Pourquoi il faut en finir avec le "goûter-shaming"

Pourquoi faut-il en finir avec le goûter-shaming.
Pourquoi faut-il en finir avec le goûter-shaming.
Signe d'une mauvaise alimentation, passe-temps immature, porte ouverte à toutes les confiseries... le goûter souffre vraiment d'une mauvaise réputation. A tort.
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Le goûter est-il un vestige de l'enfance qui ne demande qu'à mourir ? Une fois adulte, on s'interroge sur la pertinence du casse-dale du milieu d'après-midi. Parce qu'il nous renvoie aux BN d'antan, aux cours de récréation ou encore aux couloirs du collège. Dispensable à nos journées, le goûter serait le repas de seconde, voire de troisième, nécessité.

Mais si l'on s'était trompé depuis tout ce temps ? Aujourd'hui, de plus en plus de voix érudites en appellent à en finir avec le goûter-shaming. Et plus encore, à reconsidérer les vertus de ce snacking délicieusement régressif – et du même coup, remettre en question les notions que l'on accole traditionnellement à notre alimentation.

Un débat loin d'être tout à fait anodin en vérité. On s'explique.

Faut-il brûler le goûter ?

Etre adulte, c'est faire de grands projets, établir des plannings, s'acheter tout un attirail de cuisine...

Mais surtout pas se concocter un goûter. Pourtant, du bout de baguette beurrée mâtinée de carrés de chocolat aux tartines à la confiture de fraises accompagnées d'un chocolat chaud tendance brûlant (oui, beaucoup de choco) en passant par de plus traditionnelles barres de céréales dégommées à la va-vite, on peine à renier tout à fait cette parenthèse enchantée (et onctueuse) héritée de l'enfance. Par sentimentalisme, et gourmandise.

On aimerait cependant jeter ces collations sucrées au bûcher pour s'en tenir à la pyramide petit déj / déjeuner / dîner. Oui, mais l'on ne devrait pas. Dans une enquête du magazine en ligne Stylist, la nutritionniste Isa Robinson nous incite à dédiaboliser fissa le grignotage. Selon l'experte, si le goûter peut être le signe d'une alimentation insuffisante (c'est la faim qui nous rattrape), il n'y a pourtant rien de nocif à s'accorder "un coup de pouce l'après-midi", dans la mesure où entre le déjeuner et le dîner s'étend un creux loin d'être négligeable.

Se "laisser aller" n'a rien d'illogique, même lorsque nos repas sont suffisamment équilibrés, fournis en protéines et glucides. Cela répond donc à un besoin organique, mais qui libère malheureusement une certaine violence psychologique. C'est ce que la nutritionniste intitule "la psychologie alimentaire" : "Quand nous pensons que quelque chose est mauvais pour nous, nous pouvons engendrer des effets négatifs sur notre corps. Se soucier de ce que nous mangeons peut donc nous faire plus de mal que de bien", détaille la spécialiste.

D'où l'intérêt d'entretenir une relation plus honnête avec son alimentation, sans culpabilisation ou anxiété.

Le goûter, aussi bien autorisé pour les enfants que pour leurs parents.
Le goûter, aussi bien autorisé pour les enfants que pour leurs parents.

En ce sens, le goûter fait office d'insouciance bienvenue. Rarement gargantuesque et plus volontiers consommable sur le pouce, il est simplement censé calmer notre appétit quelques heures. Pour ce faire, pas besoin de se concocter un festin. Céréales et fruits rouges suffisent à ravir certains et certaines, un jus de fruit en guise d'accompagnement. Comme un écho aux petits déjeuners rapides et efficaces d'antan.

Pas si mauvais pour les adultes, ni pour les enfants

Pour d'autres voix érudites, la "psychologie alimentaire" porte un tout autre nom, celui, plus limpide, de "culpabilité alimentaire". Comme l'écrit Valley Magazine, notre obsession des plaisirs coupables et autres péchés mignons, auxquels le goûter répond par les évocations de pâtisseries gourmandes qu'il implique, renvoie à cette idée selon laquelle la nourriture ne peut être dissociée du spectre du jugement.

Or selon l'autrice culinaire Abby Langer, cette culpabilité naît du fait nous associons systématiquement la nourriture "à des termes comme 'bon' et 'mauvais', alors qu'en réalité, la nourriture n'est ni l'un ni l'autre". Comme l'énonce Langer, "bien" manger n'exige pas de s'encombrer de honte. Et encore moins de s'envisager comme une "bonne" ou une "mauvaise" personne en fonction de ce qui se trouve dans son assiette.

Non, selon la revue en ligne, "bien" manger commence plutôt par "profiter de sa nourriture de manière consciente". L'honnêteté compte dans ce rapport à ce que l'on grignote, mais plus encore à ce que l'on est. Ainsi pourrait-on suggérer que le manque et l'anxiété éprouvés par l'absence d'un léger snacking l'après-midi feront plus de mal à notre santé que le snacking en lui-même. A contrario de cet état d'esprit que les injonctions sociales exacerbent volontiers, le goûter sous-entend une forme de plaisir léger et insouciant.

Autre argument sympathique à souhait contre son bashing : non seulement le goûter ne serait pas si mauvais pour les adultes, mais il ne le serait pas non plus pour les enfants. C'est une investigation du très sérieux New York Times qui nous l'assure. A l'appui, la même argumentation : "les parents accordent souvent une valeur morale aux habitudes alimentaires des enfants - et ils ne devraient pas le faire".

Et en guise de défense principale, les mots de la thérapeute en alimentation Jenny McGlothlin, pour qui offrir un goûter à son enfant n'a rien de superflu dans la mesure où "les enfants ont un estomac plus petit que les adultes et ne peuvent donc pas manger autant que nous". Par extension, leur faim est totalement légitime. De même, assure la spécialiste, c'est moins la qualité du grignotage que l'anxiété parentale associée audit grignotage qui exacerbe les risques de troubles de l'alimentation dès le plus jeune âge.

Une anxiété étroitement associée au culte du régime, système de restrictions et d'injonctions pas forcément recommandé quand il est question d'éducation. Plutôt que de diaboliser le goûter, équilibrer les collations, leur heure comme leur forme et leur quantité, importe bien davantage : penser le goûter selon l'horaire du dîner, s'assurer qu'il ne survienne pas trop tard pour que l'enfant conserve un peu d'appétit.

En ce sens, la diététicienne et autrice Maryann Jacobsen nous invite à considérer ces snackings a priori anecdotiques comme "des mini-repas", ni plus ni moins. Les revaloriser dans la journée, c'est aussi les planifier en fonction de l'âge, des besoins et de l'appétit de son enfant. L'inviter à s'asseoir à une table pour le goûter et le partager en sa compagnie est un premier pas vers cette valorisation. "Cela aide l'enfant à comprendre que manger est quelque chose d'appréciable, et à écouter son propre corps", décrypte Maryann Jacobsen.

Le goûter, un mini-repas non seulement savoureux mais pédagogique ? Il fallait y penser. De quoi débarrasser adultes et/ou parents d'unplaisir coupable qui n'a véritablement de coupable que le nom.