Les tips pro/perso de Naomi Walkland, vice-présidente de l'appli Bumble Europe

Naomi Walkland, vice-présidente de l'appli Bumble Europe
Naomi Walkland, vice-présidente de l'appli Bumble Europe
Fondée par la PDG Whitney Wolfe Herd en 2014, l'appli de rencontres féministe Bumble compte aujourd'hui plus de 42 millions d'utilisateurs actifs par mois. Sa particularité ? Ce sont les femmes qui y font le premier pas. Vice-présidente de Bumble en Europe, Naomi Walkland revient sur son parcours et livre ses conseils pros.
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Naomi Walkland aurait pu devenir anthropologue. Pour explorer "le comportement humain et des cultures", dit-elle. Elle a finalement bifurqué après plusieurs années d'études. "J'ai réalisé que même si je n'étais pas une 'anthropologue' au sens traditionnel, j'appliquais certaines de ces techniques apprises au cours de mes études dans mon rôle de spécialiste du marketing."

La jeune Britannique a mis ces connaissances à profit au sein de plusieurs agences, a été consultante pour des entreprises dans les domaines tech et lifestyle comme Google, Uber Eats et Aston Martin. Elle a finalement intégré l'entreprise Bumble pour aider au développer de l'appli de rencontres féministe en Europe. Et son storytelling est plutôt joli : "Je suis tombée amoureuse non seulement de la marque, mais aussi littéralement puisque mon mari et moi nous sommes rencontrés sur l'application."

Naomi Walkland dirige désormais les stratégies marketing de l'entreprise sur dix marchés en Europe et au Moyen-Orient. Elle a notamment mené des campagnes engagées telles que "My Love is Black Love" qui "célèbre l'amour noir" en Grande-Bretagne.

Pour Terrafemina, Naomi Walkland revient sur ses motivations et son parcours, livre ses conseils et ses outils pour concilier boulot et vie privée.

Terrafemina : Quel·les ont été vos allié·es dans votre carrière professionnelle ?

Naomi Walkland : La notion de communauté est essentielle, surtout lorsqu'il s'agit de votre carrière. Il est important de s'entourer de personnes qui n'hésiteront pas à mentionner votre nom lorsqu'une opportunité se présentera. J'accorde une grande importance à créer un réseau regroupant des hommes et des femmes inspirant·es, dont un grand nombre sont pour moi de précieux partenaires tant sur le plan personnel que professionnel.

Au début de ma carrière, j'ai eu un mentor extraordinaire, Aaron Cole, CMO chez The Out, qui m'a aidée à faire mes premiers pas. Je recommanderai toujours aux personnes de trouver un·e mentor·esse pour développer leur carrière. Il n'est pas nécessaire de trouver le ou la plus expérimenté·e, mais celui ou celle qui vous inspire pour vous donner la force de saisir des opportunités et vous donner cette confiance recherchée.

Vous êtes une femme noire. Avez-vous été confrontée au sexisme et au racisme lors d'entretiens d'embauche ou sur votre lieu de travail ?

N.W. : Malheureusement, je pense qu'il serait difficile de trouver une femme qui n'a jamais été confrontée au sexisme, et c'est particulièrement vrai pour les femmes noires ou racisées qui continuent de faire face à un manque de représentation dans les postes à responsabilité. Quand on ne se sent pas représentée, un sentiment d'illégitimité peut vite s'installer et nous freiner sur le plan professionnel et personnel.

Pour lutter contre la discrimination, il est essentiel de faire valoir sa propre histoire et ses expériences personnelles dans le contexte professionnel. Mon conseil ? Etre ouvert·e et honnête sur vos expériences, accepter que les gens ne maîtrisent pas les différentes nuances de votre culture. Prenez le temps de leur expliquer et de les informer.

Par exemple, lors des réunions, partagez vos idées de manière proactive et inspirez-vous de vos expériences personnelles pour expliquer pourquoi cela est important pour vous et en quoi cette expérience peut aider le business à comprendre ces enjeux de représentation et de diversité. Dans la mesure du possible, partagez votre culture et votre patrimoine et célébrez-les avec celles et ceux avec qui vous travaillez.

Naomi Walkland, vice-présidente de l'appli de rencontre Bumble en Europe
Naomi Walkland, vice-présidente de l'appli de rencontre Bumble en Europe

A quoi ressemble votre journée type ?

N.W. : Je suis enceinte et donc mes journées sont très différentes ! Je me réveille tôt pour aller faire une promenade avec mon chien, ce qui est une bonne façon de démarrer la journée et de jeter un coup d'oeil furtif à mes e-mails. Le matin, j'échange généralement avec des collègues d'Australie et d'Asie, puis j'organise ma boîte mail pour identifier les priorités de la journée.

La suite consiste à passer en revue nos informations commerciales pour voir ce qu'il se passe dans la région et nos résultats. Les appels prévus au cours de la journée peuvent porter sur une variété de sujets : élaborer une stratégie de lancement dans de nouveaux pays, finaliser les concepts créatifs d'une nouvelle campagne télévisée, discuter de nouveaux projets avec les équipes produits et partenariats...

Bien que les différentes réunions rythment ma journée, je prends toujours le temps de déjeuner et de jouer avec mon chien.

Je termine vers 19 heures, je prépare le dîner et je passe une soirée relaxante avec mon mari. Il arrive que nous regardions un peu la télévision : je suis actuellement obsédée par Drive To Survive - Formule 1 : Pilotes de leur destin - je suis la plus grande fan de Lewis Hamilton. Je m'assure de ne jamais me coucher sans avoir lu un bon bouquin. Notre club de lecture chez Bumble recommande de lire "Kim-Joyoung née en 1982" de Cho Nam-Joo, un vrai bijou.

Quelle "faiblesse" avez-vous réussi à transformer en force ?

N.W. : Au début de ma carrière, j'étais terrifiée à l'idée d'abandonner quoi que ce soit - des plans, des projets, des emplois. On nous dit qu'abandonner, c'est échouer : c'est pourquoi j'ai vraiment eu du mal lorsque je me suis retrouvée à un poste dans lequel je n'avais aucun épanouissement et j'étais effrayée à l'idée de le quitter...

Quand je l'ai finalement fait, j'ai compris qu'il fallait faire évoluer les mentalités autour du principe de "démission". C'est pour cela que j'ai fondé The Power of Quitting en 2017, une série de conseils et témoignages qui explore comment les femmes peuvent initier et se saisir du changement pour construire une carrière solide et avec du sens.

Naomi Walkland et son mari Richard
Naomi Walkland et son mari Richard

Avez-vous des outils pratiques pour mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle ?

N.W. : Je suis une personne très visuelle, donc je prendrai toujours des notes sur papier, mais je ne peux pas me passer d'Evernote pour m'organiser : ça change tout. Lorsque j'ai un moment de répit dans ma journée, je suis une grande fan de Headspace. L'application propose de courtes séances de méditation de trois minutes et elles se glissent facilement dans le programme de la journée.

À la fin de la journée, j'essaie toujours de me rapprocher le plus possible du "zéro mail dans la boîte de réception" et j'éteins mon ordinateur pour marquer la fin de la journée de travail.

Vos réflexes pour vous ressourcer et recharger vos batteries ?

N.W. : Mon mari et moi avons récemment déménagé en dehors de Londres et mes loisirs ont donc beaucoup changé - alors que j'étais auparavant une adepte des cours de HIIT, je préfère maintenant le pilates et les longues promenades à la campagne avec mon chien.

Comme la plupart des gens, j'ai acquis de nouveaux passe-temps durant la pandémie et développé une passion encore plus grande pour la cuisine. Je prends des cours régulièrement pour apprendre une nouvelle recette ! C'est d'ailleurs un phénomène en France : 36% de nos membres se sont découverts une nouvelle passion pendant le confinement.

Les femmes qui vous ont le plus inspirée dans votre vie ?

N.W. : C'est difficile de choisir car j'ai le privilège de travailler avec tant de femmes étonnantes et inspirantes, mais l'une des plus importantes pour moi est ma mère. Elle m'a élevée seule tout en dirigeant une société de conseil internationale et, dès mon plus jeune âge, elle m'a appris l'importance de l'empowerment des femmes et surtout à quel point la sororité a un impact pour changer les choses.

Je suis également inspirée par les femmes qui contribuent à accroître la représentation du leadership, comme Bozoma St. John, une extraordinaire spécialiste du marketing, une femme noire très fière de ce qu'elle et de son parcours.

Votre citation préférée pour vous motiver ?

N.W. : Je me réfère toujours à une citation d'Oprah : "Rappelez-vous que votre travail n'est pas qui vous êtes, c'est juste ce que vous faites sur le chemin de qui vous deviendrez". Au début de ma carrière, il y a eu des moments où je me suis demandé comment mes premiers emplois allaient me permettre de réaliser mes grands rêves, et j'ai laissé beaucoup de mes rôles me définir plutôt que de les considérer comme une étape d'un long voyage.

Au travail, mais aussi dans la vie au cours de ces deux dernières années, mon mantra est "contrôler les éléments contrôlables". C'est une manière de se rappeler qu'il faut concentrer son énergie et son temps sur les choses qui sont vraiment importantes et sur lesquelles on peut agir. Il ne sert à rien de passer son temps à stresser pour des choses qui échappent à notre contrôle.

Votre dernier moment d'audace ?

N.W. : Je pense que c'est le fait d'avoir quitté Londres ! J'ai toujours été une fille de la ville et j'apprécie l'inspiration qui vient de la vie urbaine. Mais pendant la pandémie, nous avons pris la décision de déménager à la campagne, ce qui aurait pu sembler fou pour moi il y a quelques années. J'ai été finalement surprise de voir à quel point j'y ai trouvé l'équilibre à ma vie.

Votre prochain projet ?

N.W. : Le plus grand de tous les projets : devenir maman ! Notre petit bébé Bumble (les bébés des couples rencontrés sur l'application) est attendu cet été.