Il voulait célébrer les femmes, il crée finalement un musée sur Jack l'Éventreur (de femmes)

La découverte d'une des victimes des meurtres de Whitechapel, 1888.
La découverte d'une des victimes des meurtres de Whitechapel, 1888 .
Le projet de base : un musée destiné à l'histoire des femmes de l'est londonien. Le résultat final ? Un musée consacré à Jack l'Éventreur. Que s'est-il passé ?
A lire aussi

Lorsque les habitants du quartier de l'East End à Londres ont appris qu'un musée sur le thème des femmes de l'est londonien et des suffragettes allait ouvrir dans Cable Street, ils ont évidemment salué l'initiative. Mais quand la devanture a été révélée, ils ont tous été choqués de constater que le projet avait complètement changé, puisque c'est un musée consacré à Jack L'Éventreur qui a ouvert à la place.

Outre le fait que l'idée du musée consacré à l'histoires des femmes ait été mise de côté, c'est surtout le fait qu'il ait été remplacé par un lieu consacré au plus célèbre tueur de femmes de l'histoire de Londres qui rend les habitants furieux. Si le tueur en série le plus célèbre de l'histoire est devenu un mythe, ses victimes, elles, ne sont vues que comme telles et l'on oublie souvent de prendre leurs histoires en considération, autrement que pour se régaler des photos de leurs cadavres pour s'offrir quelques frissons. Ces femmes étaient toutes des travailleuses du sexe qui ont été sauvagement assassinées par un serial killer qui n'a jamais été appréhendé.

De plus, comme le fait remarquer Jemima Broadbridge, une militante de l'est londonien, Cable Street n'a rien à voir avec Jack L'Éventreur :

"La rue est connue pour Charles Dickens et Oscar Wilde, pas Jack L'Éventreur."

Une affirmation soutenue par Jenni Bowsell-Jones, qui vit dans le quartier depuis plus de trente ans :

"J'ai été très surprise quand j'ai vu de quel musée il s'agissait. Je pense que personne dans le quartier ne s'oppose à l'idée de faire quelque chose de nouveau et excitant, mais Jack L'Éventreur n'a rien à voir avec Cable Street. C'est dans Cable Street que s'est déroulée la marche anti-fasciste de 1936, c'est pour ça que la rue est connue. Les meutres de L'Éventreur ont eu lieu dans Batty Street et le quartier de Spitalfields."

C'est vrai qu'il y a de quoi être perplexe. Mais alors, que s'est-il passé ?

À l'origine, le musée devait donc rendre hommage aux femmes du quartier ayant marqué l'histoire. Il s'agit du projet de Mark Palmer-Edgecumbe, ancien responsable de la diversité chez Google. Dans le document envoyé par ses architectes en juillet, on pouvait voir des photos de suffragettes et de femmes asiatiques des années 1970 protestant contre les crimes raciaux autour de Brick Lane.

Dans ce même document, on pouvait lire une description du musée à venir :

"Le musée reconnaîtra et célèbrera les femmes de l'East End qui ont influencé l'histoire, et détaillera les raisons pour lesquelles elles ont été essentielles aux changements de notre société. Il analysera l'expérience sociale, politique et domestique de l'époque Victorienne à nos jours."

L'un des arguments avancés était la fermeture récente de la Whitechapel Women's Library, en 2013, pour insister sur l'importance d'un tel musée qui deviendrait alors la seule ressource dédiée à l'histoire des femmes dans l'East End.

Que ce projet se soit transformé en une célébration d'un tueur de femmes est donc complètement aberrant.

Mark Palmer-Edgecumbe explique ce changement assez simplement : il avait effectivement prévu d'ouvrir un musée sur l'histoire sociale des femmes mais lorsque le projet s'est développé, il s'est dit qu'il serait plus intéressant d'aborder le sujet via le point de vue des victimes de Jack L'Éventreur. Il défend même son point de vue :

"Il ne s'agit absolument pas de célébrer les crimes de Jack L'Éventreur, mais de tenter de comprendre pourquoi et comment ces femmes se sont retrouvées dans cette situation."

Un discours un peu biaisé qui semble légèrement insultant envers les victimes du tueur en série puisqu'à en croire sa tournure de phrase, elles auraient une part de responsabilité dans tout ça - rappelons qu'elles ont été sauvagement attaquées (parfois chez elles) par un homme qui leur a, entre autres, arraché l'utérus. Difficile de comprendre ce parti pris et d'imaginer une seconde que le projet puisse avoir une représentation un tant soit peu positive des victimes en question, surtout quand la devanture affiche clairement le nom et la silhouette du célèbre éventreur.

Mais à en croire les descriptions présentes sur le site du musée , très peu de considération a été accordée à l'image des victimes.

L'une des salles du musées, située au sous-sol et réservée aux plus de 16 ans, contiendra des photos des autopsies des victimes de Jack L'Éventreur. Si ces femmes n'avaient pas demandé à être massacrées, on se doute qu'elle n'auraient pas non plus apprécié de voir leurs cadavres mutilés s'afficher sur les murs d'un musée... surtout quand son but principal était de célébrer les femmes de ce quartier légendaire.