Josiane Balasko, pierre angulaire de notre culture ciné hexagonale et du rire francophone, n'a jamais fait l'unanimité apparemment du côté du public : trop insolite, trop nature, trop en dehors des diktats imposés aux femmes, trop engagée. La grande Josiane divise.
Et cela ne date pas d'hier.
Dans les années 80, la moindre de ses tenues ou attitudes engendrait pelletée de réactions sexistes. Du côté d'une grande partie de l'audience. Et notamment des femmes. Oui oui, c'est réel : la sororité, Josiane ne l'a jamais vraiment connue en vérité. Et pour cause : impossible de l'hyper sexualiser en fonction des normes de féminité, et, c'est là toute la contradiction, insultée de tous les mots lors de ses fulgurances "glamour".
D'aucunes la qualifiaient même d'un mot, censé être dégradant, en "p". Aujourd'hui, sur le plateau de Quelle époque !, elle dénonce du slut shaming qu'elle aurait subie et qui renvoie ouvertement à ce constat.
On l'écoute : "Dans les années 80, j'ai déjà entendu : La mini-jupe, elle aurait pu éviter quand même", quand je performais sur scène ou qu'est sorti Trop belle pour toi dans l les salles de cinéma, le film de Bertrand Blier où je côtoie Carole Bouquet, qui était envisagée comme "la vraie comédienne" dont on louait la beauté. J'ai reçu ce genre de commentaires de la part de beaucoup de femmes. Les femmes sont cruelles entre elles"
Josiane Balasko est très investie du côté du mouvement #MeToo. Notamment quand elle défend les voix de Marilou Berry ou de Coline Berry. Mais surtout, elle aime à être franc du collier, et c'est pour cela qu'elle dénonce aujourd'hui la construction parfois complètement illusoire de la sororité : la solidarité au féminin.
La sororité n'existe pas ? En tout cas, l'interprète dénonce les hypocrisies.
Josiane Balasko nous rappelle que la sororité ne va pas de soi. Et que des empires, comme celui de la presse féminine, participent intensément au patriarcat. Comme à ses violences.
Elle poursuit avec le même ton, très lucide : "Les femmes sont les premières gardiennes de la tradition masculine. C'est de l'aliénation en fait. Quand est sorti Trop belle pour toi de Bertrand Blier, la plupart des critiques à mon sujet venaient des magazines féminins".
Ce qu'aborde ici Josiane Balasko, c'est la rivalité féminine, mais surtout, l'intériorisation par les femmes des violences patriarcales qu'elles subissent. Qui en viennent en perpétuer du sexisme dont elles sont elles mêmes victimes, comme un serpent qui se mordrait la queue.
C'est ce qui explique la perduration du boys club, de l'entre-soi masculin : la solidarité masculine se perpétue par la domination des femmes et par l'acceptation, consciente ou non, d'un système sexiste qui discrimine. Josiane Balasko représente une féminité naturelle, body positive, en dehors de cette aliénation au féminin qui tente de s'élever au niveau de diktats de beauté dignes d'un roman de science-fiction.
Guère étonnant malheureusement qu'elle ait engendré l'ire d'autrui.
Rien d'étonnant non plus à ce que Josiane Balasko ait été "taillée" par la presse féminine, elle qui ne correspond en rien aux diktats imposés depuis toujours par ces magazines aux pages glacées. Injonctions surréalistes dressant le croquis improbable d'un corps parfait aux exigences inatteignables. Relire à ce sujet Beauté fatale de Mona Chollet.