Quotas de femmes chez les hauts fonctionnaires : « L'Etat doit être exemplaire »

Quotas de femmes chez les hauts fonctionnaires : « L'Etat doit être exemplaire »
Quotas de femmes chez les hauts fonctionnaires : « L'Etat doit être exemplaire »
La loi imposant des quotas de femmes dans la haute fonction publique vient d'être définitivement adoptée par une large majorité de députés. Objectif : 40% de femmes parmi les hauts fonctionnaires en 2018. Une loi emblématique selon Marie-Jo Zimmerman, présidente de la délégation aux droits des femmes.
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Terrafemina : L'Assemblée vient de voter un projet de loi instaurant des quotas de femmes dans la fonction publique, projet qui s’inspire clairement de la loi que vous avez portée en 2010 pour la parité dans les conseils d’administration. Que pensez-vous de ce texte ?

Marie-Jo Zimmerman : Ce texte a été voté par le groupe socialiste, le Nouveau Centre et l’UMP, et représente l’accomplissement d’un travail très productif sur la parité entre la délégation aux droits des femmes, le gouvernement et les parlementaires. Ce texte est symbolique et sera un véhicule efficace pour la représentation des femmes dans les postes de direction de l’administration. Nous avons touché là un point sensible, qui est celui du rapport de situation comparée, qui montre les inégalités hommes-femmes au moment de l’embauche et des évolutions de carrière. Des aspects importants ont été introduits pour favoriser la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, pour que le congé maternité ne remette pas en cause les avancements de carrière, et pour le partage du congé parental entre pères et mères.

Tf : Aviez-vous appréhendé et soulevé le problème de la fonction publique lors de vos travaux sur loi de 2011 ?

M.-J. Z. : Oui bien sûr, cette loi constitue le deuxième volet logique de la loi « Copé-Zimmerman » pour les conseils d’administration des entreprises privées. On ne peut pas imposer des mesures au secteur privé si l’Etat ne fait pas aussi la démarche de s’amender, il doit être exemplaire.

Tf : Quelle est l’ampleur des inégalités hommes-femmes dans la fonction publique ?

M.-J. Z. : Il y a 60% de femmes dans la fonction publique, mais seulement 10% dans les postes à responsabilités, d’où la préconisation de monter en cadence progressivement en imposant des quotas (20% en 2013 et 2014, 30% de 2015 à 2017) pour atteindre 40% en 2018. Cette loi emblématique permettra de voir plus de femmes préfets, ambassadeurs ou dans les conseils d’administration des établissements publics, là où se prennent les décisions importantes.

Tf : Comment expliquer le décalage entre le très grand nombre de femmes fonctionnaires, et le petit pourcentage de féminisation dans la haute fonction publique ? D’où vient ce « plafond de verre » dans l’administration ?

M.-J. Z. : Les plafonds de verre sont partout. On a toujours une bonne raison de ne pas nommer une femme, ce sont des réflexes qu’on peut à peine reprocher aux hommes. Tous les orateurs aujourd’hui ont d’ailleurs mis l’accent sur le fait que les quotas étaient un « mal nécessaire » pour faire avancer la parité dans la haute administration.

Tf : En plus de quotas évolutifs pour atteindre 40% de femmes en 2018, comment agir au niveau de l’orientation, de la formation, et de la sélection dans les grandes écoles pour que les femmes parviennent à se hisser jusqu’à la haute administration ?

M.-J. Z. : Là-dessus je pense que l’évolution se fait et se fera encore automatiquement. Actuellement il y a suffisamment de femmes dans les grandes écoles qui sont prêtes pour ces carrières, c’est une fois qu’elles sont en poste et lors des évolutions de carrière qu’il faut booster le système.

Crédit photo : AFP

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