Avec le confinement, de plus en plus de femmes victimes d'infarctus

Les risques d'infarctus plus prononcés chez les femmes ?
Les risques d'infarctus plus prononcés chez les femmes ?
La santé ne met pas toujours les hommes et les femmes sur un pied d'égalité, surtout en temps de pandémie mondiale. C'est ce que démontre un récent et très intéressant reportage de "France Bleu", focalisé sur les maladies cardiovasculaires.
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"Les gens ne venaient que quand vraiment, ils avaient l'impression qu'ils allaient mourir". Elle choque, cette phrase de Claire Mounier-Vehier, cheffe de service au CHU de Lille. Pour France Bleu, la cardiologue lilloise est revenue sur un sujet épineux : la santé des Françaises et Français en plein confinement. Non, pas le coronavirus, et sa menace tangible, mais "le reste". Ces dernières semaines, nous apprend-elle, les citoyen·n·e·s ont eu peur d'aller consulter, crainte de la contamination oblige. Trop peur. Quitte à prendre des risques regrettables.

Ce qui n'est pas sans alarmer les médecins et cardiologues à travers l'Hexagone. Ceux-ci mettent notamment l'accent sur une préoccupante réalité : depuis les prémices du confinement, le nombre d'infarctus augmente, et notamment du côté de la gent féminine. Rappelons qu'elles sont déjà 200, les femmes à mourir chaque jour d'une maladie cardiovasculaire en France. Or, si la crainte de se rendre chez un·e professionnel·le peut être légitime à l'heure du "Restez chez vous !", elle ne fait évidemment qu'exacerber les risques, et repousser le pire.

C'est d'ailleurs ce qu'explique d'un ton alerte Claire Mounier-Vehier : "Si un infarctus n'est pas pris en charge dans les trois heures, le muscle cardiaque est mort". Inutile de vous faire un dessin. Pour la spécialiste, l'infarctus du myocarde, plus communément appelé "crise cardiaque", ne doit vraiment pas être pris à la légère. "C'est une bombe à retardement", poursuit-elle. Un fléau qui, curieusement, touche différemment les sexes...

Une situation alarmante ?

Car oui, en situation de confinement, les femmes seraient plus susceptibles de subir des accidents cardiaques, et surtout, de les éprouver d'une manière bien plus critique que les hommes. Comment l'expliquer en deux mots ? La cheffe de service au CHU de Lille nous délivre quelques clés de compréhension : "Pendant le confinement, les femmes ont vécu la sédentarité, ont moins bien mangé, probablement plus fumé. Il y a eu un stress lié au télétravail ou à la précarité. Il faut aussi faire l'école à la maison pour les enfants et s'occuper de la maison".

On le devinait déjà, la charge mentale des femmes, décuplée ces dernières semaines, n'a fait qu'accroître les risques de crises cardiaques. La cardiologue voit carrément en ce trop-plein aussi bien personnel et familial que professionnel "un véritable cocktail pour provoquer des accidents". C'est là une première explication.

Mais du côté de Franceinfo, Claire Mounier-Véhier développait il y a quelques années un point tout aussi primordial : la différence des symptômes entre les sexes, qui conduisent parfois à de mauvais diagnostics. Au lieu d'éprouver de grandes douleurs dans la poitrine (les symptômes dits classiques), les femmes peuvent effectivement éprouver des douleurs dans le ventre ou des nausées. Résultats ? "Les médecins ont l'impression qu'elles font une crise d'angoisse, et du coup ils font un diagnostic erroné", déplorait alors la cardiologue.

Autres détails encore : selon l'érudite, les suivis médicaux seraient moins tatillons quand il s'agit de prévenir d'éventuels accidents cardiaques chez les femmes. Les médecins proposeraient moins de "tests d'effort" et de coronarographies (la radiographie des artères du coeur) à leurs patientes qu'à leurs patients.

Mais en cette période si spéciale de déconfinement, Claire Mounier-Vehier rétablit la balance. Et appelle toutes les patientes, qu'elle voit parfois arriver "dans un état critique" au sein des hôpitaux, à venir consulter leur médecin au moindre signe suspect. "Il vaut mieux le faire pour rien, que de ne pas appeler, car on risque de payer très cher le non dépistage, ou le soin pris avec retard. Ce seront les dégâts collatéraux du Covid", achève la professeure en cardiologie du côté de France Bleu. A bon entendeur.