J'ai un crush et je suis en couple : c'est grave ?

J'ai un crush et je suis en couple : c'est grave ?
J'ai un crush et je suis en couple : c'est grave ?
L'herbe semble souvent plus verte ailleurs. Surtout après quelques années de relation. Nombreux sont en tout cas les témoignages à nous en faire part, ceux-ci s'accompagnant quasi systématiquement de la même question : c'est grave ? Et la réponse est non.
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On ne compte plus le nombre de proches qui, au bout d'un certain temps à aimer la même personne, sentent leur attention dériver. Sur un·e collègue, un·e inconnu·e, une connaissance, le démarcheur d'Action contre la faim... N'importe qui, finalement, qui permette à l'esprit de s'échapper d'un quotidien devenu un peu (trop ?) routinier. Une fraîcheur réjouissante, un ravivement de papillons dans le ventre, une nouvelle raison de s'apprêter le matin.

Des émotions qui font vibrer l'espace d'une seconde, et réfléchir sérieusement l'autre. Car après l'excitation de ce début d'interdit subvient une question aussi inévitable que redoutée : "suis-je en train de faire une grosse connerie ?".

Des frétillements aux remords

"Ça date de l'année dernière", se souvient Jihanne, 35 ans, en couple depuis 6 ans. "Après un confinement difficile, je me suis détachée petit à petit de mon mari. Je sais pertinemment que l'amour et le désir ne peuvent pas rester aussi intenses qu'au premier jour, alors je ne me suis pas inquiétée". Et puis, elle a repris le travail en présentiel, retrouvant son équipe au bureau, mais aussi les interactions sociales qui vont avec.

"On avait embauché un nouvel employé que je n'avais pas encore rencontré, home office oblige. Il travaillait sur les mêmes projets que moi." Rapidement, le temps passé ensemble à écumer les fichiers Excel les rapproche. Ou en tout cas, c'est ce que ressent Jihanne. Elle nous raconte s'être mise à penser à lui en rentrant chez elle, à imaginer des scénarios improbables où ils se diraient des mots doux lors d'un afterwork improvisé, voire à vouloir le croiser à chaque coin de rue. Classique.

"Au début, j'étais toute émoustillée à l'idée de ce truc inédit dans ma vie plutôt chiante à côté. Sauf que la culpabilité n'a pas tardé à pointer le bout de son nez. Je visualisais la réaction de mon conjoint s'il l'apprenait, les conséquences forcément dévastatrices à cet 'écart' sentimental, ce que j'aurais ressenti si la situation avait été inversée... J'avais l'impression d'être une personne terrible et en même temps, je ne pouvais pas m'empêcher de regarder 'l'autre' avec des yeux de merlan-frit. Une vraie contradiction dans ma tête qui ne m'a pas lâchée - jusqu'à ce que je relativise".

"Fréquent et parfaitement normal"

Est-ce grave d'avoir un crush quand on est en couple ?
Est-ce grave d'avoir un crush quand on est en couple ?

Si le récit de Jihanne vous parle, c'est parce qu'il est aussi rare que le mansplaining sur Twitter. Soit pas du tout. Dans une chronique pour GQ, la journaliste Sophia Benoit signe d'ailleurs : "Dans cette vie, seules deux choses sont sûres. La première, c'est la mort, et la seconde, c'est d'avoir le béguin pour d'autres personnes quand on est engagé·e dans une relation amoureuse."

Le béguin, ou "crush" pour les allemands LV1, c'est une jolie façon de dire qu'on a très envie de sexe avec quelqu'un. Qu'on se liquéfie sous son regard, qu'on l'imagine à poil au moins deux fois par heure, qu'on frissonne rien qu'en projetant ses mains sur son propre corps. Alors qu'on l'a vu quatre fois à tout casser à la machine à café, ou à la caisse du Franprix en bas de chez notre mamie.

Une ribambelle de sensations qui se manifestent au début d'une relation, ou bien sans qu'il n'y ait de suite particulière à cette histoire, et parfois même alors qu'on est déjà en couple monogame avec quelqu'un qu'on aime.

"C'est très normal et cela n'a peut-être rien à voir avec le bonheur de la relation dans son ensemble", rassure alors la psychologue Samantha Rodman auprès du HuffPost US. "Les crush donnent aux gens le sentiment d'être attirants et vivants, et ils en ont souvent même lorsqu'ils sont très attachés à leur partenaire, mais que la relation n'est plus dans cette phase de lune de miel...".

Pour certaines études, il s'agirait même d'un événement positif, qui provoquerait un boost de confiance en soi et de désir pour son partenaire (officiel, faut-il le préciser). Loyst, coac insiste à son tour auprès de Refinery29. "Ce qui est génial avec les béguins, c'est qu'ils sont un moyen sûr d'explorer votre côté dragueur, sans risque". Et de poser quelques bases : "Toute tromperie commence par un crush, mais tous les crushs ne mènent pas à la tromperie." L'issue reste donc quasi entièrement entre nos mains.

Comment réagir

A ce sujet, il existe deux sorties possibles : soit les "sentiments" s'estompent, soit ils se concrétisent. Pour la deuxième, il n'y a qu'à transformer les regards et autres flirts en rendez-vous intimistes et actions physiques. Pour la première, le travail est davantage mental. Et commence par une réalisation toute simple : célibataire, on ne voudrait de toutes façons jamais être avec cette personne pour tout un tas de raisons que notre statut amoureux nous fait temporairement oublier.

"Prenez le temps de vous asseoir et d'être honnête avec vous-même sur la raison de béguin", avise Sophia Benoit. "Si, par exemple, ce que vous voulez vraiment, c'est avoir des rapports sexuels plus excitants avec votre partenaire, ou si vous vous disputez tous les soirs après le travail à propos de la rénovation de la cuisine, alors le problème est là, et votre crush n'en est que le symptôme." La solution : communiquer sur le fond.

Et aussi, se poser les bonnes questions : "Un mentor m'a dit un jour : 'Vous savez que vous êtes bien ensemble lorsque votre partenaire est la première personne à qui vous voulez annoncer les bonnes nouvelles, et la première à qui vous voulez annoncer les mauvaises nouvelles'", se rappelle le psychologue Ryan Howes. "Ce confident, c'est votre partenaire ou votre crush ?"

Et de prévenir : "Si ce dernier commence à compromettre l'intimité physique ou émotionnelle que vous avez avec votre relation principale, ou si vous alimentez des fantasmes à ce sujet, vous êtes en territoire dangereux." Ou en passe de franchir la ligne d'une certaine fidélité.

Jihanne, elle, nous assure avoir fait la part des choses en prenant plus à la légère cette aventure imaginaire. "Je ne l'ai pas nourrie, j'ai juste gardé mes fantasmes dans un coin de ma tête comme un jardin secret. En parallèle, j'ai identifié ce qui pesait sur mon couple pour adresser le réel problème à la source. On travaille dessus, et plus les efforts se concrétisent, moins mes pensées divaguent - même quand je collabore avec l'objet éphémère de mes désirs".