Le guide anti-sexisme pour contrer les boomers et autres beaufs à Noël

Le guide anti-sexisme des fêtes de Noël
Le guide anti-sexisme des fêtes de Noël
Réflexions de boomers, sexisme ordinaire, repas qui n'en finissent pas... Comment survivre aux fêtes de Noël tout en préservant son militantisme féministe et surtout sa santé mentale ? Pas de panique, on vous file quelques tips divers et bienveillants.
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Qui dit fêtes dit charge mentale affolante. De la préparation des plats à l'organisation des interminables repas, de l'achat des cadeaux dans les magasins au ménage qui précède et suit les retrouvailles familiales (avec tous ces emballages éparpillés en pagaille au sol), jusqu'à la rédaction des cartes de voeux, ce sont encore les femmes qui s'occupent de la quasi totalité de cette période. Un trope sexiste qui a bien du mal à rendre l'âme.

L'esprit de Noël ne serait donc pas grand-chose sans les femmes, mères et conjointes. Mais ce n'est pas tout. A ces discriminations s'ajoute un autre aspect tout aussi embarrassant : les conversations des repas de famille, généreuses en réflexions de beaufs tout droit sorties d'un talk-show de CNews. Et il est souvent difficile de trouver au gré de ces remarques éparses un tant soi peu de féminisme. Même la plus intrépide des exploratrices ne s'y risquerait pas.

Mais rassurez-vous, être féministe et y survivre, c'est possible. Si si. On vous file quelques astuces sympas.

Ignorer les remarques des relous

On vous l'a dit, les remarques relous sont légion durant cette période. C'est ce que rappelle l'excellent Petit guide anti-sexiste de Noël de l'association féministe Nous Toutes en détaillant les potentiels (faux) sujets de débats lancés tout sourire par vos proches. Exemples ? "En France en 2020, les femmes n'ont plus trop à se plaindre. Regardez en Afghanistan !", "Les féministes exagèrent !", "Tu n'as toujours pas de copain ? Pourquoi tu te trouves pas quelqu'un ?", "Et les enfants, c'est pour quand ?". Entre autres joyeusetés...

Comment répondre à ces sornettes ? Parmi les techniques testées et approuvées, l'une des plus apaisantes : l'ignorance. Mais cela ne veut pas simplement dire décocher des vents légendaires à son interlocuteur ou interlocutrice (quoique, ca peut marcher). Non, cela peut consister en une timide approbation ("hum" ou "ah oui, tu trouves ?"), le regard dans le lointain, suivie d'une habile tactique rhétorique ("Et sinon...") pour détourner le sujet.

Avantage des repas : un voisin ou une voisine de tablée accueillera volontiers une interpellation ou "SOS" déguisé de votre part. Ignorer poliment et détourner l'attention pour ne pas vous engouffrer dans un attrape-féministes vous permettra de rester zen. Au moins l'espace d'une brève respiration, avant de replonger dans le grand bain.

Le site sororal She Knows propose de son côté une solution encore plus radicale : "Ne parlez de rien à personne. Ou bien, distribuez à vos hôtes un questionnaire sur la position de chacun concernant le genre et la politique, puis, une fois que tout le monde est réuni et le test rempli... ne parlez de rien à personne !".

S'accorder le droit de ne rien dire ou de ne pas répondre ? On aime l'idée.

Employer l'ironie pour dézinguer autrui

Pour survivre, l'ironie est le plus précieux des alliés. Vous l'avez déjà en vous, ne reste plus qu'à la brandir comme l'épée d'une guerrière viking. Le "Petit guide..." propose par exemple de déboulonner la réflexion : "Mais c'est un jouet de garçon, non ?" (dans le cadre d'un cadeau délivré à une fille) par une fracassant : "Merde, t'as raison, les filles ont toujours pas le droit de conduire / d'être médecin / de travailler dans le bâtiment en France (au choix). Qu'on est con de lui avoir offert ça. On lui donne de faux espoirs là, c'est chaud".

Et si l'on vous déballe : "En France en 2020, les femmes n'ont plus à se plaindre. Regardez en Afghanistan", enchaînez aussi sec par un cinglant : "Je ne savais pas que tu t'intéressais au sujet. C'est super ! Tu t'es engagé·e dans une association ?". A ce moment-là, si votre interlocuteur ou -trice - dont l'on imagine la bouche en cul de poule - est encore suffisamment lucide pour déceler le second degré, cela devrait faire l'affaire.

Enfin, gardez en tête ce que raconte à juste titre l'association Nous Toutes : "L'avantage, c'est que les remarques sexistes se suivent et se ressemblent. Quand on a trouvé la répartie à l'une d'entre elles, en général, on est équipé·e pour les suivantes". De quoi nourrir quelques espoirs entre deux flûtes de champagne.

Eduquer son interlocuteur/interlocutrice

Oui, le mépris est une arme comme une autre, mais ce n'est pas toujours la plus judicieuse. Comme dans toute démarche féministe, l'éducation importe beaucoup. Pas besoin de tribune pour expliquer à votre interlocuteur ou interlocutrice les réalités des inégalités professionnelles ou des stéréotypes de genre, des violences sexistes ou de l'importance des révolutions féministes, sujets qu'il dégommera généreusement entre deux ballons de vin.

Pour étayer vos propos, quelques arguments et chiffres impactants suffiront largement. Des chiffres détaillés par les études exigeantes de Nous Toutes (sur les violences sexistes et sexuelles), Welcome to the jungle (sur les inégalités professionnelles et les stéréotypes de genre) ou encore du Monde (concernant #MeToo).

Comment survivre au sexisme des fêtes ?
Comment survivre au sexisme des fêtes ?

Et pourquoi pas poursuivre ces échanges riches d'enseignements en offrant quelques présents bienveillants pendant ou après le repas ? Vous référez à notre liste de cadeaux girl power de l'année pourrait aider. Des livres accessibles comme le recueil du podcast La Poudre par exemple peuvent éveiller les esprits néophytes. Une solution moins violente que la jubilatoire mug "Bah ferme ta gueule alors" imaginé par la créatrice @garagedeloffre, à offrir avec le coeur aux adeptes du "On ne peut plus rien dire".

Moins violente, mais moins drôle, aussi.

Ne pas aborder les "sujets qui fâchent"

Votre mauvaise conscience féministe appellera volontiers cela de "l'autocensure". Et d'un côté, ce n'est pas tout à fait faux. Mais qui dit militantisme dit charge mentale et (grosse) fatigue, d'autant plus quand la nourriture et la boisson viennent vous achever. Alors, plutôt que de se taper un burn out infernal avant même le dessert, le mieux est encore d'éviter les "sujets qui fâchent" - politique, genre, éducation, parentalité...

Pas si fastoche. Bien qu'il y ait toujours de quoi dire sur les stars, films, séries et hobbies divers, à l'heure où même votre tata à Netflix (une sacrée bénédiction). Séries, mais aussi chats, ou chiens... "Mon meilleur conseil ? Discuter avec vos proches de leurs ou vos animaux de compagnie. Tout le monde aime parler de ses animaux. Sérieusement. Faites parler votre grande-tante de son chat et il y a beaucoup moins de chances que la conversation vire à l'éruption familiale", s'amuse en ce sens la blogueuse féministe de She Knows.

Discussions qui pourraient se voir ponctuées de partages de photos d'animaux par portables interposés. Autrement dit, un long moment à passer, mais moins douloureux que prévu tout de même.

Se calmer les nerfs (comme on peut)

Se calmer les nerfs, c'est aussi et avant tout trouver des chemins de traverse pour s'évader tranquilou des conversations les plus relous. Par exemple ? Se rabattre sur la nourriture et l'alcool (pour panser les plaies) ou bien s'exiler à la table des petits (étrangement moins chaotique), ou encore trouver un quelconque prétexte (plat à débarrasser, corbeille de pain à remplir) pour quitter la table, façon post-ado rebelle qui s'ignore.

Se calmer les nerfs, c'est aussi s'accorder le droit de fuir plutôt que d'affronter. Le blog Nerdy Feminist le dit autrement : on est pas obligée d'être "la personne de référence" d'absolument tout le monde tout le temps, c'est-à-dire celle vers qui doivent converger toutes les questions sur les femmes, leur condition et leurs droits, l'égalité des sexes, la politique, les angoisses des boomers machos. Se décharger volontairement de ce poids rhétorique, familial et social, c'est aussi lutter contre l'anxiété et la fatigue.

Nécessaire.

Etre honnête (tout simplement)

Etre honnête, c'est préciser quand une remarque ne vous plaît pas, qu'elle vous semble problématique ou insultante. Si celui ou celle qui vous l'assène vous apprécie ou vous aime, la discussion devrait, avec ou sans mea culpa, perdurer sous de meilleures augures. Tout du moins, on l'espère sincèrement pour vous.

"Soyez honnête avec vos proches et vous-même durant vos vacances hivernales. Ecoutez votre intuition, car c'est une forme puissante de soin personnel. Alors quoi que vous fassiez en cette période des fêtes, n'oubliez pas de prendre soin de vous. Vous savez ce dont vous avez besoin mieux que quiconque, alors écoutez-vous", explique à ce titre le site Everyday Feminism.

Prendre soin de soi, c'est aussi alerter autrui quand quelque chose vous dérange ou vous blesse. Et il n'y a pas de raisons pour que la source de vos soucis ne soit pas tenue au courant. Esprit de Noël ou non.

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