Culte, trash, girl power : les 6 films de Noël les plus féministes

"Noelle", le film des fêtes girl power de 2019
"Noelle", le film des fêtes girl power de 2019
Gamines malignes comme tout, Mère Noël, féline féministe... Le film de Noël est un genre bien plus riche - et girl power ! - qu'on ne pourrait le croire. La preuve en six oeuvres qui boosteront vos fêtes à grands coups d'empowerment au féminin.
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Le break hivernal aidant, Noël est la période parfaite pour se coller le nez contre l'écran de son ordi ou de sa télévision, direction Netflix (ou la dvdthèque), histoire de s'aérer l'esprit et de tuer le temps entre deux repas interminables. Mais concilier confiseries filmiques et féminisme n'a rien d'un jeu d'enfants, comme le démontrent chaque année les centaines de téléfilms cheesy à souhait qui inondent l'antenne en décembre. Autant dire que sur le papier, le film de Noël militant a tout du conte de fées !

Mais vous auriez tort de baisser les bras. Car les films de Noël "girl power" existent bel et bien. Et certaines de ces oeuvres neigeuses sont même méchamment inspirantes, et oui ! Pour vous le prouver, nous avons papoté du sujet en compagnie de la blogueuse et vidéaste féministe Sophie, du site culturel Tout est Politique. Férue de "christmas movies", la cinéphile est venue apporter son regard érudit sur un genre plus stimulant qu'il n'y paraît. La preuve en six films hivernaux qui boosteront votre militance.

Le plus familial : "Les chroniques de Noël"

"Les chroniques de Noël", ode aux gamines audacieuses.
"Les chroniques de Noël", ode aux gamines audacieuses.

L'oeil de Terra : Teddy et Kate sont encore hantés par la mort de leur père. Quelque chose s'est brisé entre eux : ils se disputent sans cesse. Mais ce soir de réveillon, la venue de Santa Claus (le vrai) va secouer leur nuit morose. Et les embarquer dans une aventure aussi merveilleuse que rock'n'roll.

Derrière ce gros succès Netflix, une question qui obsède : pourquoi sont-ce toujours les petites filles qui squattent le haut de l'affiche des prods de Noël ? Parce qu'elles seraient forcément plus crédules, candides, infantiles ? Une hypothèse sexiste déboulonnée haut la main par Kate, premier rôle d'envergure et kid pleine d'initiatives. Dans ce rôle jamais gnan-gnan, la jeune et attachante comédienne Darby Camp n'a aucun mal à rendre la réplique au grand (et barbu) Kurt Russell, ce qui n'est pas rien.

L'avis de l'experte : "J'adore. Le personnage principal est une petite fille charismatique qui "prend les rênes" (dans tous les sens du terme). Elle est pleine de jugeote et d'énergie. Cette gamine, c'est une ligne directrice à elle seule. Les petites filles sont omniprésentes dans les films de Noël car elles sont là pour insuffler la magie de cette période, consolider ce fameux "esprit" qui s'en va à la dérive. Un peu comme les mères de famille, en fait. Comme si les petites filles commençaient quelque chose qu'elles poursuivront adultes.

J'ai l'impression que ce sont toujours les femmes qui sont chargées de faire perdurer cet esprit, avec la cohésion familiale, les rites, tout le rapport aux enfants... Mais Kate est très girl power : elle a du répondant, du caractère, tient tête à son grand frère et va l'aider à restaurer sa confiance."

Vous aimerez aussi... : Dans la team des gamines intrépides qui n'hésitent à prendre les devants et squatter le haut de l'affiche, l'adorable Cindy Lou Chou du Grinch (ou "Lou" pour les intimes) se pose là. En plus de s'imposer comme le petit coeur qui bat de Chouville, cette enfant aventureuse (incarnée par Taylor Momsen, la chanteuse rock et comédienne de Gossip Girl) est maligne, persévérante, curieuse, face à un méconnaissable Jim Carrey.

Le plus féministe : "Batman le défi"

"Batman le défi", gloire à Catwoman !
"Batman le défi", gloire à Catwoman !

L'oeil de Terra : Au sein de cette féerie gothique transcendée par la musique chorale de Danny Elfman, l'homme chauve-souris (alias Bruce Wayne joué par Michael Keaton) doit faire face aux mauvais plans du Pingouin, être monstrueux abandonné par ses parents, mais aussi aux méfaits du businessman Max Shreck... et à ceux de Catwoman, c'est-à-dire Selina Kyle (Michelle Pfeiffer), assassinée par Shreck et ressuscitée en redoutable femme-féline.

Tim Burton et son scénariste Daniel Waters délivrent une ode féministe en diable à cette icône toute de cuir vêtue. Une femme qui ne cesse d'être tuée par les hommes et accablée par les porcs - chacun des personnages masculins étant pervers à sa manière. On la traite de "garce" et "d'allumeuse", elle rétorque par des coups de griffes, des pirouettes provocantes et de sévères "kicks" entre les jambes.

Conte de fées oblige, cette "femme à chats" qu'est Selina pourrait accepter de passer les fêtes dans un château - le manoir Wayne. Mais elle n'a rien d'une princesse. "Tu es la Belle et la Bête réunies en un succulent cadeau de Noël", dira d'elle l'un de ses rivaux. Balance ton Pingouin.

L'avis de l'experte : "Ce film s'appelle "Batman", mais il ne parle que de Catwoman ! Et plus encore de l'empowerment de Selina Kyle, ce personnage de secrétaire maladroite qui semble attendre le prince charmant. En se transformant, Selina prend conscience de sa manière d'être, de son corps, n'a plus de filtre et verbalise ce qu'elle pense des hommes. Elle se réapproprie sa féminité et en fait un pouvoir. Son vécu de femme est sa force.

Ce discours féministe prend forme dans un vrai film de Noël. Une oeuvre qui se passe la nuit, dans un décor recouvert de neige et de glace, avec un côté "noir et blanc" très poétique. Burton surligne toute la dimension morbide propre à cette période : ces impressions de solitude et de dépression que certains associent aux fêtes. Selina Kyle incarne cela. Elle est très vulnérable, sans être fragile. Paumée. Elle n'a pas conscience de tout ce qu'elle est. Et Batman n'est pas là pour jouer au preux chevalier : il ne la sauvera pas..."

Vous aimerez aussi... : Qui dit dépression, fêtes & femmes dit forcément La Bûche. Un vrai film de Noël à la française (triste, sarcastique, blindé de névroses) admirable par la qualité de ses dialogues et son casting (d'actrices !) de rêve : Charlotte Gainsbourg, Sabine Azéma, Emmanuelle Béart, Françoise Fabian, Isabelle Carré... Sa revoyure chaque année est un peu notre tradition festive à nous, les spleenétiques de l'hiver.

Le plus culte : "Le miracle sur la 34ème rue"

"Le miracle sur la 34ème Rue", des femmes intelligentes et indépendantes !
"Le miracle sur la 34ème Rue", des femmes intelligentes et indépendantes !

L'oeil de Terra : Doris ne cesse de le répéter à sa fille Susan : le Père Noël n'existe pas. Tout cela, ce sont des sornettes pour enfants. Mais l'arrivée du vrai Santa Claus va quelque peu bouleverser son quotidien... Le miracle sur la 34ème rue est un classique des classiques, récompensé par trois Oscars, un Golden Globe, et abondamment réadapté par la suite - en téléfilms, au cinéma, et même en romans, sans oublier les nombreux pastiches.

Logique : cette oeuvre est indémodable. Tout en détournant les légendes de Santa Claus (qui finit au tribunal !), elle dépeint, à travers Doris, une mémorable mère de famille. Une femme qui ne croit plus au prince charmant et désire épargner à sa fille de fausses espérances. Au sein de ce monde d'hommes, qui (on le devine aisément) ne lui a pas fait de cadeaux, elle mène la danse et ne jure que par son bon sens. Celle qui n'a rien d'une "marâtre" (dira-t-elle à son voisin) voue un amour sans bornes à sa fille, cette enfant "qui veut toujours connaître la vérité absolue" et a toujours le dernier mot. Du fil à retordre pour le daron barbu de Noël.

L'avis de l'experte : "C'est un film si moderne ! Il date de 1947 et met déjà en avant un personnage de mère divorcée et indépendante. Une patronne qui vit toute seule avec sa fille dans son appartement, sans désirer de mariage ou quoi que ce soit. Et qui bosse entourée d'hommes (dont le Père Noël !) mais sans que ceux-ci ne lui coupent jamais la parole. Ils la laissent parler et exprimer ses ordres. Mais si Doris fait preuve d'autorité, elle n'est jamais dépeinte comme une femme antipathique. Susan quant à elle est une petite fille terre à terre, intelligente, déjà "adulte". Les deux partagent une véritable complicité. On retrouve dès ce classique cette relation mère/fille qui sera par la suite propre à plein de films du genre."

Vous aimerez aussi... : Pourquoi ne pas tenter (si vous l'osez) le remake de ce classique, scénarisé par John Hugues (Breakfast Club, La folle journée de Ferris Bueller) ? On trouve dans ce Miracle sur la 34ème rue version 1994 l'une des gamines les plus emblématiques des années 90 : Mara Wilson, à savoir l'interprète de Matilda dans le film éponyme. Oui oui, cette gamine surdouée, super-héroïque et dévoreuse de livres qui rend chèvres tous ces tortionnaires d'adultes. Il n'en fallait pas moins pour prendre la relève de Natalie Wood.

Le plus délirant : "Bad Moms 2"

"Bad Moms II", le conte des fêtes version trash !
"Bad Moms II", le conte des fêtes version trash !

L'oeil de Terra : Mères de famille un brin déjantées, Amy, Kiki et Carla vont - une nouvelle fois - devoir tout gérer pour les fêtes. Un challenge de taille, qui devient carrément mission : impossible lorsque s'incrustent leurs propres mamans, dingues et redoutables. On pourrait louer l'humour trash de Bad Moms II, pastiche du genre où l'on suggère à Santa "d'aller se faire foutre", où Mila Kunis se transforme en Scrooge (Un chant de Noël de Charles Dickens) et où l'on confectionne des gâteaux en forme de pénis.

Mais ce serait ignorer son véritable sujet : l'effroyable charge mentale des femmes en cette période. Un vrai thème de société, qui prend ici des proportions cauchemardesques à souhait, entre grands-mères dures à cuire, enfants pourris gâtés et mamans déboussolées - qui pètent des câbles. Alors qu'il suffirait, comme l'énonce le personnage d'Amy, de manger chinois en matant Love Actually pour passer un bon réveillon...

L'avis de l'experte : "C'est un film qui met l'accent sur la charge mentale considérable des femmes (et des mères) à Noël, en confrontant les générations - les mères versus les grand-mères. La mère de Mila Kunis, interprétée par Christine Baranski, reflète cette réalité jusqu'à la caricature : elle veut que tout soit parfait pour les enfants (alors elle passe son temps à leur offrir des iPhone) et dit à sa fille que son "boulot" est de "se sacrifier pour sa famille", elle organise une immense réception dans la maison de celle-ci, dépense des milliers de dollars pour des cadeaux...

Bad Moms 2 te montre ce qu'est la dévotion d'une mère pour son enfant : un sacrifice de temps, d'argent, d'espace mental. Les mères désirent juste que tout se passe bien. Et cela ne va pas sans leur implication émotionnelle et physique. D'ailleurs, on se pose toujours la même question durant le film : où sont les hommes ? Absents ! C'est cool de proposer une comédie où les femmes sont majoritaires, mais ce serait pas mal de les faire participer un peu. Peut-être qu'il faudrait leur refiler quelques trucs à faire non ? (sourire)"

Vous aimerez aussi... : Maman j'ai raté l'avion & Maman j'ai encore raté l'avion. A (re)voir pour Kate McCallister, mère débordé et au bord de la crise de nerfs, qui passe ses Noëls à chercher son fiston Kevin. Une maman aimante qui souffre en permanence du complexe de la "mère indigne". Pendant que son mari s'angoisse plus pour sa carte de crédit...

Le plus inspirant : "Noëlle"

"Noelle", un nouveau classique girl power ?
"Noelle", un nouveau classique girl power ?

L'oeil de Terra : Comme son nom l'indique (subtilement), Noëlle est la fille du Père Noël. A la mort de son père, c'est son frérot qui a pris les rênes. Mais le départ inattendu de celui-ci va obliger la jeune femme à entreprendre un long périple vers le "monde réel" afin de sauver les fêtes.

Incarnée avec beaucoup d'énergie par l'irrésistible Anna Kendrick (Pitch Perfect, In the Air), la fille de Santa Claus est une vraie "working girl". Une entrepreneure stylée (collants rouges et patins à glace à l'appui) qui dénote par sa passion des fêtes, son pragmatisme à toute épreuve et son attitude de patronne. A la moindre épreuve, elle redouble d'inventivité. Qu'on se le dise : à l'instar de son renne, Noëlle est une "Tornade".

Et elle porte sur ses épaules ce Disney à la réjouissante moralité, énoncée au coeur-même du Pole Nord : "Il n'est précisé nulle part qu'une femme ne peut pas être le Père Noël. Ce n'est qu'une tradition que nous avons suivi aveuglement". Qui a dit que les lutins ne pouvaient pas être féministes ?

L'avis de l'experte : "Quand tu es féministe, c'est tabou d'aimer les films de Noël. On te considère presque comme une "mauvaise féministe" ! Il faut toujours préciser que tu les regardes au second degré. Alors que tu peux juste en visionner parce que ça te fait du bien. Et dans le genre, ce Disney-là est très feelgood. Noëlle est rigolote, hyper débrouillarde, elle a tout pour être la nouvelle Santa Claus. Et elle se coltine des mecs qui ne sont pas du tout dégourdis, du frère (qui devient prof de yoga) au cousin qui souhaite distribuer les cadeaux avec des drones (une belle critique d'Amazon !).

Le film les met un peu de côté puisque c'est un véritable roadtrip féminin - on suit Noëlle et Polly, son amie elfe mal lunée. Point positif, le détective privé qu'elle rencontre dans le monde réel ne deviendra même pas son centre d'intérêt amoureux. Non non, leur relation est simplement amicale. Noëlle s'en fiche de toute façon : elle est là pour sauver les fêtes, pas pour rencontrer un mec ! C'est réjouissant. On peut voir en ce film du "feminism washing" de la part de Disney (un féminisme opportuniste et mercantile). Mais si un personnage comme celui-ci peut inspirer des petites filles à travers le monde, je n'y vois aucun inconvénient."

Vous aimerez aussi... : L'Étrange Noël de monsieur Jack, autre production insolite de l'univers Disney. Un conte macabre captivant sur lequel plane la silhouette aussi chétive que charmante de Sally, poupée de chiffon amoureuse d'un squelette féru de fêtes hivernales - et qui fait donc bien tache dans la ville d'Halloween. Une créature aussi étrange que romantique.

Le plus gore : "Black Christmas"

"Black Christmas", des fêtes rouge sang.
"Black Christmas", des fêtes rouge sang.

L'oeil de Terra : Un psychopathe échappé d'une prison, une morbide histoire de famille, une sororité de jeunes femmes, d'étranges disparitions, une angoisse qui monte, monte... Ainsi se présente le Black Christmas de 2006, le remake super dynamique d'un film culte éponyme des années soixante-dix (qui a inspiré grand nombre de "slasher movies", du Halloween de John Carpenter au Scream de Wes Craven). De Douce nuit sanglante nuit à Sheitan, nombreux sont les films d'horreur à prendre place durant les fêtes de Noël. Le petit truc en plus de cette production de James Wong (Destination Finale), c'est de mettre en avant les femmes, toutes les femmes. Et surtout les plus déviantes.

Dépressives, alcooliques, assassines... Des jeunes femmes (fortes) aux répliques cinglantes ("J'enterrerai bien la hache de guerre avec ma soeur... dans le fond de son crâne"), dont le réveillon se transforme vite en bain de sang. Dans ce film où l'on tue à coups de sucre d'orge, l'on ne respecte rien, même pas Santa Claus (qualifié de "voyeur"). Et cette période si spéciale de l'année prend la forme d'un vaste jeu de massacre. "Noël, c'est comme la théorie de Darwin, les faibles se font manger", décoche en ce sens l'une des membres de la sororité.

L'avis de l'experte : "C'est si gore ! Black Christmas démontre que Noël imprègne tellement de genres différents, est moins une catégorie de films qu'un support pour plein de sujets. Finalement c'est difficile à définir, un film de Noël. Ici, comme souvent, c'est une oeuvre essentiellement féminine, sauf que les femmes y sont pour la plupart monstrueuses ou détestables. Il n'y a pas que le personnage de la mère qui est affreux. Les consoeurs de la sororité passent leur réveillon à s'envoyer des piques, s'engueulent, se saoulent, dépriment, se suspectent... L'esprit de Noël n'est pas vraiment respecté dans cette sororité : les femmes se bouffent entre elles.

Et tant mieux : sans prévenir, le film vrille tellement à la boucherie que ça ferait mal de s'attacher véritablement à l'une d'entre elles. Mais finalement, ces jeunes femmes vont devoir agir comme une sororité, une vraie, c'est à dire comme des soeurs, pour combattre celui (ou celle ?) qui les assassine sauvagement les unes après les autres. Elles vont se défendre coûte que coûte. Et les survivantes n'en seront que plus badass..."

Vous aimerez aussi... : La nouvelle version de Black Christmas, qui vient juste de sortir en ce mois glacial de décembre. La critique américaine salue déjà son féminisme ouvertement revendiqué. Un slasher post-#MeToo produit par le mogul Jason Blum (Paranormal Activity, American Nightmare, The Visit) et qui promet d'être aussi sororal que sanguinolent.