Farines animales : de la volaille et du porc pour nourrir les poissons

Farines animales : de la volaille et du porc pour nourrir les poissons
Farines animales : de la volaille et du porc pour nourrir les poissons
Dès le 1er juin 2013, les poissons d’élevage pourront être nourris à base de farines animales, sur décision de la Commission européenne.
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La Commission Européenne autorise, à compter du 1er juin 2013, l'utilisation de farines animales pour nourrir les poissons d'élevage. Une décision inquiétante et jugée scandaleuse par de nombreux acteurs de l'alimentaire dont les bouchers et les consommateurs. Les farines animales ravivent en effet de bien mauvais souvenirs, notamment la crise de « la vache folle », une apocalypse alimentaire due au recyclage de cadavres d'animaux à l'origine la maladie de Creutzfeld-Jacob.

Faut-il avoir peur des farines animales ?

Dans une interview accordée au quotidien 20minutes, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll assure qu'il s'agit d'une décision respectant les exigences d'hygiène alimentaire : « Il ne s'agit pas des farines animales dont on parlait pendant la crise de l'ESB (encéphalopathie spongiforme bovine), mais de protéines animales provenant de porcs et de volailles propres à la consommation, non introduits dans la chaîne alimentaire pour des raisons commerciales et conditionnées de façon à pouvoir être consommées par les poissons. Cette décision a été prise au niveau européen après une évaluation par l'Autorité européenne de sécurité des aliments. » Le président du syndicat des inspecteurs vétérinaires Norbert Lucas affirme de son coté à l'Express qu'à l'époque, les farines animales « étaient fabriquées à base d'animaux morts et de carcasses de bêtes saines ou malades. Désormais seules les farines de catégorie 3, c'est-à-dire issues de sous-produits provenant d'animaux destinés à la consommation humaine, sont autorisées. » De plus, le recyclage « inter-espèces » reste prohibé par Bruxelles, car jusqu'à leur interdiction, les éleveurs nourrissaient leur bétail avec des farines animales issues du bœuf : « C'est cette forme de cannibalisme qui a déclenché la crise sanitaire », explique Norbert Lucas. Selon la même source, les ruminants sont plus susceptibles de contracter des maladies comme l'encéphalopathie spongiforme. Moins vulnérables, la volaille et le porc seraient plus adaptés pour nourrir les poissons d'élevage. La Commission Européenne s'appuie sur les « avis scientifiques les plus récents selon lesquels le risque de transmission d'ESB entre animaux non-ruminants est négligeable ».

Risques de dérapages et sources d'inquiétudes

Si Stéphane Le Foll approuve cette fin de l'interdiction des farines animales, la ministre de l'Ecologie Delphine Batho « en pense le plus grand mal » et réclame la création d'un label « sans farine animale ». Les motivations qui ont nourri ce retour aux farines animales est économique. Acculés par l'augmentation du prix des céréales et la réforme de la pêche qui limite la quantité de petits poissons destinés à la consommation, les pisciculteurs attendent cette levée de l'interdiction avec impatience.

Quelques jours après l'éclatement du scandale de la viande de cheval, l'inquiétude est notamment liée à la fiabilité et à la transparence des circuits de production de ces farines d'origine animale. En 2011 seulement, un rapport de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation) s'était opposée à la réintroduction des farines animales en déclarant « que les conditions permettant une utilisation sécurisée des protéines animales transformées (PAT) ne sont pas, à ce jour, totalement réunies ». « L'étanchéité » des filières inquiète également l'association de consommateurs CLCV : « le scandale de la viande de cheval a mis en lumière les lacunes majeures de nos systèmes de contrôle (…) Face à un tel fiasco, l'urgence n'est pas d'alléger les mesures de sécurité sanitaire mais d'examiner comment les renforcer ». L'organisme de défense réclame donc « un audit global et transparent sur la traçabilité et les contrôles alimentaires en Europe afin d'en identifier les failles ».

Salima Bahia

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