#BeenRapedNeverReported : les femmes victimes de viol brisent le silence sur Twitter

#BeenRapedNeverReported : les femmes victimes de viol brisent le silence sur Twitter
#BeenRapedNeverReported : les femmes victimes de viol brisent le silence sur Twitter
Lancé il y a quelques jours sur Twitter par deux journalistes canadiennes en réaction à une sordide histoire de violences sexuelles, le hashtag #BeenRapedNeverReported a depuis été repris par des milliers de victimes de viol. En 140 signes, elles racontent leur souffrance et expliquent les raisons pour lesquelles elles ont jusqu'ici gardé le silence.
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Libérer la parole et enfin en finir avec l'omerta qui profite aux auteurs de violences sexuelles : c'est le but du hashtag #BeenRapedNeverReported (j'ai été violée et je ne l'ai jamais dit) qui depuis quelques jours a envahi Twitter.

Lancé fin octobre par deux journalistes canadiennes, Antonia Zerbisias et Sue Montgomery et traduit depuis par la Fédération des Femmes du Québec en #AgressionNonDénoncée, il a depuis été repris par des milliers de jeunes femmes, et donne à lire des témoignages aussi poignants que saisissants d'effroi.

La première question que les policiers m'ont posée était « qu'est-ce que tu portais ? ». J'avais dix ans.

Parce que le violeur était « quelqu'un de trop bon pour faire quelque chose comme ça ».

J'avais déjà perdu mon enfance, ma virginité et mon estime de moi, j'étais effrayée et ne voulais pas perdre encore plus.

Je l'ai dit à mon copain et il m'a traitée de « pute ». J'ai rompu avec lui.

À l'origine, une sordide histoire de viol

C'est une discussion entre les deux amies journalistes sur une sordide histoire d'agression sexuelle qui est à l'origine du phénomène #BeenRapedNeverReported. Le 26 octobre dernier, Jian Ghomeshi, l'un des animateurs radio vedette de la station canadienne CBC était brutalement licencié après qu'au moins trois femmes, dont l'actrice Lucy DeCoutere, l'ont publiquement accusé de viol. Adepte des relations sadomasochistes, l'animateur de 47 ans l'aurait notamment « étouffée » et « frappée » avant de la contraindre à un rapport sexuel.

Alors que sur sa page Facebook, Jian Ghomeshi nie les accusations en bloc et dit être victime d'une campagne de « fausses allégations d'une petite amie éconduite et d'un rédacteur pigiste », ces femmes qu'il a agressées sont violemment prises à parti sur les réseaux sociaux. Les internautes leur reprochent notamment d'avoir tardé avant d'avoir porté plainte – les faits remontent aux années 2000 – et les accusent de vouloir soutirer de l'argent à l'animateur.

Une initiative salvatrice

Pour Antonia Zerbisias, ancienne journaliste au Star, à Toronto et Sue Montgomery qui travaille à la Gazette de Montréal, ce cas flagrant de slut shaming (concept qui consiste à culpabiliser les femmes victimes de violences sexuelles), est intolérable. « Moi, je savais très bien pourquoi elles avaient choisi de garder le silence, explique au Madame Figaro Sue Montgomery. Alors, j'ai contacté une consœur à Toronto via Facebook [la journaliste Antonia Zerbisias], en lui suggérant de créer une liste de toutes les femmes violées qui n'avaient jamais dénoncé leur agresseur. J'ai proposé de mettre mon nom en haut de cette liste. Elle a acquiescé, puis suggéré le hashtag. »

Sur Twitter, Antoinia Zerbiasias confie alors avoir elle aussi été victime d'un viol. Agressée à 21 ans par un agent de bord d'une compagnie aérienne pour laquelle elle travaillait, la journaliste s'est terrée dans le silence après que son grand-père l'a menacée de la frapper si elle parlait. « Je croyais que c'était de ma faute, que je perdrais mon emploi si je le dénonçais. J'ai appris plus tard que je n'étais pas la seule victime ».


« Je crois Lucy, je crois les femmes. Et, oui, moi aussi j'ai été violée mais je ne l'ai jamais signalé. »

Sur Twitter, l'initiative des deux journalistes est salvatrice. En moins de 24 heures, le hashtag se hisse parmi les « trending topics » du réseau social, et est repris par des personnalités, comme l'actrice canadienne Gabrielle Sunshine Miller ou la Québécoise, Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme (CSF).


En France, entre 2010 et 2012, on estime à 83 000 le nombre de femmes victimes de viols ou tentatives de viols par an. 83% d'entre elles connaissent leur agresseur et seulement 11% ont osé porter plainte.

>> Un court-métrage choc dénonce notre lâcheté face au viol <<

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