexisme au Royaume-Uni

"Restez à la maison" : une campagne anti-Covid accusé de sexisme au Royaume-Uni
"Restez à la maison" : une campagne anti-Covid accusé de sexisme au Royaume-Uni
La NHS (National Heath Service) souhaitait faire passer un message important aux Britanniques, elle a créé un tollé. En cause : les stéréotypes sexistes dépeints sur l'affiche de sa campagne anti-Covid qui appelle à "rester à la maison".
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L'image a été retirée depuis sa diffusion sur Facebook, mercredi 27 janvier, mais elle continue de tourner sur les réseaux sociaux. Et pour cause : si le fond est pertinent, la forme, elle, laisse clairement à désirer.

Sur l'affiche de la dernière campagne de la NHS (National Health Service, la Sécu britannique), on voit quatre petites maisons habitées, pour trois d'entre elles, par des femmes qui s'occupent du ménage et de leurs enfants. Seule présence masculine à déclarer : le scénario de la première demeure, où un couple hétéro est assis sur le canapé, lové en famille. En gros titre au-dessus de l'illustration, on lit : "Stay home. Save lives" ("Restez à la maison. Sauvez des vies")

Une injonction à ne pas quitter son domicile d'autant plus pressante que "le nouveau variant du Covid-19 se répand rapidement", précise plus bas le dessin, et que "chaque action compte". Essentiel, sans aucun doute. Seulement, plutôt que son message, c'est le recours aux stéréotypes sexistes qui a rendu la campagne virale - et largement critiquée.

"Le sexisme des années 50 se répand rapidement aussi"

"Qui a fait ça ? Et qui l'a approuvé ?", s'indigne sur Twitter la scientifique Dre Pragya Agarwal. "Hétéronormatif. Renforçant l'idée que c'est le travail d'une femme de faire l'école à la maison, de nettoyer, de s'occuper des enfants. Est-ce que les hommes sont partis en guerre ou quelque chose comme ça ?"

La pédiatre Shruti Patel lance à son tour, accusant le gouvernement derrière la campagne : "Com du gouvernement, logo de la NHS. Sa place est à la poubelle. Et pendant qu'on y est, où est l'aide financière pour les femmes qui ont dû réduire leurs heures de travail ou abandonner leur emploi pour garder leurs enfants ou faire l'école à la maison ? Encore une autre inégalité ignorée dans le château de cartes qu'est la politique COVID du Royaume-Uni".

Pour l'élue du Labour Party (gauche) Yvette Cooper, la comparaison est trop tentante : "Un message du gouvernement aux femmes et aux filles de la nation ! En 2021. Il s'avère que le sexisme des années 1950 se répand rapidement aussi", tweete-t-elle.

De son côté, le Premier ministre Boris Johnson a vainement essayé de calmer le jeu face à la colère des internautes : "Je tiens à préciser qu'il ne reflète pas le point de vue du gouvernement sur les femmes, c'est pourquoi nous l'avons retiré", a-t-il déclaré le 28 janvier . Trop tard pour certain·e·s, qui pointent à juste titre la manque de parité et de diversité que reflète un tel tollé. "N'y a-t-il pas de femmes intelligentes qui conseillent le gouvernement à ce sujet ? Je suis perplexe devant le manque de sensibilisation", note Lorraine Candy, ex-rédactrice en cheffe du Sunday Times Style Magazine.

Une polémique d'autant plus sensible qu'au-delà d'une crise sanitaire, la pandémie a aussi engendré l'aggravation des inégalités de genre. Reste à voir comment, sur ce terrain-là également, l'exécutif compte se rattraper.