L'Arabie saoudite à la commission pour les femmes de l'ONU suscite un tollé

Colère après la nomination de l'Arabie saoudite à la commission pour les femmes de l'ONU
Colère après la nomination de l'Arabie saoudite à la commission pour les femmes de l'ONU
Samedi 22 avril, l'ONU a officiellement offert à l'Arabie saoudite de devenir membre permanent de sa Commission de la condition de la femme. Une décision choquante quand on sait que les femmes n'ont même pas le droit de conduire dans ce pays où est appliquée la charia.
A lire aussi

Mais qu'est-il passé dans la tête des membres de l'Organisation des Nations Unies ? Samedi 22 avril, lors d'un conseil économique et social s'étant déroulé au siège de l'ONU, à New York, l'Arabie saoudite a fait son entrée à la Commission de la condition de la femme. De 2018 à 2022, ce pays du golfe Persique siégera donc auprès de 45 autres États membres pour "promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes" dans le monde.

"La charia garantit l'égalité entre les sexes"

Sitôt annoncée, cette intégration de l'Arabie saoudite à la Commission de la condition de la femme a fait l'objet de vives critiques de la part d'organisations défendant les droits humains et les droits des femmes. Et pour cause : dans ce royaume qui applique un islam rigoriste, les femmes n'ont pour l'heure toujours pas le droit de conduire ou de se rendre seules au stade et doivent demander l'autorisation de leur mari ou d'un parent masculin pour pouvoir voyager, conduire ou ouvrir un compte bancaire. En 2011, le roi Abdallah a accordé le droit de vote aux femmes aux élections municipales, ainsi que leur éligibilité. Toutefois, les Saoudiennes s'étant présenté aux élections de 2015 n'ont obtenu le droit ni de prendre la parole en public, ni de siéger dans la même pièce que leurs collègues masculins.

Hillel Neuer, directeur de l'ONG UN Watch, qui à ce que l'ONU respecte sa propre Charte, a vivement réagi sur Twitter. ""Élire l'Arabie saoudite pour protéger les droits des femmes est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville", écrit-il sur Twitter avant de faire ironiquement remarquer que sur la brochure accompagnant sa candidature à la Commission de la condition de la femme, l'Arabie saoudite déclarait vouloir protéger les femmes en faisant appliquer la charia car celle-ci "garantit l'égalité entre les sexes".

Pour Hillel Neuer, l'entrée de l'Arabie saoudite au sein de la commission prouve que "les pétrodollars peuvent tout acheter", même le statu quo international sur les conditions de vie des femmes en Arabie saoudite. "Chaque femme saoudienne doit avoir un tuteur masculin qui prend toutes les décisions importantes en son nom contrôlant la vie d'une femme depuis sa naissance jusqu'à sa mort", s'insurge-t-il sur le site de UN Watch.

Une réunion sur les droits des femmes... sans femme

Hillel Neuer n'est pas le seul à relever l'incohérence d'une telle nomination. La Human Rights Foundation, une ONG basée à New York, a qualifié le pays de "dictature" et la députée conservatrice canadienne Michelle Rempell a appelé le Premier ministre Justin Trudeau à condamner une telle nomination. "Où est la crédibilité de l'ensemble des Nations Unies si nous mettons des pays comme l'Arabie saoudite à la commission des droits des femmes?" demande-t-elle.

Sa question n'a rien de rhétorique. The Independent rapporte ainsi que l'Arabie saoudite a participé en mars à sa première réunion pour discuter des droits des femmes et de l'égalité entre les sexes. Problème : parmi les treize participants, seuls des hommes ont été conviés, comme l'atteste une photo prise pendant la rencontre. Les femmes souhaitant assister à ce conseil inaugural étaient pourtant bien présentes : elles ont simplement été invitées à suivre les échanges dans une autre salle par vidéoconférence. Ou comment, encore une fois, décider de l'avenir des femmes et discuter de leurs droits en les invisibilisant et en ne les consultant pas une seule fois.

Pour rappel, l'Arabie saoudite a aussi été nommée à la tête du Conseil des droits de l'Homme. Le pays est pourtant régulièrement pointé du doigt pour bafouer les droits humains : les habitants du pays ne jouissent pas de la liberté d'expression, d'opinion et de liberté religieuse, les autorités considérant que toute voix dissonante s'apparente à du terrorisme. Quant aux droits des minorités sexuelles, ils sont tout simplement inexistants.