Avec "Génération Silver", Caroline Ida encourage les femmes à oser après 50 ans

Caroline Ida, modèle silver.
Caroline Ida, modèle silver.
L'influenceuse Caroline Ida nomme les femmes de sa génération les "sexygénaires". Un mot qui entend rappeler à celles qui l'auraient oublié que, malgré le message que la société s'entête à leur faire passer, on ne s'éteint pas quand on a 50 ans. Bien au contraire.
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Caroline Ida est solaire, vive, libre. Sur son compte Instagram intitulé Fifty Years of a Woman, l'influenceuse de 60 ans aux plus de 38 000 abonné·e·s publie de superbes portraits d'elle sans filtres, authentiques. Des clichés sur lesquels elle se met à nu, dans tous les sens du terme. Son credo : prôner l'acceptation de soi et surtout, lutter contre l'invisibilisation et la dévalorisation des femmes de plus de 50 ans dans notre société.

Le 14 avril dernier, la "sexygénaire", comme elle surnomme celles qui composent sa génération, a publié son premier livre : Génération Silver, sans tabous ni limites (ed. Kiwi). Un manuel destiné à convaincre ses semblables que leur "meilleure vie commence aujourd'hui", et à les inviter à "reconquérir la place qu'elles méritent".

Entre réflexions féministes, conseils lifestyle et images inspirantes, elle dresse un bilan sévère - aussi bien personnel, que professionnel - de la situation en France. "Ces dernières années, j'ai participé à beaucoup de maraudes nocturnes durant lesquelles je rencontrais toutes sortes de personnes, incluant beaucoup de femmes qui se retrouvaient à vivre dans la rue", écrit-elle notamment. "Non pas à cause d'un dérapage de leur part, mais souvent plutôt du dérapage de la société dans laquelle nous vivons".

"Génération Silver : sans tabous ni limites", de Caroline Ida
"Génération Silver : sans tabous ni limites", de Caroline Ida

Elle aborde également le sujet de l'intime, essentiel tant ils est silencié. Mais aussi la mode, la beauté et le salutaire regard bienveillant qu'il est nécessaire de poser sur son corps. Cette ode réussie à la deuxième partie de nos vies résonnera sans aucun doute auprès des concernées, mais pas que. A n'importe quel âge, on prend plaisir à s'y plonger. Et à y revenir.

Pour décortiquer davantage sa pensée, on a échangé avec Caroline Ida. On a parlé de l'importance de se reconnecter à soi, du tabou de la sexualité, et des dégâts de l'auto-censure. Entretien.

Terrafemina : Ce livre est-il un guide pour les femmes de plus de 50 ans qui ont envie de se délester d'injonctions ?

Caroline Ida : Un "guide", je ne sais pas, je ne suis pas fan de ce terme-là. Je dirais plutôt un petit ouvrage qu'il faut garder à côté de soi. Un livre de chevet qu'on glisse sur sa table de nuit. On l'ouvre et on lit la page sur laquelle on tombe, qui peut-être nous aidera à nous reconnecter à des choses que l'on avait oubliées par rapport à soi-même. Un texte sur la sexualité, les cheveux blancs, l'alimentation, prendre soin de soi... C'est un livre qui se lit dans le désordre, et ça me plait bien.

Vous employez souvent le mot "reconnecter" au fil de vos pages. C'est important, cette reconnexion ? A quel moment se déconnecte-t-on en tant que femme ?

C. I. : Je pense qu'il y en a plusieurs. Mais un moment très important inscrit dans la vie d'une femme, c'est la ménopause, autour de la cinquantaine. On se déconnecte de soi d'abord à cause de cette étape biologique en elle-même, mais ensuite à cause du regard de la société sur ce que l'on vit. Car celle-ci a décidé d'invisibiliser les femmes de plus de 50 ans.

La femme, à partir du moment où elle est ménopausée, qu'elle ne peut plus procréer, elle dégage, on ne s'intéresse plus à elle. La société ne supporte pas la vieillesse, c'est le jeunisme à tout prix. A part depuis la crise du Covid, où nos anciens ont été mis à l'honneur comme ceux qu'il fallait sauver. Mais entre celles et ceux qui ont plus de 80 ans et les baby boomers, il y a un réel écart de génération ! Pourtant, on nous met tous et toutes dans le même sac. Celui des "seniors" - un mot que je déteste.

Donc non seulement à ce moment-là, on prend un grand coup dans la figure auquel nous ne sommes pas préparées - cela dépend des femmes évidemment, mais cela peut impacter certaines de façon violente - et en plus, on ne sait pas vraiment à qui en parler, ni vers qui se tourner. On peut se déconnecter de soi quand on ne réussit plus à se connecter à qui l'on est. Notre image physique, notre quotidien changent, et autour de nous, dans les médias, il n'y a aucune femme à laquelle s'identifier.

Il y a également le départ des enfants. Même si on s'y attend, psychologiquement, c'est toujours un petit déchirement. Après, il peut y avoir le départ du mari, qu'on met à la porte ou qui s'en va - pour une plus jeune ou pas, d'ailleurs (rires). Et enfin, la perte du travail. Moi, je l'ai vécue à 57 ans, mais d'autres la vivent plus jeunes, dès 45 ans. Toutes ces choses font que nous ne sommes plus connectées à nous-mêmes, à l'identité qu'on a pu se forger. Alors on peut finir par s'oublier, et tomber dans la phase obscure de notre vie.

Diriez-vous qu'à la fois, on invisibilise les femmes de cet âge parce qu'elles seraient "trop" vieilles, et qu'on les infantilise en leur disant ce qu'elles peuvent faire ou pas ?

C. I. : Exactement, et ça n'a pas de sens. Quand je travaillais, je n'avais pas conscience de tout ça. C'est vraiment quand je me suis retrouvée face au mur que je me suis aperçue de ces injustices. Par exemple, je n'achète plus de magazines féminins alors que j'en étais une grosse consommatrice. Aujourd'hui, je ne m'y retrouve plus du tout. Quand je vois uniquement des corps maigrissimes qui portent des choses hors de prix que personne ne peut s'offrir, pour moi, ce n'est pas ça la mode. Et pourtant, j'adore la mode.

Et puis, les articles qui expliquent comment s'habiller à partir de 50 ans, c'est stupide : chacune fait comme elle le souhaite. La société veut nous mettre dans des cases et je ne suis pas du tout d'accord. A notre âge, on a acquis une certaine liberté, ce n'est pas pour qu'on recommence à nous dicter ce qu'il faut faire ou pas ! Il y a effectivement quelque chose de très déstabilisant, de très ambigu.

Cette discrimination provoque-t-elle une auto-censure chez celles qui la subissent ?

C. I. : Chez certaines, c'est sûr. Elles vont se dire 'je ne vais pas m'autoriser telle chose parce que je ne vois personne le faire autour de moi, parce qu'on me dit que ce n'est pas bien'. Par exemple, les cheveux. On entend depuis des années des tantes et des grands-mères dire qu'il faut se couper les cheveux après 50 ans, parce que les cheveux longs ne sont plus de notre âge. On va nous dire de ne pas porter de mini-jupes, ni ses cheveux blancs. Mais si moi je me sens bien comme ça, pourquoi ne pas me l'autoriser ?

Je ne veux pas recevoir les critiques et les injonctions de qui que ce soit ou de quoi que ce soit. Et je le prouve sur mon compte Instagram : je parle de tout, je n'ai aucune honte. Même de sextoys. Et le retour des femmes est génial. Après 50 ans, si on écoute les autres, il ne faudrait pas que l'on se fasse du bien, que l'on se fasse plaisir. Mais ce n'est pas vrai : le corps existe jusqu'au bout.

Quel est le plus gros tabou qui entoure les femmes de plus de 50 ans ?

C. I. : Je pense que c'est la sexualité. On n'en parle pas du tout. Une femme ménopausée, on pense qu'elle ne fait plus l'amour. Excusez-moi mais il faudrait se renseigner un peu ! Il n'y a pas d'âge pour aimer, il n'y a pas d'âge pour faire l'amour. Tant que notre corps demande encore et a envie d'exulter et qu'on se connecte avec la bonne personne, ça fonctionne.

Et vous, avez-vous encore des complexes ?

C. I. : Je n'en ai jamais eu beaucoup et maintenant, je me fous totalement de ce que pensent les autres. Je vais vous citer un bon exemple : pour poser nue pour le magazine Paulette, sans photoshop, brut de chez brut, et avoir ses fesses en gros plan avec les bourrelets dans le dos, il faut assumer (rires).

Quand le numéro est sorti en revanche, j'ai vu plusieurs commentaires malveillants de femmes de mon âge, alors que les jeunes femmes étaient toutes d'une bienveillance exceptionnelle. Pourtant, à travers ces photos, mon message n'est pas d'obliger mes paires à faire la même chose que moi, mais plutôt de montrer que c'est possible. Seulement, cette liberté dérange.

Comment faire pour mettre fin à ce jeunisme ?

C. I. : Il faut davantage de diversité représentée, de bienveillance et de sororité. J'aime beaucoup ce mot. S'il y avait plus de sororité entre les femmes, on se sentirait toutes mieux.

Ce que je souhaiterais, ce pourquoi j'agis, c'est pour que votre génération, celle des trentenaires, quand vous aurez 50 ans, vous ne vous posiez pas les questions que l'on se pose aujourd'hui. Que vous trouviez du boulot sans problème, que d'autres corps soient mis en avant dans les médias. Alors ce qui est chouette, c'est qu'aujourd'hui grâce aux réseaux sociaux, ça bouge. On met en avant des choses dont on ne parlait pas avant. Et c'est essentiel.

Que souhaiteriez-vous dire, finalement, aux femmes qui n'osent pas se comporter comme elles le souhaitent à cause de leur âge, et à celles qui ont peur de vieillir ?

C. I. : A celles qui ont peur de vieillir, j'aimerais leur rappeler que c'est un passage inévitable. Et de ne pas oublier non plus que certaines personnes n'ont pas la chance de voir les années passer. Cette vieillesse, j'insiste, il faut l'accueillir avec bienveillance. On peut vieillir "bellement", si j'ose dire, avec de la douceur.

Pour celles qui n'osent pas, je trouve cela vraiment dommage, mais je dirais qu'il ne faut jamais s'interdire des choses à cause du qu'en dira-t-on. On peut aussi faire des expériences, et si ça ne nous va pas, tant pis, on aura essayé. Ne surtout pas se limiter soi-même, parce qu'on le regrettera forcément par la suite. Et comme on dit : mieux vaut avoir des remords que des regrets !

Génération Silver : sans tabous ni limites, de Caroline Ida. Ed. Kiwi. 144 p. 22 euros