La justice défend-t-elle les femmes, les victimes de violences conjugales - et potentielles victimes de féminicides - par exemple ?
Non, affirme cette journaliste engagée face à Muriel Robin. Et elle a de très bonnes raisons de l'asséner ainsi. Les chiffres parlent, les associations féministes de même. Sur le plateau de C à Vous, Anaïs Bouton, journaliste et autrice, désigne une réalité qu'on espère voir changer en 2026.
“La justice est une affaire d’hommes. [...] La justice est contre les femmes en France” : voilà effectivement ce que détaille l'autrice du livre “Tenaces : pour celles qui ne lâchent rien” qui face à Anne-Elisabeth dit "Babeth" Lemoine revient sur la “double peine subie par les femmes victimes de violences sexuelles".
Si vous avez lu le dernier Prix Goncourt, le poignant La nuit au cœur, vous visualisez déjà la trajectoire de bien des femmes, en France et ailleurs : victimes de relation d'emprise, toxique, puis de violences conjugales, qui peuvent aller jusqu'au féminicide, en passant par le viol conjugal, confrontées à un "Elle aurait du partir" alors que, spoiler, les principales concernées portent plainte, bénéficient parfois de "mesures du protection" émises à l'encontre de leur agresseur, pour au final... Périr sous leurs coups.
C'est un livre qui porte plusieurs voix de victimes, dont celle de son autrice, et qui révèle l'incapacité de la justice à sauver les femmes.
Constat qui est également celui de Anaïs Bouton sur les images à retrouver en bas de cet article. Et si on l'écoutait ?
Anaïs Bouton a raison de remettre les points sur les i. Elle fustige : "Il y a entre 80 et 90 % des plaintes qui sont classées sans suite en France. la justice a toujours été une affaire d'hommes. Très longtemps durant la parole des victimes n'était pas entendue dans les tribunaux. Et on ne parle même pas de la prescription des crimes sexuels par exemple, une loi qui a toujours protégé les agresseurs".
Féminicides et violences sexuelles sont traitées par un système qui témoigne toujours des mêmes failles et des mêmes insuffisances.
Du victim blaming à l'absence de surveillance d'auteurs qui sont parfois récidivistes. Tous ces enjeux doivent être envisagés comme un seul, une lutte contre les violences faites aux femmes. Violences dont les auteurs se situent très souvent dans le cercle proche. Maris, pères. Les paroles se libèrent mais les agresseurs aussi bénéficient d'une liberté réelle qui condamne les victimes, dans le fonctionnement-même, patriarcal, d'une justice qui aurait du mal à suivre les bouleversements de la la révolution #Metoo.
140 féminicides ont été enregistrés en 2025, on vous le rappelle.
Ces chiffres sidérants, ce sont ceux de l’association @noustoutesorg . Ils sont donc indiscutables au vu de l'érudition de longue date de l'assoce féministe. Et potentiellement, il s'agit d'un chiffre euphémisant. Face à cela, cela fait des années, au moins depuis le Grenelle des violences conjugales initié par Marlène Schiappa, que les militantes exigent, jour après jour, une augmentation du budget alloué à la lutte nationale contre les violences faites aux femmes.
Ivan Jablonka, grande plume féministe, à qui l'on doit notamment l'étourdissant Laetitia, la fin des hommes, dénonce à l'unisson d'Anaïs Bouton une banalisation des violences, qu'il envisage quant à lui du côté de la pop culture : "la culture du féminicide traverse les siècles et les millénaires à travers des scénarios de films et de séries imprégnant la culture populaire, des préjugés, des représentations, des justifications qui sont d'une cohérence stupéfiante... Le féminicide est devenu un divertissement de masse dans notre société et cela le banalise dans les consciences : une forme de capitalisme médiatique qui utilise le féminicide comme un argument de vente”
Si toi ou une personne de ton entourage est victime de violence, tu peux composer le 3919, un numéro gratuit, anonyme et disponible 24h/24.