Non, mettre une jupe l'été n'est pas un "comportement à risque"

Non, mettre une jupe l'été n'est pas un "comportement à risque"
Non, mettre une jupe l'été n'est pas un "comportement à risque"
Un article du journal « 20 minutes » au sujet du viol de deux vacancières sur une plage d’Argelès-sur-mer début juillet a provoqué la colère des lectrices le week-end dernier. L’auteur y explique en effet, chiffres à l’appui, que l’augmentation des agressions sexuelles l’été est à mettre notamment sur le compte de prétendus « comportements à risque » adoptés pendant les beaux jours par les victimes potentielles.
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Les tenues estivales qui incitent les agresseurs à passer à l'acte, ça vous évoque quelque chose ? Cette idée reçue - pourtant régulièrement épinglée comme faisant la promotion de la culture du viol - est réapparue insidieusement dans un article de 20 minutes publié le 4 juillet dernier et intitulé « Pourquoi les agressions sexuelles sont plus nombreuses en été ». Un renversement des rôles qui n'a pas manqué de faire réagir la twittosphère.


Au départ, un fait divers sordide. Dans la nuit du 1er au 2 juillet, deux vacancières de 18 et 19 ans ont été violées sur une plage de la station d’Argelès-sur-mer, dans les Pyrénées-Orientales. En résonance avec cette double agression, le quotidien décide alors de se pencher plus particulièrement sur la fréquence des agressions sexuelles durant l'été. Un angle tout à fait pertinent mais un traitement beaucoup plus discutable.

Après avoir analysé - sans aucun doute consciencieusement - les données de l’Office national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) pour la ville d’Argelès-sur-mer, le journaliste Vincent Vantighem en vient à une première conclusion : les agressions sexuelles seraient plus nombreuses pendant l’été. Et, pour expliquer un tel phénomène, renverse de manière magistrale le problème, en affirmant que les victimes potentielles adoptent plus facilement des « comportements à risque », pendant les mois d’été.

Quid de la responsabilité des violeurs ?

On ne peut qu'être surpris de cette manière d’appliquer le concept de « comportements à risque », généralement réservé aux maladies sexuellement transmissibles ou aux accidents de la route et non aux agressions sexuelles. D'autant que pour étayer sa thèse, le journaliste convoque en guise d'expert le seul Stéphane Bourgoin, un écrivain spécialisé dans… les tueurs en série. Et cet habitué des médias, professionnel certes réputé, de citer les « comportements à risque » en question : « On consomme plus d’alcool, on sort plus tard et avec la chaleur, on est vêtu de façon plus légère ». Aucun autre point de vue contradictoire, ou du moins plus circonstancié, ne vient nuancer ce propos dans le reste de l'article.


Boire un peu plus que de raison, s'habiller de manière estivale et sortir jusqu’à une heure indue, des « comportements à risque » ? Cela s'appelle, pour la majorité des Français, passer de bonnes en vacances. Ainsi présentée, la thèse est douteuse. Non seulement, elle traduit un distinguo manifeste entre les hommes et les femmes mais elle tend, insidieusement, à atténuer la responsabilité des violeurs potentiels en la reportant – un peu – sur les femmes. Entre pointer du doigt les tenues estivales des victimes de viol et faire des agresseurs, émoustillés par la vision des vêtements un peu trop affriolants des demoiselles, les véritables victimes, il n’y a qu’un pas… infranchissable. Et pourtant, l'ambiguité est là, tenace. Et ce, malgré la chute du papier de Vincent Vantighem qui laisse le mot – sensé – de la fin à Stéphane Bourgoin. L'écrivain, questionné sur la possibilité d’interdire aux femmes de porter un bikini, comme à Goa, en Inde (pays qui s’est rendu tristement célèbre en raison de la fréquence des agressions sexuelles, Ndr) vient nuancer le ton général de l'article en déclarant : « Il serait [tout de même] préférable de renforcer la surveillance des agresseurs potentiels. » Préférable, c'est bien ça… 

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