Turquie : un garde du corps pour les femmes victimes de violences ?

Turquie : un garde du corps pour les femmes victimes de violences ?
Turquie : un garde du corps pour les femmes victimes de violences ?
Une mère turque de 39 ans bénéficie désormais d’un garde du corps payé par le gouvernement : elle a échappé à deux tentatives de meurtre de la part de son mari et a fait condamner son pays pour avoir failli à sa sécurité. Entre 2002 et 2009, le nombre de femmes assassinées en Turquie a été multiplié par 14.
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Etre menacée de mort par son mari lorsqu’on demande le divorce n’est pas un fait considéré comme alarmant par la Police turque. Nahide Opuz peut en témoigner. Ses plaintes répétées n’ont pas provoqué de réaction auprès des autorités, qui ont laissé traîner l’affaire : son mari avait pourtant tenté de la poignarder, puis de l’écraser avec sa voiture. Finalement, il a tué sa mère. En 2009, l’épouse épuisée porte plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, qui condamne le gouvernement turc pour avoir failli à sa sécurité et à celle de sa mère. Depuis, Nahide Opuz est surveillée en permanence par un garde du corps, aux frais du gouvernement. Son mari, condamné à 15 de prison, n’en a fait que 6.
Mais toutes les femmes turques n’iront pas porter plainte à Strasbourg, et toutes ne bénéficieront pas d’un garde du corps. Pourtant, les associations dénoncent une situation alarmante et mettent en cause la justice et l’AKP, le parti islamiste modéré au pouvoir depuis 2002. En février et mars, 52 femmes ont été tuées par des hommes, selon le site BLAnet, consacré aux droits de l’Homme. Et entre 2002 et 2009, le nombre des femmes assassinées a été multiplié par 14, selon le ministère de la Justice.
Les victimes de meurtres en Turquie subissent le poids des traditions : les « crimes d’honneurs » commis au sein de la famille cherchent à blanchir la réputation du clan, entachée par un viol ou une faute de la femme.
Un attachement aux valeurs encouragé par le conservatisme du parti au pouvoir, c’est ce que redoutent les militants des droits de l’homme comme Pinar Ilkkaraca : « le conservatisme de l'AKP, les valeurs islamistes, font de la sexualité et du corps féminins des cibles. (…) Le gouvernement n'a pas la volonté de lutter contre la violence faite aux femmes ».
Fatma Sahin, qui dirige la branche féminine de l'AKP, explique la progression des statistiques en avançant que les femmes « commencent à parler et à se battre contre les violences, et les abus sont signalés ». Par ailleurs le gouvernement d’Ankara assure s’investir activement dans la préparation d'une convention du Conseil de l'Europe de lutte contre les violences aux femmes. Candidate à l’entrée dans l’Union Européenne, la Turquie a en effet toutes les raisons de montrer patte blanche en matière de respect des droits humains.
(Source AFP)

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