Certaines l'aiment à dentelles, bien galbant, qui dépasse, comme une arme, d'un tee-shirt savamment échancré. D'autres le préfèrent inexistant, laissant libre volonté aux seins de s'épanouir sans tissu superflu. En tout cas, l'avantage est qu'à notre époque, les femmes peuvent choisir. Avec, ou sans soutien gorge, cela ne regarde qu'elles.
Cela n'a pas toujours été le cas, on s'en doute.
Comme le retrace le passionnant documentaire diffusé sur France TV pro, le "corselet gorge" est imagé par une féministe proche de Louise Michel en 1880. La couturière engagée l'envisage alors comme une alternative au corset. Il est censé soulager les femmes, les affranchir de tous les carcans. Il est breveté peu de temps après son invention, et salué comme un symbole de libération des femmes. Il se démocratise peu à peu et se développe sous plusieurs formes, dont le fameux soutien gorge pigeonnant arboré par Brigitte Bardot au climax de sa gloire.
Des années plus tard, les choses. Le célèbre brûlage de soutien gorge devient l'image l'Épinal de la libération du corps des femmes. En faisant le symbole de l'oppression, les mouvements féministes de la deuxième vague le fustigent lors de la révolution sexuelle des années 1970.
Enfin, de nos jours, 1,46 milliard de soutiens-gorge sont encore fabriqués chaque année. C'est la preuve que le morceau de tissu n'a pas (du tout) disparu.
À l'heure actuelle, les femmes se le réapproprient cependant de multiples manières. Elles l'avaient jeté à la poubelle pendant le COVID, avaient instauré la tendance "no bra" ensuite, et le réabordent finalement à nouveau. Des stars comme Heidy Klum ou Kirsten Stewart ont même décidé de ne porter lui lors de leurs apparitions publiques. Une manière d'affirmer leur légitimité à se (dés)habiller comme elles l'entendent.
Loin d'être juste un "petit morceau d'étoffe", le soutien gorge raconte, en creux, comme beaucoup d'autres vêtements, nos époques, nos revendications, ou même nos colères. Dans ce brillant petit film en noir et blanc dont le lien est sur demande, la réalisatrice Sandra Rude décrypte le sujet. Et c'est passionnant.