"Nomadland", la magnifique déclaration d'amour de Chloé Zhao aux invisibles de l'Amérique

Bande-annonce de "Nomadland" en VOST
Auréolé d'une kyrielle de prix (dont trois Oscars), le film "Nomadland" de Chloé Zhao sort enfin en France ce 9 juin. Une ode poétique aux nomades des temps modernes, portée par la grande Frances McDormand. Et incontestablement l'un des plus beaux films de l'année.
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Fern (Frances McDormand) s'est fait couper les cheveux courts. Plus pratique, sans doute. Mais aussi comme le symbole de son nouveau départ. Sur la route, on ne s'encombre pas. Ou du moins, on ne conserve que l'essentiel. Fern vit sur la route, sillonnant le pays à bord de son fidèle van affectueusement baptisé Vanguard. "Je ne suis pas sans abri", souffle-t-elle. "Je suis juste sans maison". Le coeur lourd, sans le sou, elle a largué les amarres. Sa destination : l'horizon.

Des nuits sur des parkings en petits boulots précaires, la sexagénaire saute à cloche-pied d'une ville et d'un job à l'autre. Dans le désert, au milieu des cactus, elle va apprivoiser cette nouvelle existence de nomade. Une vie d'errance délestée du superflu, d'où affleure l'essentiel. Car lorsqu'on a tout laissé derrière (ou tout perdu), on se nourrit de ces petits riens si précieux : un air de piano, une étoile particulièrement brillante, un sourire, une baignade dans une rivière. Et on se familiarise avec ces adieux qui ne sont jamais vraiment définitifs.

Le luxe du lien

Chloé Zhao nous avait déjà touché·e·s en plein coeur avec son splendide The Rider (2017). La réalisatrice chinoise y renouvelait brillamment le mythe du cow-boy, rendu vulnérable et infiniment touchant. Avec Nomadland, son troisième long-métrage, la jeune prodige de 39 ans (devenue la deuxième réalisatrice oscarisée de l'Histoire) dirige de nouveau sa caméra naturaliste vers la marge, s'attachant cette fois-ci aux "misfits" déracinés, aux fracassé·e·s du système, victimes de la crise économique de 2008 des "subprimes". Celles et ceux que l'on croise mais qu'on ne voit pas. Adaptation du livre de la journaliste Jessica Bruder (dont l'actrice Frances McDormand avait acheté les droits), Nomadland rend hommage à ces héritiers des pionniers qui ont fait une croix sur le rêve américain et ses chimères matérialistes pour prendre le large.

Frances McDormand dans "Nomandland" de Chloé Zhao
Frances McDormand dans "Nomandland" de Chloé Zhao

Avec une délicatesse extrême, Chloé Zhao capte le quotidien de cette communauté aussi digne que généreuse, qui économise ses provisions et ses mots, mais s'offre le luxe du lien. Autour d'une boîte de conserve ou d'un feu de camp, on évoque ces bribes d'histoire, ces retraites avortées, ces deuils inachevés, ces accidents de la vie, on se recrée un cocon éphémère, on se tient chaud, mine de rien.

Revisitant la figure solitaire des westerns qui hante les grands espaces de l'Ouest américain, magnifiés ici par la photographie de Joshua James Richards, Chloé Zhao ne lâche pas une seconde la magistrale Frances McDormand, visage fermé, regard buté. Autour de la comédienne, oscarisée pour ce rôle de femme rugueuse et pudique, une galaxie de vrai·e·s nomades (Linda May, Swankie et Bob Wells) qui campent leur propre rôle- offrant au film une authenticité quasi documentaire d'autant plus émouvante.

Road-movie contemplatif qui parvient à ne jamais verser dans le pathos, Nomadland se déploie amplement entre ciel et coeurs, trésor d'humanité qui replace le cinéma à hauteur de femmes et d'hommes. Et c'est tout simplement beau.

Nomadland

Un film de Chloé Zhao

Avec Frances McDormand, David Strathairn...

Sortie en salle le 9 juin 2021