Sara Forestier est une femme courageuse et engagée.
Après avoir dénoncé les violences présumées dont Nicolas Duvauchelle serait l'auteur à son encontre, et qui auraient pris place sur un tournage, elle sort sa première bande dessinée, la bien nommée "Maudite du cul" (titre décrypte dont elle explique le sens sur les images à retrouver ci-dessous !), récit autobio sur une jeune actrice jetée dans la gueule du loup, et dézingue en images le patriarcat et le cinéma français, nid d'agressions.
"J’ai été frappée par un acteur sur un film, j’avais été giflée et j’avais quitté le film", avait effectivement raconté Sara Forestier il y a deux ans de cela. Le film en question est "Bonhomme", de Marion Vernoux, dont le tournage a eu lieu en 2017. Et l’acteur dont elle parle est Nicolas Duvauchelle. Sara Forestier a raconté par la suite, en conséquences de ces violences présumées qu'elle dénonce, avoir perdu le sommeil et avoir eu “des envies de suicide”.
Et d'ajouter avec amertume dans un témoignage qui avait été abondamment commenté et avait suscité de vives réactions au sein du cinéma hexagonal : "Les femmes abîmées on s'amuse à dire qu'elles sont folles". Difficile de lui donner tort quand on constate les insultes dont fait l'objet, par exemple, Adèle Haenel.
Aujourd'hui, c'est au magazine Trois Couleurs, nécessaire lecture des habitués des salles MK2, qu'elle ouvre son coeur et libère la parole : "Cette bande dessinée qui est mon premier livre s'appelle Maudite du cul, car c'est ce que je suis. Honnêtement, si je devais donner un conseil aux jeunes femmes qui veulent devenir actrices et se lancer dans le cinéma, je leur dirais : ne le devenez pas ! Ou alors, protégez-vous au maximum"
Et ce n'est pas tout. L'actrice Césarisée ne s'arrête pas là et poursuit son manifeste féministe.
Sara Forestier dénonce les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma, qui excuse volontiers les agresseurs et banalise un culte de l'oppression: il suffit de voir à quel point sont adulés les cinéastes tortionnaires... Erigés en génie par une certaine intelligentsia parisienne.
On écoute encore l'actrice : "Je ne suis pas sûre que ce métier soit très bien et très équilibrant pour les jeunes femmes. Je voulais juste dire que le corps d'une actrice ne fait pas la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux. Ton corps va croire que l'état que tu simules, tu l'as vraiment vécu. C'est pour ça que ce métier est hyper déréglant et qu'il faut être prévenu de cette réalité quand on se lance. Te mettre dans des états sur commande c'est pas du tout naturel en fait"
Sara Forestier de développer avec la même lucidité : "J’ai beaucoup travaillé sur le rôle de l’inspection du travail. Pourquoi le droit du travail n’est-il pas strictement appliqué dans le cinéma ? Quand il y a un accident sur un chantier, l’inspection déboule. Mais quand il y a une agression sexuelle ? Rien ! Un viol, une agression c’est moins grave qu’un accident ? L’inspection du travail peut être saisie en cas de harcèlement ou d’agression. Mais qui le sait ? Qui le met en pratique dans le milieu ? Je n’ai personnellement jamais vu un inspecteur du travail sur un plateau durant toute ma carrière."
Judith Godrèche, Adèle Haenel, Juliette Binoche, les plaignantes, très nombreuses, de Gérard Depardieu, ont fait porter leurs voix, haut et fort. Et maintenant ? En vérité, le traitement de ces violences, ou VSS, violences sexistes et sexuelles, implique des changements à tant d'endroits, juridique, artistique, que la tâche est lourde et le sentiment d'impuissance grandissant chez les victimes.
Sara Forestier s'attriste que le mouvement #MeToo n'ait pas vraiment bouleversé intérieurement ce milieu. "Souvent pour faire taire les victimes, des enquêtes internes sont biaisées par les employeurs pour étouffer l’affaire. L’inspection du travail doit mettre son nez dans ces enquêtes, pour vérifier que tout a été fait dans les normes, et qu’aucune victime ne soit silenciée. J’ai collaboré avec les députés pour proposer des améliorations législatives. Et ça doit être valable pour tous les métiers."
"Ce que je sais c’est que maintenant, je me sens totalement libérée de la souffrance que j’ai vécue au cinéma. Ouf, ça fait un bien fou ! Je redeviens moi-même, et j’ai retrouvé ma joie de vivre et mon rire Et ça tombe bien parce que c’est ce que j’aime le plus au monde : faire rire et rire. J’ai toujours été une actrice de comédie cachée dans des films d’auteur. Et là, avec ma BD, je mets les pieds dans le plat."
La prise de parole de Sara Forestier est cruciale pour faire bouger les lignes, et on espère encore l'écouter. Et la relayer.