Est-ce de la tension sexuelle (ou juste dans ma tête) ?

Est-ce de la tension sexuelle (ou juste dans ma tête) ?
Est-ce de la tension sexuelle (ou juste dans ma tête) ?
Vous avez du mal à vous concentrer et à ne pas sentir votre entrejambe palpiter au moindre regard un peu prolongé. Il·elle vous excite, pas de mystère. Mais une question demeure : l'électricité est-elle partagée ou êtes-vous simplement en train de vous faire un (gros) film annonciateur d'un rateau olympique ? On analyse.
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Ça fait des mois qu'on croise l'autre dans les couloirs du troisième, sur le chemin de la cafétéria. Et à chaque fois, ça ne rate pas. Sourire mièvre, joues rouges, petites gouttes de transpiration au coin du front : on a l'impression de fondre sous la chaleur de son corps torride qui s'avance vers nous lentement. On l'imagine nous prendre contre un mur dans le placard à fournitures et on en perd presque l'équilibre. Dans nos rêves éveillés, notre chemisier se déchire sous la hâte de ses mains.

Bon, en pleine pandémie, forcément, les allers-retours dans le bâtiment du bureau se font plus rares. Mais même derrière notre écran, on a des frissons dès que son nom apparaît sur Zoom. Et on pourrait le jurer : ses yeux fixent notre visage à chaque e-réunion, son esprit ne pensant certainement qu'à traverser son vieux PC pour nous embrasser à pleine bouche. Et nous pendant ce temps-là, on entend Barry White en fond. Il est temps d'agir.

Le confinement n'a clairement pas anéanti notre envie tenace de le·la voir arracher notre jogging bouloché, mais nous a tout de même permis de soulever un point plutôt légitime : et si la pseudo tension sexuelle qu'on assure palpable à chaque rencontre était en réalité... complètement fantasmée ? Et si, tout ce dont il·elle avait envie dans ce fameux couloir, c'était le paquet de galettes de riz bio acheté avec notre Twix pour se donner bonne conscience, et non nos fesses brûlantes ?

Avant de se taper un vent colossal, et de déclarer notre attirance avec aplomb, on fait le point.

Qu'est-ce que la tension sexuelle, concrètement ?

Oui parce que c'est bien beau de balancer l'expression à qui veut l'entendre (des "tu verrais avec un·e-tel·le, c'est électrique quand on est dans la même pièce, une tension sexuelle insoutenable" qu'on lâche à nos ami·e·s peu convaincues), encore faudrait-il saisir son sens réel. "La tension sexuelle est le sentiment que quelque chose de sexuel doit se produire pour résoudre la tension dans l'air entre deux personnes", explique Carmel Jones, coach en relations humaines et experte en sexe à Cosmopolitan US. Jusque-là, rien d'incohérent.

Elle ajoute que pour savoir si on l'éprouve, il faut se poser une question simple : a-t-on envie de faire l'amour avec cette personne ? "Quand on a une relation platonique avec ses amis on n'a pas envie d'être proches d'eux d'un point de vue sexuel", développe la spécialiste. "On ne sent pas non plus que nos zones sexuelles s'intensifient ou s'activent avec la présence de nos amis platoniques."

Car oui, l'un des "signes" évidents de cette tension sexuelle n'est autre qu'un "sentiment d'excitation physique (vos organes génitaux sont excités et gonflés)", précise-t-elle, ainsi que les mains moites, des papillons dans le ventre, des sourires évocateurs, ou encore le coeur qui bat la chamade. Rien que d'y penser, ça nous épuise. Mais au moins, le diagnostic est clair.

Ce dont on est moins sûre en revanche, c'est si ladite tension sexuelle peut s'invoquer alors qu'on ne connaît pas le ressenti de l'autre ou, dans un cas moins agréable pour notre ego, s'il·elle n'en a très sincèrement rien à faire de notre affection débordante - et honnêtement un peu gênante. Pour Jill McDevitt, sexologue américaine, il y a un flou général autour de cet aspect : "Ce n'est pas un terme scientifique, donc je pense qu'il y a une marge de manoeuvre pour que les gens puissent définir eux-mêmes si cela doit être mutuel ou non pour être considéré comme une tension sexuelle", étaye-t-elle.

Nous voilà bien avancée.

Comment savoir si la tension sexuelle est réciproque ?

Puisqu'il n'y a que la réponse à cette question qui nous intéresse, finalement : on se lance. D'après les expertes, tout serait dans le regard : "un contact visuel prolongé peut donner l'impression d'un mini rendez-vous que personne d'autre ne peut voir ou auquel personne d'autre ne peut participer", affirme Jess McCann Ballagh, coach en relation, à Cosmopolitan US, qui elle réserve la "tension sexuelle" aux cas mutuels. "On se sent bien et on ne veut pas s'en séparer", ajoute-t-elle. Elle précise d'ailleurs que si la tension n'existait pas en face, l'autre ne soutiendrait pas nos oeillades appuyées et nous ferait vite comprendre son désintérêt. Ce à quoi on répond un franc : non, on peut aussi avoir prêté à ses gestes une signification complètement à côté de la plaque, auquel cas on ne pourrait s'en prendre qu'à nous.

Pour Carmel Jones, il reste judicieux de s'en référer à son entourage. Collègues ou ami·e·s proches sauront peut-être nous aiguiller : "Il est presque inévitable que les gens remarquent quand deux personnes ressentent quelque chose l'une pour l'autre", assure-t-elle. Ainsi, si on vous demande, un peu interloqué·e, ce qu'il vient de se passer alors que vous venez juste de faire la bise à celui ou celle qui hante vos nuits, "c'est une autre bonne indication".

Comment y mettre un terme ?

Dans le cas où l'on se serait planté·e quant à ses véritables attentions, il existe des techniques pour se débarrasser du feu qui brûle (seulement) en nous : la déclaration, l'auto-conviction ou la masturbation.

Il est ainsi conseillé d'assumer ces sensations, voire d'en plaisanter, et par la même occasion de jouer d'un peu d'auto-dérision, un humour qui, à notre humble avis, donne un charme fou. Si la perspective de révéler nos pensées intérieures nous file des boutons, on peut toujours se persuader que tout est dans notre tête, voire user de quelques astuces pour désexualiser cette personne dans notre esprit. "Imaginez-la en train de faire quelque chose de stupide ou objectivement peu ragoutant, comme se moucher, utiliser du fil dentaire, se curer les ongles des pieds", propose Jess McCann Ballagh. Effets garantis.

Et si même l'idée de sa potentielle haleine fétide continue de nous exciter, on peut simplement se soulager en assouvissant nos fantasmes... mentalement. On se rendra peut-être compte que tout ça n'est que purement physique, et on pourra enfin aller chercher notre petit en-cas sans raser les murs.