Sophie la girafe, héroïne d'une nouvelle série d'animation basée sur la méthode Montessori

L'interview de Karen Levy Bencheton, créatrice de la websérie "Sophie la girafe"
L'interview de Karen Levy Bencheton, créatrice de la websérie "Sophie la girafe"
Pour la première fois, le célèbre jouet Sophie la girafe apparaîtra à l'écran en tant qu'héroïne d'une série d'animation créée par Karen Levy Bencheton. Spécialisée dans le cinéma d'animation, cette réalisatrice a imaginé un programme éducatif, bienveillant et ludique pour les tout-petits en se basant sur la pédagogie Montessori. A découvrir dès le 11 octobre sur le programme jeunesse TFOU proposé par la chaîne TF1.
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Elle a 56 ans, est originaire de Haute-Savoie et sa notoriété a traversé plusieurs générations. Inscrite dans le top 10 des jouets les plus vendus à travers le monde, Sophie la girafe est devenu un incontournable de la petite enfance. Cette sympathique girafe sera l'héroïne d'une websérie de 15 épisodes qui sera diffusée sur TFOU (TF1) dès le 11 octobre.

A l'origine de cette série destinée aux tout-petits (à partir de 3 ans), Karen Levy Bencheton, réalisatrice spécialisée dans le cinéma d'animation depuis plus de 25 ans. En constatant qu'il n'existait pas de programme pour les enfants de cet âge, la cinéaste a décidé d'écrire et de produire une websérie basée sur la fameuse pédagogie Montessori. Développée par la psychiatre italienne Maria Montessori en 1907, cette méthode d'éducation considère que dès sa naissance, l'enfant est un individu complet qui ne demande qu'à explorer le monde, à goûter à sa liberté et à s'épanouir. Rencontre avec Karen Levy Bencheton qui nous parle de ce projet inédit.

Karen Levy Bencheton, créatrice de la série d'animation Sophie la girafe
Karen Levy Bencheton, créatrice de la série d'animation Sophie la girafe

Pourquoi avoir choisi Sophie la girafe comme héroïne de votre série ?

Il me fallait une marque connue pour porter mon projet. J'ai donc réfléchi à un personnage adapté aux tout-petits... et j'ai immédiatement pensé à Sophie la girafe. D'abord, parce que c'est un jouet intemporel et facilement identifiable. Et ensuite, parce que la marque accorde une grande place à la pédagogie et à la petite enfance. Ce jouet entièrement fabriqué à la main a été spécialement conçu pour apaiser les nourrissons qui font leurs premières dents. Il y a donc un rapport particulier qui se crée entre Sophie la girafe et l'enfant, un rapport de confiance.

Quelles sont les raisons qui vont ont poussée à créer un programme pour les tout-petits ?

J'ai été choquée par des discussions que j'ai eues avec des parents d'enfants en bas âge. Quand je leur ai demandé quel était le jouet préféré de leur enfant, plusieurs d'entre eux m'ont répondu : "Sa tablette". Ça m'a interpellée, parce que ce n'est pas un jouet mais un outil. Je me suis donc dit qu'il fallait proposer des programmes éducatifs pour des enfants de cet âge-là. La période de la petite enfance est cruciale pour le développement d'un enfant. C'est donc très intéressant de s'adresser à des tout-petits en stimulant leur sens et leur imagination.

Ce qui nous amène à la méthode Montessori...

Tout à fait. Il y a quelques années, j'ai visité une école à Nogent-sur-Marne, dont le fonctionnement se base sur la pédagogie Montessori. En observant les enfants dans la salle de classe, j'ai été bluffée par leurs grandes capacités d'apprentissage. Certains n'avaient que trois ans mais se préparaient eux-mêmes leur goûter et savaient déjà comment se comporter en société ! Mais surtout, on sentait qu'ils étaient heureux d'être ici. Dans ce genre d'endroit, la compétition est inexistante. Les enfants apprennent à leur rythme et sont sans cesse encouragés.

Quelles ont été vos sources d'inspiration pour écrire vos épisodes ?

La visite de cette école, sans aucun doute. Mais je me suis aussi inspirée de mon expérience personnelle, car j'ai élevé mon fils dans une démarche proche de celle de la pédagogie Montessori. Je me souviens notamment d'un personnage de dessin animé nommé Miffy, un lapin aux couleurs vives que je regardais souvent avec mon fils quand il était petit. Ce petit lapin s'adressait aux enfants de manière à la fois ludique et éducative, un peu comme Sophie la girafe.

Avez-vous fait appel à des professionnels pour vous aider dans vos recherches ?

Absolument. J'ai travaillé avec des membres de l'association Montessori, qui ont relu l'intégralité de mes scénarii et m'ont donné de précieux conseils. Au début, je voulais faire des épisodes d'une durée de 3-4 minutes. Mais l'association m'a prévenue que c'était trop long pour des petits de cet âge, que ça les stimulerait trop et que leur capacité de concentration en serait réduite. Je suis donc partie sur des formats de 2 minutes maximum pour chaque épisode, sachant que le générique dure à lui tout seul 60 secondes. Toujours sur les conseils de l'association, j'ai réduit les apprentissages par séquence afin de laisser le temps aux enfants d'intégrer les informations. Pour l'épisode des couleurs, par exemple, j'ai choisi de me focaliser uniquement sur le rouge et le jaune, alors qu'au départ je voulais aussi intégrer deux couleurs supplémentaires.

En France, certains qualifient la méthode Montessori d'"élitiste". Que leur répondez-vous ?

Que c'est le contraire, puisque cette méthode a été initialement développée dans des écoles situées dans des zones défavorisées ! Je pense surtout que ces propos résultent d'un simple manque de connaissance de cette méthode. Il faut savoir que dans notre pays, il y a deux écoles de vie. D'un côté, le parcours éducatif classique qui consiste à mettre l'enfant en compétition dès son plus âge et à lui dire qu'il ratera sa vie s'il est mauvais en calcul ou dans une autre discipline "importante". Dans les écoles Montessori, c'est l'inverse. On encourage l'enfant à se développer à son rythme et avec bienveillance, avant de valoriser les savoirs intellectuels, qui arriveront après.

Extrait série Sophie la girafe

Prévoyez-vous de faire évoluer la série ?

En fait, il y a une évolution dès la première saison. On commence par apprendre des choses très basiques aux enfants, comme les couleurs ou les fruits, pour aborder ensuite des notions plus complexes. J'ai par exemple fait un épisode sur Paris, destiné à apprendre aux enfants comment s'organise une ville. La géographie est d'ailleurs très importante dans la méthode Montessori. J'ai également voulu sensibiliser les enfants aux sons et à la musique. Cela passe par des comptines d'enfants populaire (Au Clair de la Lune ou Frère Jacques), revisitées dans un style de jazz par le musicien Romain Trouillet, qui a composé la musique du générique. Sinon, c'est vrai que je réfléchis déjà à des nouveaux épisodes pour une seconde saison.

Comment se sont passées vos démarches pour concrétiser votre projet ?

Pour tout vous dire, ça a un peu été le parcours du combattant. Pour commencer, je n'ai reçu aucune aide financière. Il y a très peu de femmes qui sont à la fois auteures et productrices. Si vous n'êtes pas un producteur de films animés chevronné, c'est très difficile de s'imposer et de donner vie à son projet. A fortiori si on est une femme et si on cible un public comme la petite enfance. Mais heureusement, avec beaucoup de persévérance, on y arrive. La preuve !