Le magazine de l'État islamique efface les femmes des photos des attentats

La couverture du douzième numéro de Dabiq, le magazine de Daesh
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La couverture du douzième numéro de Dabiq, le magazine de Daesh
"Dabiq", le magazine officiel de l'État islamique, vient de sortir son douzième numéro. Si la couverture est semblable à celles des journaux européens, le site Arrêt sur images note que les femmes ont été effacées de la photographie.
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Sur la photo de couverture, on peut voir des pompiers s'affairer autour d'un brancard après l'attentat terroriste qui a touché Paris et sa banlieue le 13 novembre dernier. En titre : "Just Terror" que l'on pourrait traduire par "Juste la terreur" ou "La terreur juste". Cette publication pourrait être occidentale, mais il s'agit en fait de Dabiq, le magazine officiel anglophone de l'État islamique qui vient de publier son douzième numéro. Et alors que dans l'avant-propos, l'organisation jihadiste se moque de l'état d'urgence décrété par François Hollande, le site Arrêt sur images note que le magazine a également retouché la couverture pour faire disparaître les femmes qui se trouvaient sur le cliché original.

Sur la photo prise par Jacques Brinon pour AP Photo (et que Daech ne crédite pas) on peut ainsi voir apparaître une femme dans l'encadrement d'une porte. Effacée par Dabiq, elle n'est pas la seule à avoir subi le même sort. En effet, si l'on place cote à cote les deux images, on remarque également que les pieds d'une victime ont été floutées. Pourquoi ? Car les chaussures à talons appartiennent vraisemblablement à une femme. A l'intérieur du magazine, le manège continue. Une photo prise par Philippe Wojazer et publiée à l'origine par l'agence Reuters voit ainsi disparaître une femme secouriste.

Une secouriste floutée dans Dabiq. La photo originale à été prise par Philippe Wojazer pour REUTERS
Une secouriste floutée dans Dabiq. La photo originale à été prise par Philippe Wojazer pour REUTERS

Floutées car "irrespectueuses" ?

Organisation barbare et ouvertement misogyne, Daech a rétabli la charia à Raqqa, son fief en Syrie, et ceci explique peut-être pourquoi ces femmes ont été floutées. En janvier dernier, la brigade féminine al-Khansa publiait ainsi sur un forum jihadiste un document intitulé "Les femmes de l'Etat islamique, manifeste et étude de cas". Cette "sorte de guide des bonnes pratiques à l'usage des femmes jihadistes", comme l'expliquait Libération à l'époque, insiste notamment sur le fait que les femmes doivent obligatoirement être voilées, par "respect pour leur corps" et pour "maintenir la société à distance".

La mode occidentale y est également largement épinglée et bien entendu, il est ordonné aux femmes de ne pas travailler (et donc de rester confinées chez elles où elles joueront leur rôle d'esclaves ménagères et sexuelles). Les femmes occidentales, émancipées et qui travaillent, sont donc considérées comme des dépravées pleines d'"idées corrompues et de croyances de pacotille". Libération note encore ce passage : "Le modèle choisi par les infidèles de l'Occident a échoué à la minute où les femmes ont été 'libérées' de la cellule familiale".

On peut donc vraisemblablement penser que les Françaises apparaissant sur les clichés pris par Jacques Brinon et Philippe Wojazer n'ont pas seulement été floutées parce qu'elles sont des femmes, mais aussi parce qu'elles représentent ce que Daech a en horreur : l'émancipation. Elles travaillent, ne portent ni burqa ni niqab, sont à la mode occidentale... bref, elles sont libres, ce qui fait d'elles des femmes irrespectueuses de la charia.

Malheureusement, l'organisation terroriste n'a pas le monopole de la suppression digitale de la femme. En janvier dernier, le journal hassidique israélien Hamevasser avait ainsi effacé Angela Merkel et Anne Hidalgo d'un cliché pris lors de la marche républicaine organisée suite aux attaques terroristes qui venaient de toucher la France. Quelques mois plus tard, c'est le site ultra-orthodoxe israélien B'Hadreu Haredim qui avait carrément flouté toutes les femmes qui apparaissaient sur la photo montrant le nouveau gouvernement formé alors par Benjamin Netanyhaou.

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