Détention des femmes en Syrie : le rapport glaçant qui met en cause le régime

Des réfugiées syriennes à la frontière du pays le 20 juin 2015.
Des réfugiées syriennes à la frontière du pays le 20 juin 2015.
En Syrie, détenir des femmes en prison est devenu une véritable "arme de guerre et de terreur". C'est ce que dénonce un rapport édifiant rendu par une coalition d'ONG le 22 juin dernier, et faisant état de la violence extrême du régime à l'égard des prisonnières.
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Alors que le pouvoir syrien voit ses positions menacées dans la ville d'Alep, par l'offensive sans précédent des insurgés islamistes vendredi 3 juillet, l'armée fidèle au régime de Bachar el-Assad est désormais la cible d'importantes critiques internationales quant au traitement de ses prisonnières. Dans un rapport couvrant la période 2012-2014, le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme (REMDH) a en effet dénoncé le calvaire subi par les femmes placées en détention dans le pays.

Privations, isolement, viol

Parmi les 200 000 personnes placées dans les centres de détention du régime, plusieurs milliers sont des femmes, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Selon le rapport publié par la coalition d'ONG méditerranéennes, et intitulé "La détention des femmes en Syrie, arme de guerre et de terreur", le régime syrien a recours à la torture et au harcèlement contre les femmes détenues dans ses prisons gouvernementales. "Les femmes sont la cible d'abus dans les prisons officielles comme secrètes, détaille le rapport. Ceux-ci prennent des formes variées incluant la privation, les menaces, l'isolement, mais aussi différentes formes de torture comme le viol, les menaces de viol ou le harcèlement sexuel".

Le REMDH qui regroupe 80 institutions dans 30 pays méditerranéens évoque notamment les cas de femmes enceintes en prison et d'autres détenues avec leurs enfants. Le document s'appuie alors sur des témoignages d'ex-prisonnières qui ont accepté de détailler les conditions effroyables dans lesquelles elles ont été détenues ou interrogées.

"J'étais totalement nue dans une chambre froide"

L'une d'entre elles, Leila, militante des droits de l'Homme de 38 ans, raconte ainsi avoir été questionnée lors de sa détention fin 2013 dans la prison de Lattaquié à l'ouest du pays, alors qu'elle avait ses règles : "J'étais totalement nue, dans une chambre froide, pleine de rats, le sang coulait sur mes jambes et l'interrogatrice était totalement indifférente (...) on ne m'a pas laissée prendre une douche après", affirme-t-elle dans le rapport.

Lamia, une autre militante de 24 ans qui avait tenté d'aider des jeunes à fuir le service militaire, affirme elle avoir été électrocutée et accrochée pendant six jours au plafond. Sawsane enfin, détenue en septembre 2012 et mère de famille de 36 ans, raconte avoir été violée par dix membres des services de sécurité, dont certaines fois sous les yeux de son fils de 16 ans.

Hors de prison, le calvaire continue

Mais le calvaire de ces milliers de femmes ne s'arrête pas à la sortie de prison. Toujours selon le rapport, celles qui en réchappent sont bien souvent rejetées par leurs familles même stigmatisées par la société toute entière. "Les stigmates de la détention se prolongent (...), se traduisant par des licenciements arbitraires, des divorces et par un rejet de la part de leurs familles et leurs communautés", souligne le REMDH qui estime que ces détentions sont utilisées comme une arme "venant porter atteinte au tissu social syrien".

Le réseau d'ONG dénonce enfin l'utilisation des femmes, par le gouvernement syrien et ses milices auxiliaires, "comme monnaie d'échange dans les échanges d'otages avec les groupes armés anti-gouvernementaux". "La détention des femmes en Syrie a un impact considérable sur des familles entières et leurs communautés, les poussant à s'exiler et contribuant ainsi à aggraver de la crise des réfugiés syriens", a affirmé Michel Tubiana, Président du REMDH en marge du rapport. L'avocat et ancien président de la Ligue des droits de l'homme appelle ainsi à un effort commun pour garantir plus de protection et une réelle réhabilitation pour celles qui ont été victimes de ces graves violations.