Dans cette entreprise, c'est le salarié qui décide de son salaire

Et si choisir son salaire permettait d'assurer une certaine égalité ?
Et si choisir son salaire permettait d'assurer une certaine égalité ?
Une entreprise où les salarié·e·s décident de leurs salaires serait-elle une entreprise idéale ? On peut sérieusement se poser la question.
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Et si on laissait les salarié·e s décider de leurs salaires ? Encore mieux : et si ce choix permettait de réduire l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes ? L'idée est plutôt curieuse, c'est vrai. Mais ce mode de pensée innovant pourrait être la solution aux discriminations qui encombrent (encore) le monde de l'entreprise.

C'est tout du moins ce que nous affirme Cecilia Manduca, 25 ans. Salariée enthousiaste de la société GrantTree (spécialisée dans le financement gouvernemental), la jeune femme est la fervente défenseuse d'une notion à laquelle elle croit dur comme fer : le processus d'auto-évaluation de la rémunération. En deux mots ? Les employé·e·s décident de leur valeur. Loin de l'utopie, ce concept-là ne serait pas sans vertus. La preuve ? En l'adoptant au sein de son entreprise, Cecilia Manduca a fait passer son salaire de 30 000 à 37 000 livres par an. Tout cela parce qu'elle a juste "décidé qu'elle pouvait les gagner", décoche cet intéressant focus signé Stylist.

"Je le méritais"

"J'avais beaucoup de doutes à propos de cette augmentation. J'en ai longtemps discuté avec d'autres personnes. Mais j'étais consciente que mon travail avait changé, que j'allais bien au-delà de mes objectifs. Que d'un point de vue rationnel, je la méritais", détaille-t-elle du côté de la BBC. A la radio britannique, elle précise que le processus "d'auto-évaluation" implique de décider du montant de son salaire sans attendre la moindre approbation de la part d'un responsable. A cela, l'on préférera plutôt demander conseil, comme elle le fit d'ailleurs auprès ses collègues. A ses côtés, les 45 membres du personnel de GrantTree fixent également leur propre salaire. Et peuvent le réviser aussi souvent qu'ils le souhaitent... Sous couvert de la même conviction : loin d'être un excès d'orgueil ou de confiance, cette façon de voir les choses serait en vérité très pragmatique. Si si.

"Au début je me sentais un peu cupide parce qu'il y a toujours une stigmatisation - ce sentiment que vous devriez vous sentir simplement heureuse avec ce que vous avez. Mais quand j'en ai parlé avec mon équipe ils m'ont dit que je méritais cette augmentation", raconte encore l'entrepreneuse. A l'écouter, en envoyant valdinguer cette fameuse "stigmatisation", ce processus "d'auto-évaluation" permettrait de combattre certaines problématiques de la vie de bureau. Les difficultés que rencontrent certaines femmes lorsqu'il s'agit de renégocier leurs salaires ou d'exiger une augmentation, par exemple (même si certaines n'hésitent pas à le faire). Des soucis qui en définitive ne font que renforcer les inégalités salariales. Face à cela, l'alternative que défend Manduca privilégie la dé-culpabilisation de la salariée. L'idéal pour mieux bosser.

En tant que travailleuse salariée, décider de son propre salaire inciterait à ne pas mésestimer ses compétences (bien réelles). Au contraire, il s'agit de leur attribuer une valeur concrète. Un calcul pas si simple, c'est vrai, dans une société patriarcale où les working girls doivent surmonter bon nombre d'obstacles pour s'imposer. Mais le jeu en vaut la chandelle. Car, comme l'indique Stylist, bien que ce système soit encore trop peu appliqué au Royaume-Uni, les entreprises qui autorisent leur personnel à prendre des congés illimités ou s'accorder des horaires flexibles (par exemple) présentent des résultats positifs : les salariées "finissent par travailler davantage", lorsque l'on offre certaines libertés - toutes relatives. Et surtout, lorsqu'on leur fait confiance.

Comme le rappelle le magazine, les hommes gagnent en moyenne 17,9% plus que les femmes au Royaume-Uni. Et si additionner ces deux infos était un début de réponse au gros problème de l'écart salarial ?