L'Arabie saoudite tente de justifier son appli qui piste des femmes

L'application Absher
L'application Absher
Les plateformes Itunes d'Apple et Google Play, proposent de télécharger chacune, une application qui permet de contrôler les mouvements des Saoudiennes. Un réel problème que dénonce un sénateur américain tandis que le royaume se défend face aux attaques.
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Au-delà des réformettes qui ne concernent qu'une minorité de femmes, comme le droit de conduire, l'un des plus gros problèmes en matière de restriction des droits des femmes en Arabie saoudite reste le gardiennage. Les femmes sont considérées comme d'éternelle mineures et ne peuvent pas se déplacer sans l'autorisation de leur tuteur.

Il leur est ainsi impossible de se déplacer à l'étranger sans l'autorisation de leur père, de leur mari ou de tout autre homme en charge d'elle.

Pour les contrôler, les hommes peuvent utiliser la technologie et notamment l'application Absher. Grâce à cette application, qui est utilisée par 11 millions de personnes, les hommes peuvent ainsi régler des dizaines d'actes administratifs comme payer leur amende, mais ils peuvent aussi contrôler les entrées et sorties de leurs enfants et de leur femme hors du territoire.

Cette appli, dénoncée comme une atteinte grave à la liberté de circulation des Saoudiennes, est disponible sur les plateformes de téléchargement d'applications d'Apple et de Google.

Le sénateur démocrate américain Ron Wyden a pris à parti les géants Apple et Google pour que les deux firmes retirent immédiatement cette application de leur plateforme : "Il est inadmissible que Google et Apple facilitent le suivi des femmes et le contrôle du moment et de la manière dont elles voyagent. Ces entreprises ne devraient pas permettre ces pratiques abusives contre les femmes en Arabie saoudite."

Sur ITunes, la plateforme d'Apple, l'application a une note global de 4,9 sur 5. Sur la plateforme de Google, certain·es utilisateur·trices ont essayé de laisser des commentaires négatifs pour faire chuter la note de l'application (qui obtient aujourd'hui un 4,8 sur 5). Mais sans succès.

Interrogé par la chaîne publique américaine NPR, le patron d'Apple, Tim Cook, a déclaré à propos de cette restriction des droits des femmes : "Je n'en ai jamais entendu parler, mais évidemment, nous allons y prêter attention si c'est le cas".

Ce dimanche 17 février, l'Arabie a répondu de manière ferme sur toutes les attaques que subit ce service administratif par le biais d'un communiqué de son ministère de l'Intérieur : "Ces allégations visent à mettre hors d'état de nuire les avantages de plus de 160 services procéduraux différents fournis par le gouvernement du Royaume d'Arabie saoudite à tous les membres de la société aux citoyens et résidents, y compris les femmes, les personnes âgées et les personnes ayant des besoins particuliers."


Avant d'ajouter : "Le ministère condamne fermement la campagne systématique visant à remettre en question l'objectif des services (Absher) [...] Le ministère de l'Intérieur confirme son rejet des tentatives de politisation de l'utilisation systématique des instruments techniques, qui représentent des droits légitimes pour les usagers, et son souci de protéger les intérêts des bénéficiaires de ses services."

Une tentative de justification prônant les "avantages" de cette application qui ne trompe personne.