Culture
Gilles Jacquier : « Les vrais coupables ne seront certainement jamais connus »
Publié le 12 janvier 2012 à 17:10
Par Marine Deffrennes | Rédacteur
Marine Deffrennes, rédactrice spécialisée dans les sujets de société sur le site terrafemina.com
Les circonstances de la mort en Syrie du grand reporter Gilles Jacquier soulèvent interrogations et soupçons. L'opposition et les autorités de Damas se renvoient la responsabilité d'un drame qui pourrait bien ne jamais être élucidé. Décryptage et réaction de Soazig Dollet, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières.
Gilles Jacquier : « Les vrais coupables ne seront certainement jamais connus » Gilles Jacquier : « Les vrais coupables ne seront certainement jamais connus »
La suite après la publicité
Terrafemina : Quelle a été la réaction de Reporters sans frontières juste après l’annonce du décès du reporter Gilles Jacquier ?

Soazig Dollet : La première réaction de Reporters sans frontières a été de demander aux autorités syriennes d’ouvrir une enquête sur ce drame qui a causé la mort de 8 personnes. Ces journalistes étaient présents de manière légale avec des visas officiels afin de suivre une manifestation organisée par le régime, d’où l’importance de faire toute la lumière sur les circonstances de l’incident. Toutes nos pensées vont à sa compagne, Caroline, qui était présente sur place en tant que photographe, à leurs deux jumelles d’un an et demi, et à toute l’équipe d’Envoyé Spécial.

TF : Justement, l’équipe de 15 journalistes était encadrée par des agents du régime syrien et disposaient d’une autorisation légale, n’étaient-ils pas censés être protégés ?

S. D. : C’est tout le paradoxe tragique de la mort de Gilles Jacquier. Pour couvrir le conflit, la plupart des journalistes occidentaux sont entrés illégalement en Syrie, par le Liban ou la Turquie. Certains ont bénéficié de visas d’affaire. L’équipe de Gilles Jacquier avait choisi de jouer le jeu des autorités syriennes, dont le discours récurrent consiste à accuser les médias internationaux de partialité et de complicité avec les opposants. En laissant entrer des journalistes et en les accompagnant à Homs, le régime voulait faire la preuve de son ouverture, même s’il s’agit d’une « mascarade » dont les journalistes n'étaient pas dupes. D’après les témoins sur place, le groupe était très encadré lors de cette visite, mais il est évident que la protection a fait défaut, deux journalistes ont été blessés, et Gilles Jacquier a été tué.

TF : Les risques entourant cette visite étaient-ils connus des journalistes ?

S. D. : Je pense que les journalistes présents étaient conscients d’un certain niveau de danger. Depuis le début des mouvements de contestation en mars 2011, la ville de Homs est particulièrement meurtrière. Fin 2011, deux journalistes citoyens syriens ont perdu la vie : un photographe arrêté le 19 novembre a été retrouvé mort le lendemain, avec les yeux arrachés ; un autre vidéaste a été tué par un sniper le 29 décembre alors qu’il tournait une vidéo. Un reportage réalisé en novembre par Manon Loiseau pour Envoyé Spécial (« Syrie interdite »), montrait à quel point cette ville était dangereuse.

TF : Les journalistes occidentaux qui couvrent les évènements en Syrie sont-ils clairement menacés ?

S. D. : Le blocage de la presse étrangère ne s’est pas fait tout de suite en Syrie. Les journalistes présents à Damas ont pu travailler presque normalement jusqu’au mois de mai voire juin 2011. Ensuite quand le régime a senti que la contestation ne faiblissait pas, il est devenu beaucoup plus difficile d’obtenir un visa, les visas touristiques étaient de plus en plus soupçonnés. Mais malgré tout, les autorités de Damas se sont aperçu qu'elles ne pouvaient pas fermer tout à fait l’accès aux journalistes. Quelques uns sont donc passés. Ils étaient très certainement suivis et surveillés, mais en danger je ne crois pas. Le régime sait à quel point l’opinion internationale est sensible à la mort d’un journaliste étranger…

TF : Le régime syrien a très vite reporté la responsabilité des tirs d’obus sur les « terroristes », et les opposants ont à leur tour accusé le régime de manipulation. Une enquête pourra-t-elle un jour démêler le vrai du faux ?

S. D. : Je crois malheureusement que la guerre de l’information et de la désinformation est telle actuellement en Syrie qu’on ne saura jamais qui est vraiment responsable. Les deux parties se livrent un combat féroce. La question se pose forcément sur une opération de manipulation de la part des autorités. L’opposition a déjà accusé le régime d’avoir fomenté des attentats à Damas pour discréditer le mouvement de contestation. Pour le moment ce sont les autorités, avec le concours des observateurs de la Ligue Arabe, qui sont chargés d’enquêter. Même si leur crédibilité est fortement mise en doute, ils sont sur place, et je doute que Damas autorise une autre autorité internationale à venir enquêter sur cette affaire.

Reporters sans Frontières

Crédit photo : AFP

VOIR AUSSI

Décès de Gilles Jacquier : « Il ne faisait que son travail »

Syrie : Bachar al-Assad prévoit un référendum constitutionnel en mars
Syrie : un obus tue Gilles Jacquier, grand reporter à France 2
Journée de la liberté de la presse : la liste des prédateurs selon RSF
Reporters d'Espoirs

Mots clés
Culture Médias
Sur le même thème
"Trop sexy cette reine" : Halle Berry célèbre la fin de l'été avec ces photos en bikini à 59 ans, très "James Bond girl"
cinéma
"Trop sexy cette reine" : Halle Berry célèbre la fin de l'été avec ces photos en bikini à 59 ans, très "James Bond girl"
21 août 2025
"Tellement hot", "une bombe" : Léna Situations plus sexy que jamais en lingerie, elle fait grimper la température
News essentielles
"Tellement hot", "une bombe" : Léna Situations plus sexy que jamais en lingerie, elle fait grimper la température
29 novembre 2025
Les articles similaires
"C'est vulgaire sérieux" : Iris Mittenaere se dévoile en culotte et assume sa sensualité, les réacs n'aiment pas sa liberté
Culture
"C'est vulgaire sérieux" : Iris Mittenaere se dévoile en culotte et assume sa sensualité, les réacs n'aiment pas sa liberté
17 décembre 2025
"Corps qui jouissent", "Amour à plusieurs" : ce film sulfureux à découvrir gratuitement en ligne est une fable féministe "très crue et culottée sur le sexe"
Culture
"Corps qui jouissent", "Amour à plusieurs" : ce film sulfureux à découvrir gratuitement en ligne est une fable féministe "très crue et culottée sur le sexe"
19 novembre 2025
Dernières actualités
"Une scène de sexe de plusieurs minutes" : cette actrice culte révèle ses envies à 61 ans
cinéma
"Une scène de sexe de plusieurs minutes" : cette actrice culte révèle ses envies à 61 ans
5 février 2026
Amélie Poulain disponible gratuitement en ligne : avez-vous vu cet autre film d'Audrey Tautou qui en est la version cauchemardesque et horrifique ? (un véritable ovni)
cinéma
Amélie Poulain disponible gratuitement en ligne : avez-vous vu cet autre film d'Audrey Tautou qui en est la version cauchemardesque et horrifique ? (un véritable ovni)
5 février 2026
Dernières news