En 2018, 147 femmes victimes de violences conjugales ont été "mises à l'abri"

Près de 150 femmes victimes de violences ont été "mises à l'abri".
Près de 150 femmes victimes de violences ont été "mises à l'abri".
Pour prendre conscience de la banalisation des violences conjugales, il suffit de prendre en compte, par-delà le taux toujours grandissant de féminicides, le nombre de femmes "mises à l'abri" afin d'être protégées. C'est ce que démontre un récent (et accablant) bilan.
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147. C'est le nombre de femmes qui, en 2018, ont été mises à l'abri au sein d'hébergements d'urgence. Victimes de violences conjugales, ces anonymes ont échappé à un risque imminent de féminicide. Comme l'indique le réseau d'associations Solidarité femmes (FNSF), elles encouraient effectivement "un très grave danger d'être tuées par leur conjoint". Comment les protéger ? En les éloignant géographiquement. Et les relogeant en compagnie de leurs enfants - plus de 236, hébergés aux côtés de leurs mères.

"Chaque année, nous hébergeons environ 5000 femmes et enfants dans notre réseau, mais toutes ne courent pas un risque élevé d'être tuées, heureusement", tient cependant à modérer Françoise Brié, la directrice générale de Solidarité Femmes. Le réseau s'occupe également du 3919, le numéro d'écoute national qui permet d'agir contre les violences conjugales. Des chiffres à retenir à l'heure où la situation est plus qu'alarmante.

Une lutte ardue contre les féminicides

Car si les hébergements d'urgence permettent d'échapper au pire, le poids des féminicides n'en est pas moins toujours aussi accablant, si bien qu'il est ardu d'apaiser l'inquiétude et l'indignation. Le Huffington Post le rappelle, faits à l'appui : parmi ces 147 femmes protégées dans l'urgence en 2018, 80 % d'entre elles "avaient déjà été menacées de mort" par leur conjoint ou ex-conjoint, et 94 % faisaient l'objet de violences physiques "graves" -avant de se voir hébergées. Par-delà les agressions physiques et le harcèlement moral, les tentatives de meurtre sont également loin d'être rares dans le cas de ces nombreuses victimes relogées. La protection de ces femmes, tout comme la surveillance de leurs potentiels agresseurs, sont donc autant de critères primordiaux, exigeant d'être consolidés voire repensés.

C'est d'ailleurs ce qu'explique la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Au micro d'Europe 1, la ministre de la Justice est revenue sur le meurtre révoltant de Sylvia Walter. Cette mère de famille a été assassinée à coups de couteau par son mari, Jacqui Walter, sous les yeux de sa fille Stella Guitton. Les autorités compétentes étaient pourtant au courant depuis des mois du caractère violent et dangereux du quinquagénaire. Pour la politicienne, ce féminicide démontre que "collectivement, notre système ne fonctionne pas pour protéger ces femmes, et que c'est un drame". Un constat qui ne peut susciter que le désespoir et la colère. En outre, la réaction de la justice face à la menace représentée par Jacqui Walter, détaille encore Nicole Belloubet, "n'était pas à la hauteur de la violence que subissait cette femme" et, plus encore, "ne correspondait pas à la réalité des faits".

"Les policiers et les gendarmes ne travaillent pas assez rapidement avec la justice et nous ne travaillons pas suffisamment avec les associations", constate la garde des Sceaux. Ce sont ces failles évidentes qui, chaque semaine en France, aboutissent à des meurtres. Beaucoup : plus de 130 féminicides ont été commis depuis le mois de janvier 2019. En espérant que les mesures de changement centrales au Grenelle des violences conjugales, initié par Marlène Schiappa en septembre dernier, puisse combler certaines de ces insuffisances.