Société
L'hommage du président Zelensky au courage de la journaliste russe Marina Ovsiannikova
Publié le 15 mars 2022 à 15:53
Marina Ovsiannikova, la journaliste russe qui a interrompu le JT pour protester contre la guerre en Ukraine, est aujourd'hui menacée. Alors que la communauté internationale appelle à sa libération, le président ukrainien Zelensly a salué son courage.
La journaliste russe Marina Ovsiannikova La journaliste russe Marina Ovsiannikova

Le courage revêt de nombreux visages depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par les forces armées russes. On parle beaucoup des résistant·es ukrainien·nes. Mais il en existe également de l'autre côté de la frontière. Ce lundi 14 mars, c'est une véritable héroïne qui a fait irruption en direct sur le plateau du journal télévisé de la chaîne Pervy Kanal, l'un des plus regardés de Russie.

Elle s'appelle Marina Ovsiannikova, a 44 ans, travaille comme productrice et journaliste au sein de la première chaîne d'Etat. Et elle a défié le pouvoir de Vladimir Poutine en brandissant une pancarte : "Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande. On vous ment", tout en scandant "Arrêtez la guerre, non à la guerre".

Marina Ovsiannikova avait préalablement enregistré une vidéo qui a ensuite été diffusée par l'ONG de défense des droits humains OVD-Info : "Malheureusement, pendant des années, j'ai travaillé pour 1TV et la propagande du Kremlin, j'en ai très honte en ce moment. J'ai honte d'avoir permis de propager des mensonges à la télévision. J'ai honte d'avoir permis la zombification du peuple russe. Nous étions silencieux lorsque ça a commencé en 2014. Nous n'avons pas protesté quand le Kremlin a empoisonné Navalny", y déclare-t-elle, précisant que son père était ukrainien et sa mère russe.

Que risque Marina Ovsiannikova ?

Cet acte de bravoure inouï lui a valu d'être immédiatement arrêtée. Marina Ovsiannikova se trouvait ce mardi matin en garde à vue au commissariat. Selon l'avocat Pavel Chikov, directeur du groupe de défense des droits humains Agora qui devrait assurer sa défense, la jeune femme pourrait être mise en examen. Elle risquerait une peine de 10 jours de prison selon un tribunal moscovite qui l'a entendue ce mardi 15 mars. Mais cette peine pourrait s'alourdir si elle venait à être inculpée du crime de publication d''informations mensongères" sur l'armée russe.

En effet, afin d'étouffer toute protestation et bâillonner la liberté d'expression, le Kremlin a récemment fait voter une série de lois prévoyant des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison pour la diffusion de ce que les autorités considèrent comme de "fake news" sur l'armée. Ainsi, le simple fait d'employer le mot "guerre" pour désigner l'intervention russe en Ukraine est passible de poursuites, valables aussi bien pour les médias que les citoyens, comme le note Ouest France.

Le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov n'a d'ailleurs pas manqué de qualifier ce mardi le happening de Marina Ovsiannikova d'"hooliganisme".

"A ceux qui combattent la désinformation et disent la vérité"

Alors que la communauté internationale se mobilise pour appeler à la libération de Marina Ovsiannikova, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a tenu à rendre hommage à cette héroïne russe qui a tenu tête au pouvoir.

Dans une vidéo publiée ce 15 mars, le chef de l'Etat déclare : "Je suis reconnaissant envers ces Russes qui ne cessent d'essayer de transmettre la vérité. A ceux qui combattent la désinformation et disent la vérité, les faits réels à leurs amis et leurs proches. Et personnellement envers la femme qui est entrée dans le studio de Channel One avec une affiche contre la guerre. A ceux qui n'ont pas peur de manifester. Tant que votre pays ne s'est pas complètement fermé au monde entier, se transformant en une très grande Corée du Nord, vous devez vous battre. Vous ne devez pas laisser passer votre chance."

La France devrait proposer une "protection consulaire" à Marina Ovsiannikova a d'ores et déjà annoncé le président français Emmanuel Macron, qui entreprendra des "démarches diplomatiques visant à offrir une protection" à la journaliste, comme le rapporte l'AFP ce 15 mars.

Par Catherine Rochon | Rédactrice en chef
Rédactrice en chef de Terrafemina depuis fin 2014, Catherine Rochon scrute constructions et déconstructions d’un monde post-#MeToo et tend son dictaphone aux voix inspirantes d’une époque mouvante.
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