Arabie Saoudite et Canada : rupture diplomatique sur fond de droits des femmes

La ministre des Affaires Etrangères canadiennes Chrystia Freeland
La ministre des Affaires Etrangères canadiennes Chrystia Freeland
L'Arabie Saoudite vient de rompre ses relations diplomatiques et commerciales avec le Canada. Une décision forte qui fait suite à un message de fermeté du Canada sur la libération des militant·e·s des droits humains en Arabie Saoudite.
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Chassez le naturel, il revient au galop. L'Arabie Saoudite n'en fini pas de montrer son vrai visage quand il s'agit des droits des femmes dans son pays. Dans un tweet, le ministère des Affaires Étrangères canadien a provoqué l'ire de l'Arabie Saoudite en soutenant les militant·e·s des droits humains emprisonnés : "CAN gravement préoccupé par autres arrestations de membres de société civile & activistes droits des femmes en #ArabieSaoudite, incl. Samar Badawi. Nous exhortons les autorités Saoudiennes à les remettre en liberté, ainsi que tous les autres activistes pacifiques #droitsdelapersonne"

En effet, le 27 juin, l'autorisation pour les femmes de conduire s'est faite en grande pompe. Sauf que voilà, dans les semaines qui ont précédé, une dizaine de militantes pour les droits des femmes ont été arrêtées et mis·e·s en prison. Certaines ont été libérées mais pas toutes. On compte notamment Aziza al-Yousef, Loujain al-Hatloul, Eman al-Nafjan, Aisha al-Mana et Madeha al-Ajroush. La militante et avocate Hatoon al-Fassi avait elle était arrêtée le 27 juin après avoir fait monter des journalistes dans sa voiture pour célébrer la levée de l'interdiction.

Et surtout, c'est la militante Samar Badawi qui a été arrêtée le 30 juillet. En plus de défendre le droit de vote des femmes et la fin de la tutelle masculine sur les femmes en Arabie Saoudite, elle défend la libération de son frère Rahif Badawi, blogueur emprisonné depuis 2012, et celle de son ancien mari Walid Abou al-Khair, un militant des droits humains.

La réaction du royaume a été extrêmement rapide. Dimanche dans une série de messages sur Twitter, Les Affaires Étrangères saoudiennes ont déclaré : "Nous avons été informés de ce que le ministre canadien des Affaires étrangères et l'ambassade du Canada auprès du Royaume du Canada ont publié sur ce qu'ils ont appelé des "activistes des droits de la société civile", et nous affirmons que cette attitude négative et surprenante est une revendication incorrecte. "

La déclaration évoque ensuite l'ingérence du Canada dans sa politique intérieure qui "contrevient aux normes internationales les plus fondamentales et à toutes les chartes régissant les relations entre les États. La position canadienne est une violation grave et inacceptable des lois et des procédures du Royaume. En plus de violer le système judiciaire du Royaume et une violation du principe de la souveraineté." Elles ajoutent enfin : "Toute autre tentative de s'ingérer dans les affaires intérieures du Canada signifie que nous sommes autorisés à nous ingérer dans les affaires intérieures du Canada."

Dans la foulée, l'Arabie Saoudite a déclaré l'ambassadeur du Canada "persona non grata" dans le pays, mais également l'arrêt des relations commerciales entre les deux pays alors que l'Arabie Saoudite est le deuxième partenaire économique du Canada dans la région. Le Royaume a aussi annoncé l'arrêt des bourses aux étudiant·e·s saoudien·ne·s au Canada alors qu'ils et elles sont 15 000 à étudier dans ce pays. L'ambassadeur saoudien au Canada aussi été rappelé dans son pays.

Dans un communiqué, diffusé sur Twitter par sa ministre des Affaires Étrangères Chrystia Freeland, le Canada est resté très ferme sur ses positions : "Le Canada défendra toujours les droits de la personne, incluant les droits des femmes et la liberté d'expression dans le monde entier. Nous n'hésiterons jamais à promouvoir ces valeurs et nous croyons que ce dialogue est essentiel à la diplomatie internationale."

La militante pour le droit de conduire Manal al-Sharif, habitant aujourd'hui en Australie, a tweeté : "Les autorités saoudiennes ont arrêté Naseema Al-Sadah et Samar Badawi, deux grandes activistes pour les droits des femmes qui avaient fait campagne pour levée l'interdiction de conduire et en finir avec la tutelle masculine. Comment le prince couronné peut-il s'appeler un réformateur si le droit fondamental de la liberté d'expression n'est pas présent ?"

Mardi 31 juillet, l'ONU demandait encore une fois la libération de ces militantes. Par la voix de Ravina Shamadasani, la porte-parole du Haut Commissariat de l'ONU chargée des droits humains, l'ONU a déclaré : "Nous appelons le gouvernement saoudien à libérer sans aucune condition tous les militants et défenseurs des droits de l'homme mis en prison en raison de leurs activités pacifiques, notamment pour les campagnes menées pendant des décennies en faveur de la levée de l'interdiction faite aux femmes de conduire".

Une telle réaction diplomatique est rare et lourde de sens. On attend désormais les voix des autres grandes puissances comme l'Union européenne sur ce dossier.