Combien faut-il avoir d'enfants pour "faire bien" ?

Combien d'enfants faut-il avoir "pour faire bien" ?
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Combien d'enfants faut-il avoir "pour faire bien" ?
Le fait d'avoir ou non des enfants, de même que le nombre d'enfants qu'on décide d'avoir, sont souvent l'objet de la curiosité déplacée des autres, alors même que ces questions relèvent de la plus stricte intimité.
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"Et les enfants c'est pour quand ?", "Tu penses pas que ça ferait du bien à ton fils d'avoir un petit frère ou une petite soeur ?", "Ah dites, donc, encore un enfant, vous ne vous arrêtez jamais !". Il n'est guère de sujet qui suscite plus d'attention et d'intrusion de la part d'autrui que la parentalité et les questions qui l'accompagnent.

Des "childfree" sévèrement jugées

Cela commence avec le seul fait de vouloir ou de ne pas vouloir d'enfants : ainsi, et en dépit des avancées des dernières décennies et de l'évolution du statut de la femme, les femmes qui affirment haut et fort leur refus de devenir mères sont encore sévèrement jugées par la société, comme si elles enfreignaient les lois de la féminité. Comme si, grosso modo, l'identité d'une femme reposait entièrement sur l'utilisation qu'elle fait de son utérus.

Mais cela ne s'arrête pas là. Comme le fait remarquer Dean Burnett dans une tribune publiée en novembre dans le Guardian, "ce n'est pas une simple situation de 'oui je veux des enfants/non, je ne veux pas d'enfants'". Le nombre d'enfants désiré fait AUSSI l'objet de débats sans fin, voire de polémiques. Au point que le journaliste se demande quel est le nombre "parfait" d'enfants. Et la réponse est bien évidemment qu'il n'y en a pas vraiment, comme vous allez le voir...

"Un enfant ? Vous êtes égoïste !"

Si vous pensez en effet qu'il suffit d'avoir un enfant pour éviter une bonne fois pour toutes les commentaires désobligeants et intrusifs, vous vous mettez le doigt dans l'oeil. Quand on a un enfant, on cesse juste de se voir poser la question "Quand allez-vous faire un enfant?", pour entendre à la place "Et le deuxième, c'est pour quand ?". Tout se passe comme si, dans l'esprit des gens, il était inimaginable de ne souhaiter avoir qu'un seul enfant. Pire, ce serait un signe d'égoïsme, signe qu'on préfère son confort de vie, par exemple, au bonheur de son enfant, qui va bien entendu s'ennuyer mortellement en grandissant sans frères et soeurs et devenir sans aucun doute un abominable être humain pétri d'individualisme. Oui, car les enfants uniques, c'est maaaaaaaaaal.

Deux enfants ? Attention à leur sexe

Un peu moins pire que le fait de ne pas avoir d'enfant ou de n'en avoir qu'un : en avoir deux. Mais encore faut-il que ceux-ci ne soient pas du même sexe. Parce que sinon, attendez-vous à ce que les gens vous parlent immédiatement du troisième enfant, alors même que le deuxième n'est même pas encore né : "Et tu n'aimerais pas avoir une petite fille après ?"

Personnellement, j'ai été étonnée de la réaction dépitée de certains amis quand je leur ai annoncé avec bonheur que j'allais avoir un deuxième garçon. Comme si, en ayant deux enfants du même sexe, je cassais une belle symétrie, un ordre, comme si j'avais eu deux fois le même jouet Kinder, ou encore comme si j'avais échoué à un examen dont je ne connaissais même pas l'existence.

La différence d'âge entre votre aîné et votre cadet est aussi l'objet de commentaires. Tout le monde a bien évidemment son avis là-dessus, et il s'avère que, de l'avis général, trois ans est le chiffre d'or. En-dessous, c'est trop proche et ça risque de créer des conflits, au-dessus, vos enfants ne joueront pas ensemble. Tout se passe dans la tête des gens comme si tout cela était programmable, comme si la nature n'avait pas son mot à dire. Et les problèmes de fertilité et les fausses, couches, ça n'existe pas, bien entendu.

Trois enfants ? Vous êtes (et oui, encore) égoïste

On pourrait croire qu'avoir trois enfants mettrait fin aux jugements, mais il n'en est rien. Pour beaucoup de gens, trois, c'est beaucoup. Paradoxalement, si avoir deux enfants ne suffit pas pour certains, pour d'autres, en avoir trois reviendrait à enfreindre une sorte de limite invisible. Encore cette idée de symétrie, de carré magique : deux parents, deux enfants. A partir de trois, on devient une famille nombreuse, et on n'est guère à l'abri, cette fois, encore, des remarques, qu'elles portent sur notre égoïsme ou sur notre irresponsabilité. "Et la surpopulation, tu y as pensé ?".

En bref, faites-vous une raison : que vous n'ayez pas d'enfant ou que vous en ayez un, deux, ou trois (sans parler de plus), quelqu'un quelque part aura toujours quelque chose à redire.