"Un bon garçon" de Paul McVeigh : le roman rafraîchissant de ce printemps

"Un bon garçon" de Paul McVeigh
"Un bon garçon" de Paul McVeigh
Etre intelligent et "différent" dans le Belfast des années 80 n'est pas forcément une bonne chose surtout lorsqu'on est âgé d'à peine 10 ans. Avec "Un bon garçon", son premier roman, Paul McVeigh nous fait voir les conflits entre catholiques et protestants par les yeux de Mickey Donnelly, un gamin rêveur et malicieux. Un livre à hauteur d'enfant oui, mais diablement captivant.
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Mickey Donnelly a 10 ans et un été pour se préparer à son entrée dans un collège de garçons où il est sûr de gâcher ses capacités. Car Mickey était admis dans un établissement d'élite avant que son alcoolique de paternel ne décide de dépenser toutes les économies de la famille dans le jeu et la boisson. Un été, c'est donc ce qui reste à ce bon garçon pour se préparer aux brimades qui l'attendent forcément à la rentrée. Un été durant lequel il va emporter le lecteur dans le Belfast de la fin des années 80 alors déchiré par les conflits entre protestants et catholiques. Politique le premier roman de Paul McVeigh ? Surtout initiatique. Bien sûr, il y a l'IRA, les soldats anglais, les émeutes et les bombes qui ravagent la ville, il y a la pauvreté et les rues crades.

Mais Un bon garçon est avant tout l'histoire de Mickey, ce petit héros qui n'aime rien tant que sa mère, Le magicien d'Oz, les spectacles et sa petite soeur. Mickey, bien trop intelligent et sensible pour son quartier et qui est donc perpétuellement montré du doigt, tourmenté, insulté de "petit pédé". Hétéro, homo ? Ces questions sont justement au coeur du roman et traitées avec une infinie justesse. Car le garçonnet a beau être opprimé à cause de son côté efféminé, cela ne l'empêche pas d'être amoureux de Martine, sa petite voisine parfaite aux boucles blondes. Mais quand il a enfin la chance de "rouler une pelle à la fille de ses rêves, l'attraction physique disparaît en un clin d'oeil. Était-il vraiment attiré par Martine, ou se retrouvait-il dans sa parfaite féminité ? Paul McVeigh ne s'embarrasse pas de réponse. Mickey est différent, et puis quoi, ne l'est-on pas tous un peu ?

Un roman attrape-coeur

La grande force de ce roman réside dans le caractère malicieux et lunaire de Mickey, mais aussi dans la narration de Paul McVeigh. En se mettant à hauteur d'enfant, l'auteur aurait pu tomber dans les stéréotypes et livrer un récit un peu godiche. Mais il ne se moque jamais de son petit héros, jamais il ne le rabaisse ou ne le juge de son regard d'adulte. Mickey a des sentiments, il est doué, sensible, il mérite toute notre attention. Cette plongée dans l'Irlande du Nord des eighties fait mal par moment, mais comme dans le Billy Eliott de Stephen Daldry, il y a aussi des instants de pure douceur, de la bonté sous la violence. Un bon garçon est un roman efficace qui réussit même à tenir en haleine. Car à mesure que les pages se tournent, c'est l'été qui passe et la rentrée scolaire qui se profile pour Mickey. On émerge de ce livre en se demandant où le temps a filé, et Dieu que c'est bon.

Un bon garçon, de Paul McVeigh, ed. Philippe Rey, 256 pages, 19 euros, sortie le 17 mars 2016

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