Elle est l'ancienne voix du groupe de pop L'impératrice, emblématique exemple de french touch bien connu de celles et ceux qui écoutent à l'unisson The Pirouettes et Fishbach. Entité qu'elle a quitté après des accusations d'attitudes sexistes aussi bien dénoncées dans Médiapart qu'auprès de la Commission contre les violences sexistes et sexuelles. Aujourd'hui, Flore Benguigui revient et défend ses convictions féministes : ne bosser qu'avec des meufs, notamment.
C'est clairement un moove sororal qui rappelle la volonté d'une Alice Coffin, emblématique militante lesbienne : ne lire que des livres écrits par des femmes. Comme une envie de protéger le matrimoine. Sauf que dans le cas de Flore Benguigui, privilégier une équipe majoritairement féminine, c'est se protéger, tout court !
"Le leader de L'Impératrice par exemple m'avait dit qu'il y avait toujours besoin, selon lui, d'une tension sexuelle entre les chanteuses et leurs producteurs / musiciens....", dénonçait l'an passé la chanteuse à propos de ce qui l'a dégoûtée de la sphère musicale, beaucoup trop patriarcale à ses yeux. "Et le leader d'un ancien groupe m'avait aussi viré en me disant "Je m'en fiche de comment tu chantes, tout ce qui m'intéresse c'est que tout le monde ait envie de te b*ser"... C'était l'inverse d'une collaboration harmonieuse et saine. Toutes les femmes sur la scène musicale sont considérées interchangeables, il n'y a qu'à voir la façon dont j'ai été remplacée en quelques semaines - par la chanteuse Louve, ndlr - pour chanter les chansons et les mélodies que j'ai écrites"
Flore Benguigui souhaite faire bouger les lignes. Et si pour cela il fallait engager plus de femmes ? La chanteuse le défend fièrement en tout cas. C'est pour cela qu'elle déclare aujourd'hui à Konbini sur les images à retrouver ci-dessous : "J'ai reçu beaucoup de témoignages de femmes de l'industrie qui se sont rendues comptes qu'elles étaient aussi victimes de violences psychologiques.. Il faut aller plus loin que d'écouter les victimes, il faut boycotter les artistes visés par des plaintes. j'ai exigé que toutes les personnes avec qui je travaille soient des femmes. Afin de garantir un environnement sain".
Flore Benguigui désire combattre la misogynie en valorisant une sororité à toute épreuve. Qui passe par cela : ne travailler qu'avec des femmes.
C'est une façon de poursuivre la logique qu'elle abordait déjà auprès de Médiapart : "Quasi toutes les manageuses que je connais sont des femmes qui protègent vraiment la santé mentale de leurs artistes, en dépit des petits arrangements entre amis des puissants. Dans l'industrie, ces femmes-là sont blacklistées... J'ai aussi constaté des limites très floues entre vie privée et professionnelle, avec les frustrations romantiques et sexuelles des hommes. Cette frustration peut entraîner de la violence et de la peur !"
Et de poursuivre sur le même ton auprès de Konbini, où elle tient à militer pour un autre monde : "Il faut des décisions comme cela pour changer la société, ne s'entourer que d'un entourage majoritairement masculin. C'est difficile de se sentir légitime dans une industrie où tu ne représentes que 20 % d'autant plus que la musique est une scène difficilement encadrable. Tu deviens vite une diva ou une drama queen aux yeux des gens dès que tu imposes tes limites".
Une façon pour elle de mettre un terme au boys club. Le boys club, c'est la définition d'un milieu essentiellement masculin, ou en tout cas, où la domination l'est. La solidarité masculine y règne et par-là même, une forme de contrôle, et d'omerta, imposés par cette domination partagée. Et la chanteuse de tacler ainsi dans une autre interview notable de Konbini, où elle dialogue avec Chloé Thibaud : "Dans les groupes la présence était également très masculine, et j'ai dû batailler pour ne pas être la seule femme au sein de L'impératrice ! Il est possible de faire changer les choses, mais pas si on est seulement 15 artistes à hurler dans le vent. Il faut clairement que le mouvement soit plus global que ça...".
Nécessaire pour celle qui là encore, fut l'une des rares à s'exprimer autant sur ces enjeux, comme auprès de la Commission du Sénat dédiée justement à ces questions, où elle évoque à propos de sa propre expérience passée, comme le rapportent nos confrères de Purecharts "une situation d'emprise avec des humiliations verbales, une alternance entre dénigrement et valorisation, un épuisement physique et mental...".