Ovidie revient de plus belle avec son nouveau livre, Slut Shaming, un manifeste contre la misogynie "anti p*tes" ou plutôt le fait de juger constamment les femmes selon leur sexualité supposée, leur tenue, leur attitude, leur corps : c'est là le "concept" si l'on peut dire du slut shaming justement, ou de la "p*tophobie", de ces insultes façon "sale p*te" ou "sal*pe" volontiers réappropriées depuis belle lurette par les féministes pour mieux dénoncer les misogynes. Et, vous savez, c'est via ce phénomène que la culture du viol n'en finit pas d'être alimentée, et avec elle, le victim blaming : juger une victime de violences selon sa tenue.
Seulement voilà, d'un autre côté, les hommes raffolent de l'hyper sexualisation des femmes, observe l'essayiste dans ces écrits très critiques. Qui a dit Sydney Sweeney ?... Les mecs sont obsédés par le degré de beauté des meufs, observe Ovidie.
Et par leur "degré de baisabilité", comme elle l'énonce dans cette interview féroce qu'on applaudit des deux mains. Un entretien que nous invitons à découvrir sur les images ci-contre.
Interviewée par Radio Nova donc, l'oratrice si pertinente quand elle est acerbe cite presque Virginie Despentes dans le texte ! Vous savez, ce fameux tacle de Despentes concernant le "marché de la bonne meuf", qu'elle aborde en ouverture de King Kong Théorie. Là, Ovidie ne dit pas mieux : "Les femmes hétéros sont jugées par les hommes selon leur degré de beauté, mais aussi de baisabilité".
Inutile de vous faire un dessin. Si une femme est "baisable" ou non, voilà le critère de sélection pas très naturel. L'hétérosexualité en deux mots. Et Ovidie s'avère beaucoup plus percutante encore dans la suite de cette discussion...
Ovidie le dit sans mâcher ses mots : "Les femmes sont encore considérées par les hommes comme des territoires à conquérir, des lampadaires sur lesquels pisser". Est-ce à dire que les mecs sont des chiens de la casse ? On vous laissera avoir le dernier mot. Et si l'autrice dit cela, c'est pour une bonne raison. Ecoutez donc.
"La sexualité hétéro est presque une logique impérialiste avec cette vision du territoire. Le capital baisabilité, c'est le fait de nous réduire à : tu es bandante, ou non. A partir du moment où tu es une salope, tu vas être jugée, on va penser que tu ne peux pas produire de la pensée, être intelligente, être loyale, être une bonne mère, tout sera remis en question", développe avec un ton bien à elle l'autrice et documentariste. C'est clair. Limpide.
Fait intéressant, la notion de "capital" de séduction et autre, était déjà employée il y a quelques décennies de cela par Michel Houellebecq dans son tout premier roman, et grand succès.
Bon, c'est quand même plus sain de voir ce concept réapproprié par quelqu'un qui n'est pas misogyne. Pour illustrer un tout autre principe d'ailleurs : non pas la solitude sentimentale ou l'attraction sexuelle, mais la propension des hommes à insulter, condamner, lesdites "sal*pes" et les considérer en tant que telles pour l'éternité. "Slut" un jour, "slut" toujours, soutient Ovidie. Qui sait de quoi elle parle car elle a souffert du sexisme dégueulasse que subissent les travailleuses du sexe.
Encore aujourd'hui.
La reine est de retour et cela fait grand bien de l'entendre. A Konbini, elle développe son manifeste, à retrouver en librairies, et qu’elle mot ainsi en mots : “Aux yeux des gens quand tu es une putain, tu ne peux pas devenir mère, dès que tu dévoiles ton corps, ça vient annihiler tout le reste, du cinéma à la mode, partout !”
Ovidie, toujours : “Une femme qui se dénude ça fascine les gens. Et juste derrière il y a une volonté de la punir pour ça. On dénigre les femmes pour leur sexualité, présumée ou réelle. C’est toujours l’acte supposé qu’on nous fait payer, on est juste déshumanisées”