Le tote bag serait-il pire que le sac en plastique ?

Les tote bags en coton sont-ils plus nocifs que les sacs plastiques ?
Les tote bags en coton sont-ils plus nocifs que les sacs plastiques ?
Au vu de la pollution marine et de l'énergie requise pour produire du plastique, on préfère désormais utiliser des sacs en coton pour faire nos courses. Réutilisables, parfois bio, les tote bags semblent l'alternative idéale. Mais leur impact environnemental est-il vraiment moindre ?
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Les bonnes résolutions écolo pleuvent, et c'est tant mieux. On fait de plus en plus attention à ce que l'on consomme, comment, à la façon dont on se déplace, à ce que l'on porte et à comment on transporte nos achats, aussi.

Depuis que le sac plastique a été élu objet du Mal à l'unanimité, et pour de bonnes raisons, on privilégie les sacs en papier et surtout, les sacs en toile ou en coton - les fameux "tote bags" en anglais. Un modèle rectangulaire ultra-simple, souvent imprimé d'un logo ou d'une phrase inspirante que l'on cale au fond de son sac à main et que l'on sort pour ranger notre kilo de chou rave, notre couscous d'épeautre et notre gel d'aloe vera à la caisse de la Biocoop.

Réutilisable à l'envi et évidemment dépourvu de plastique (un soulagement pour les océans qui en seront bientôt plus peuplés que de poissons), le tote bag est donc rapidement devenu l'alternative déculpabilisante aux sacs classiques à usage unique (papier inclus).

Sauf que malheureusement, il n'y a pas que les déchets marins à prendre en compte pour calculer le véritable coût environnemental.

Le tote bag plus nocif en termes de consommation d'énergie

Une étude menée par l'Agence danoise de protection de l'environnement sur le cycle de vie des sacs de provision, datée de 2018, a prouvé que, pollution marine mise de côté, ces sacs en coton seraient beaucoup plus nocifs pour la planète que les bouts de polyéthylène.

Petite précision avant de poursuivre : les sacs plastiques sont de toutes façons extrêmement néfastes, et cette étude n'a en aucun cas pour but de les réhabiliter, mais plutôt d'éclairer l'impact de leurs substituts. De plus, lorsqu'on se concentre sur la pollution des océans, le plastique est effectivement ce qu'il y a de pire puisqu'il ne se dégrade pas et attaque directement la vie sauvage.

Pour ce qui est du reste - l'impact de l'industrie manufacturière sur le changement climatique, l'appauvrissement de la couche d'ozone, l'utilisation de l'eau, la pollution atmosphérique et la toxicité pour les humains -, le sac plastique serait le contenant le moins nocif, aussi étrange que cela puisse paraître. Les tote bags en coton, conventionnel ou bio, quant à eux, viendraient squatter les premières marches du podium du coût environnemental.

Ainsi, pour qu'un tote bag en coton conventionnel ait le même impact environnemental cumulatif (consommation d'eau, d'énergie, etc.) qu'un sac plastique classique - l'étude considère que ce dernier est toujours reconverti en sac poubelle avant d'être incinéré -, il faudra le réutiliser 7100 fois, et 20 000 fois s'il est réalisé en coton bio. Comprenez donc que si vous l'utilisez moins, son impact sera plus important et donc plus destructeur qu'un sac en plastique à usage unique, si on se penche sur les facteurs décrits plus haut.

Quand on se réfère au changement climatique, le nombre de réutilisations nécessaires pour atteindre le même coût environnemental baisse considérablement, mais reste toutefois extrêmement élevé, avec 149 fois nécessaires pour un sac en coton bio, et 52 pour un tote bag en coton conventionnel.

Interrogée par Numerama, Laura Chatel, membre de l'ONG Zero Waste France, explique : "Il faut être prudent sur les alternatives aux objets jetables. Ils ont aussi un impact sur l'environnement. Quand on remplace un objet à usage unique par un objet réutilisable, il faut s'assurer qu'il serve réellement plusieurs fois".

Et de poursuivre : "Il faut prêter attention aux indicateurs. Les études qui tentent d'évaluer l'impact des tote bags et celui des sacs en plastique ne s'intéressent pas forcément aux mêmes facteurs (effets sur la faune ou la flore, effet de serre...). C'est moins une question de matériau que d'usage. Par conséquent, il semble difficile de donner une valeur à l'un ou à l'autre. La question de la dégradation dans l'environnement est importante, celle des ressources extraites pour la production aussi. Le coton, par exemple, requiert beaucoup d'eau et parfois l'usage de pesticides."

En effet, la fabrication d'un t-shirt en coton nécessite en moyenne près de 2500 litres d'eau, d'après Géo, des pesticides extrêmement nocifs pour l'environnement mais aussi pour la population - sans parler de la main d'oeuvre généralement sous-payée, voire torturée et condamnée au travail forcé comme l'a rapporté Cash Investigation, lors d'une enquête en Ouzbékistan, en 2017.

Quelles alternatives ?

Alors, quels contenants choisir pour respecter le plus possible la planète, sa faune et sa flore ? Selon The Verge, il s'agit davantage de faire attention à ce que l'on met dans le sac, à notre consommation de fruits et légumes, de viande et de poisson, que du sac en lui-même. Si l'on veut réduire son impact, on se tourne donc vers des producteurs locaux, dont l'emprunte carbone est moindre, et dont l'agriculture sera préférablement dénuée de pesticides.

On fait également attention à utiliser son sac autant de fois que possible, même s'il avait été pensé comme un produit à usage unique. Pour transporter son déjeuner au bureau, pour aller faire des courses, pour remplacer les sacs poubelles. Une résolution qui s'applique à n'importe quel objet que l'on possède, afin d'aider à réduire la quantité astronomique de déchets annuels - estimée à 324,5 millions de tonnes en France, pour l'année 2015, selon l'Ademe, l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie.

Enfin, pour celles et ceux qui recyclent au quotidien, la fabrication d'un sac en coton à partir d'une vieille nappe, d'un vieux drap, voire d'un t-shirt est également recommandée. Il n'y a plus qu'à trouver l'option qui vous conviendra le mieux, à vous et à votre volonté d'engagement.