Une "bonne" adresse sur un CV peut tripler les chances de décrocher un entretien

Une "bonne" adresse sur un CV peut tripler les chances de décrocher un entretien
Une "bonne" adresse sur un CV peut tripler les chances de décrocher un entretien
Après la nationalité, les origines ethniques ou le sexe, l'adresse sur le CV serait en passe de devenir un nouveau facteur de discrimination à l'emploi. C'est ce que révèle une étude de l'Observatoire des zones urbaines sensibles (Onzus), qui s'est intéressée aux chances de décrocher un entretien d'embauche dans la restauration en fonction de son lieu de résidence.
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Lorsque l'on vit dans un quartier aisé, il est beaucoup plus facile de décrocher un entretien d'embauche, et donc un emploi, que lorsque l'on est issu d'une zone sensible. C'est ce que révèle, en substance, une étude réalisée par l'Onzus (Observatoire des zones urbaines sensibles) et intitulée « Effets de quartier, discrimination territoriale et accès à l'emploi. »
Pour réaliser cette enquête et mesurer cette nouvelle discrimination d'accès à l'emploi, l'Onzus a utilisé une méthode expérimentale appelée « testing », qui consiste à présenter 3 000 candidats masculins fictifs au profil et au parcours semblables et dont les patronymes « ne suggèrent pas qu'ils sont issus de l'immigration. » Seule leur adresse les distingue, afin de déterminer si oui ou non il existe une discrimination liée au lieu de résidence. Six adresses fictives ont ainsi été testées, trois en Seine-Saint-Denis, trois dans le XVIIIe arrondissement de Paris, et réparties entre zones urbaines sensibles (Zus) et quartiers plus aisés. L'étude s'est limitée à la restauration (serveur et cuisinier), un secteur sous tension où les offres d'emploi sont nombreuses. De faux CV et lettres de motivation ont ainsi été envoyés en réponse à des offres d'emploi, afin de mesurer le taux de réponse des différents employeurs en fonction de l'adresse des candidats. Les résultats sont sans appel : l'endroit où l'on habite exerce une influence déterminante sur les chances d'être contacté par un recruteur.

Un « effet de quartier » marqué

L'étude démontre notamment qu'un serveur non qualifié résidant en Seine-Saint-Denis recevra en moyenne 10% de réponses favorables à ses candidatures. Un candidat au profil similaire mais résidant à Paris aura pour sa part 20% de chances d'être contacté pour un entretien.
Les chercheurs identifient également un « effet de quartier ». Ils expliquent : « Les serveurs et les cuisiniers de niveau CAP résidant dans un quartier défavorisé de Paris on significativement moins de chances d'accéder à un entretien d'embauche que ceux résidant dans un quartier favorisé » de la capitale. Toutefois, ce phénomène semble moins prononcé en Seine-Saint-Denis : les habitants de quartiers favorisés, comme ceux résidant au Raincy, n'ont pas davantage de chance d'être embauchés que ceux vivant dans des quartiers moins aisés.
L'étude révèle aussi que ce sont les candidats qui postulent à des postes de serveurs qui sont les plus touchés par cette nouvelle discrimination à l'adresse. Pour les chercheurs, c'est leur rapport direct avec la clientèle – contrairement aux cuisiniers – qui est à mettre en cause : « Un préjugé des employeurs serait que le fait d'habiter dans un quartier défavorisé signale de moindres capacités d'expression et de communication des candidats. » Ainsi, conclue l'étude, « la localisation peut faire varier du simple au triple les chances d'accéder à l'emploi pour les serveurs qualifiés ».

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