Les violences policières entachent le week-end de mobilisation féministe

Marche féministe du 8 mars 2020 à Paris
Marche féministe du 8 mars 2020 à Paris
Si la marche féministe du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, aura été un beau succès à Paris, les violences policières qui ont émaillé le rassemblement nocturne de la veille ont indigné.
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Ce devait être une soirée joyeuse, annonciatrice de la grande marche du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Mais la marche nocturne, organisée en non-mixité, qui a réuni plusieurs milliers de personnes de la place des Fêtes à la place de la République à Paris, a dégénéré. Alors que le cortège avait atteint son point d'arrivée, une "nasse" a été créée par les forces de l'ordre, empêchant une partie des manifestantes de se disperser selon plusieurs témoins. Et des images surréalistes ont très rapidement été relayées sur les réseaux sociaux. On y voit des rangées de policiers charger violemment les manifestantes, les repousser au bouclier, les porter de force jusqu'au métro, les traînant même dans les escaliers.

Face à ces vidéos édifiantes, les réactions d'indignation se sont multipliées. Ainsi, la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert, s'est dite "atterrée de voir que le ministère de l'Intérieur a choisi de déployer des moyens pour réprimer les femmes plutôt que de renforcer les moyens de lutte contre les violences machistes", rappelant que "le féminisme n'a jamais tué personne" alors que "le machisme lui tue tous les 2 jours dans notre pays".

La maire de Paris Anne Hidalgo s'est également dite "choquée" par des "violences inadmissibles et incompréhensibles."

Face aux événements, les associations ont interpellé la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, qui ne réagira que le lendemain (8 mars) sur Twitter : "Toutes les femmes doivent pouvoir manifester pacifiquement pour faire respecter leurs droits ! Le ministre @CCastaner a demandé un rapport à la Préfecture de Police sur ce qui s'est passé en marge de la #marcheféministe". Des propos contredits par le journaliste David Dufresnes, spécialiste des violences policières, soulignant : "Les images, nombreuses, relayées ici et ailleurs, montrent que ce n'est pas 'en marge' de la #marcheféministe que les #ViolencesPolicieres se sont abattues, mais dans le cortège même."

Quelques heures plus tard, alors que la marche féministe du 8 mars s'élançait de la place d'Italie, un communiqué émanant de la préfecture de police faisait état de personnes "récalcitrantes", "hostiles aux forces de l'ordre" qui auraient donc poussé les policiers à faire usage des "moyens lacrymogènes".

Un "bilan" soutenu par Marlène Schiappa qui, lors d'une interview donnée à BFMTV largement commentée et critiquée, expliquera que le rapport indique que "le tracé de la manifestation n'aurait pas été respecté", ce qui "aurait occasionné les faits que l'on voit sur les vidéos."

Ces violences n'ont cependant pas entamé la détermination des dizaines de milliers de personnes qui ont défilé de la place d'Italie à République ce dimanche 8 mars. Une foule compacte, oscillant entre gravité et joie d'être ensemble, particulièrement remontée une semaine après le séisme provoqué par le prix du meilleur réalisateur remis à Roman Polanski. Les "César de la honte" étaient d'ailleurs omniprésents au coeur de la manifestation. La punchline désormais culte "On se lève et on se casse" de la romancière Virginie Despentes, était entonnée avec fougue dans le cortège et déclinée à l'infini sur les pancartes.

Les actrices Adèle Haenel et Aïssa Maïga, devenues des figures de la "résistance" après le scandale des César, étaient naturellement venues marcher, posant avec les manifestantes, au milieu de pancartes à leur effigie. Un week-end doux-amer qui s'est donc terminé (sans incidents) sur cette belle mobilisation (60 000 personnes selon les organisatrices), signal réconfortant d'un combat pour les droits des femmes nécessaire et de plus en plus fédérateur.