Opération Renaissance : la grossophobie "bienveillante" fait sa com' sur M6

Karine Le Marchand dans "Opération Renaissance"
Karine Le Marchand dans "Opération Renaissance"
On n'attendait rien de bon de cette émission, et on est quand même déçu·e·s. L'émission sur la chirurgie de l'obésité de Karine Le Marchand, "Opération Renaissance" sur M6, est exactement le concentré de grossophobie et de promotion des troubles du comportement alimentaire qu'on imaginait. Avec quelques (généreuses) couches de copinages et d'intérêts financiers en plus. L'analyse à chaud d'Olga Volfson, journaliste et militant·e féministe anti-grossophobie.
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En 2017, suite aux premières informations concernant l'émission de télé-réalité sur la chirurgie bariatrique produite par Karine Le Marchand, les activistes de la lutte anti-grossophobie ont immédiatement alerté sur les dérives possibles d'un tel programme. Parmi ces militant·e·s, j'ai commencé à relayer l'inquiétude d'une banalisation de la chirurgie de l'obésité, d'une représentation catastrophique des gros·ses et des effets qu'un tel programme pourrait avoir sur la grossophobie sociétale déjà bien installée sur mes réseaux sociaux. Rapidement, une personne travaillant en coulisses de la production m'a écrit, et son témoignage a confirmé toutes nos craintes. J'ai ensuite contacté Gras Politique, qui avait déjà lancé sa pétition, pour décider de la meilleure stratégie à adopter afin de révéler ces informations au grand public. Nous avons donc orienté cette source anonyme vers Marie Kirschen, qui a fait une enquête détaillée, sur Buzzfeed, début 2018.

Problèmes de déontologie médicale, voyeurisme éhonté, risques pour la santé mentale des participant·e·s, alignements d'intérêts bien trop heureux pour ne pas être suspects... tous les éléments pour que le scandale éclate étaient déjà sous nos yeux il y a trois ans. Mais l'indignation n'a pas duré, et la pétition de Gras Politique a stagné à 5000 signatures et des poussières. Il faut dire que le sort des gros·ses n'intéresse pas grand monde. Après tout, ce n'est pas une vraie oppression qu'iels subissent, vu qu'il n'y a qu'à maigrir pour y échapper !

C'est seulement lorsque les premières images de l'émission, montée, trois ans plus tard, sont sorties, qu'une mobilisation plus large s'est finalement, vaguement, formée : encore une fois, sous l'impulsion des membres de Gras Politique, notamment via le hashtag #PasMaRenaissance. L'impeccablement documentée tribune de l'association publiée sur Mediapart a recueilli de nombreux soutiens, et la pétition a franchi le cap des 20 000 signatures.

Hélas, rien qui n'ait pu arrêter le rouleau compresseur, déjà bien lancé en roue libre sur la lucrative autoroute du divertissement au frais des gros·ses et de leurs parcours de vie difficiles. Pourquoi a-t-il fallu que l'on attende de voir se concrétiser les horreurs que l'on prédisait en 2017 à l'écran pour que l'on nous entende, pour que l'on nous croie ? Notre humanité de gros·ses serait-elle conditionnée à la mise en scène de nos souffrances, en guise de preuve que nous ne mentons pas sur les violences qui nous sont faites ? Je ne sais même pas pourquoi je trouve encore le moyen de m'en étonner : il y a deux ans, j'ai dû gérer la vexation d'une consoeur journaliste lorsque je lui ai dit que je ne participerais à son documentaire que si elle retirait la scène où je devais manger un burger dans l'espace public pour filmer la grossophobie des passant·e·s en action.

Bande-annonce "Opération Renaissance" sur M6

La quatrième vague de féminisme a de nombreux angles morts, et, clairement, le sujet de la grossophobie fait partie de ces sous-sujets un peu embarrassants, qu'on relaye vite fait, de temps en temps, sous la pression, mais qu'on ne prend jamais à bras le corps. Notre dignité est un dossier trop lourd pour être assumé à longueur d'année. Ainsi, l'arrivée d'Opération Renaissance sur la télé nationale est le fruit d'un laisser-faire collectif. Celui des institutions contactées par les militantes de Gras Politique en 2018 : le CSA, l'Ordre des médecins, l'ARS d'Île-de-France, le ministère de la santé, le Conseil consultatif national d'éthique et le Défenseur des droits, oui.

Mais aussi celui du militantisme féministe. Réapproprions-nous nos corps, mais ne poussons pas le vice jusqu'à faire "la promotion de l'obésité", hein, on connaît la chanson. Mais assez sur les frustrations d'hier, nous avons collectivement appris et avancé, depuis 2017, et le mal est fait. Ce qu'il nous reste pour combattre la toxicité de cette émission maintenant qu'elle est sur les ondes, c'est de l'analyser et de la critiquer, pour ne plus laisser passer la grossophobie à l'avenir. Faisons donc un tour d'horizon (non-exhaustif, sinon on y serait encore mardi prochain) de ce qui pose problème...

Éléments de langage et déni de grossophobie


Franchement, je regrette de ne pas m'être fabriqué un bingo avant de me lancer dans le douloureux visionnage du premier volet de l'émouvante saga tire-larme concoctée par Potiche Prod (oui oui, c'est le nom de la boîte de production de Karine Le Marchand, misogynie intériorisée much ?). Ainsi, j'aurais rempli des grilles très rapidement... et aurais gagné le droit de couper court à cette séance de torture ?

Commençons par l'expression " déni d'obésité ", répétée ad nauseam au cours de l'émission : il n'existe rien de tel, Karine. Les personnes grosses savent très bien qu'elles sont grosses, elles se voient et s'habillent tous les jours, elles subissent la grossophobie de leurs familles et d'inconnu·e·s de l'espace public en permanence, elles galèrent souvent à trouver des emplois et logements en raison de leur apparence, elles souffrent du manque d'accessibilité des transports en commun et des lieux publics au quotidien, elles se font régulièrement prescrire un régime par le médecin du coin lorsqu'elles viennent consulter pour une otite. Notons que le montage est brillant de sournoiserie : il parvient à faire dire à une candidate, et non à une des deux têtes d'affiche renommées pour leur grossophobie, que vivre épanouie en tant que grosse, c'est se mentir à soi-même...

Notons en revanche un déni, bien réel, de la grossophobie dans l'émission : on évoque les difficultés rencontrées par les candidates en raison de leur grosseur, on dit qu'elles "se sentent attaquées par le monde", mais leur oppression systémique n'est jamais nommée. Il ne faudrait surtout pas que l'on pense que ce qui leur arrive n'est pas de leur faute ! Comment, sinon, se "reprendre en main" ? D'ailleurs, elles sont désignées par une multitude d'euphémismes comme "ronde", mais le mot "grosse" n'est entendu que dans la bouche d'une candidate, dans un moment d'auto-dépréciation absolument pas questionné. Il est important que cet adjectif reste une insulte, quand on veut réussir sur le marché de l'amaigrissement ! Pour autant, Karine Le Marchand, rigoureuse, n'a pas oublié de parler de sa copine imaginaire, la "minçophobie", sur le plateau de C à vous, avant la diffusion d'Opération Renaissance.

La "féminité" est également au centre des préoccupations de Karine Le Marchand et Cristina Cordula. C'est vrai que c'est vraiment une priorité, ça, la féminité. Parce que les femmes grosses ne sont pas vraiment des femmes, rappelons-le. On va vite couper ce ventre pour pouvoir être féminines et donc heureuses, youpi !

Enfin, j'ai frisé l'overdose sur la notion de "courage", évoquée à toutes les sauces, parce que c'est un ingrédient indispensable à toute "inspiration porn" digne de ce nom. Oui, ces femmes ont dû en puiser au fond d'elles-mêmes, du courage, pour survivre dans ce monde qui hait les grosses ! Mais elles n'auraient pas besoin de l'être courageuses si l'industrie de la minceur et du régime, dont Opération Renaissance est le parfait produit, ne les harcelait pas d'injonctions à mincir pour pouvoir devenir heureuses. Voilà une boucle joliment bouclée, n'est-ce pas ? Vraiment, se serait bien passé·e·s de se forger une pareille résilience dans cette même adversité qu'entretient aujourd'hui ce programme TV grossophobe.

Mise en scène infantilisante et trash

Une des choses qui m'a le plus choqué·e au visionnage de ce premier épisode d'Opération Renaissance, c'est la manière dont les candidates sont infantilisées. On vient les sauver, ces pauvres "petites" grosses malheureuses, on va leur apprendre à s'aimer, mais seulement une fois qu'elles seront minces. Seulement une fois qu'elles qu'elles auront "affronté" l'horreur de leur image en sous-vêtements face au miroir pour la caméra et juré de "sortir de l'obésité" (autre élément de langage répété en boucle par l'émission). L'avant/après des compliments que leur font les animatrices est criant. Mais ce n'est pas tout : Karine Le Marchand et Cristina Cordula les tripotent, essuient leurs larmes, les bisouillent, sans cesse. Ça sonne faux, et c'est très gênant. Sans parler de la ceinture sans trous, poinçonnée régulièrement pour marquer la perte de poids des candidates, que la productrice offre aux participantes en leur faisant promettre de la garder pour toujours... Et pourquoi pas une laisse pour aller avec, tant qu'on y est ?

Que ce soit pour les chirurgies bariatriques ou les actes chirurgicaux cosmétiques (obligatoires pour tou·te·s participant·e·s à l'émission) pour enlever les excès de peau restants après la perte massive de poids, Karine Le Marchand suit "ses" grosses jusqu'à l'intérieur du bloc, pour pouvoir tailler le bout de gras avec les chirurgiens (c'est pas dangereux du tout). Notons que proches des opéré·e·s, elles et eux, n'ont pas eu cette dérogation. "L'autorisation spéciale" du CSA pour cette émission aurait-elle été délivrée pour ces sensationnelles séquences de découpage de bonnes grosses qui souhaitent faire de la lutte contre leur obésité "le combat de leur vie" ?

En fin d'émission, Karine Le Marchand a "avoué" son obsession pour les actes chirurgicaux que, vraiment, on n'avait pas remarqué, avec toutes ses séquences obscènes, sans aucun pensée pour la dignité de ces deux femmes... Et faut-il vraiment commenter les moments où elle agite dans ses mains des pots contenant de la graisse et de la peau enlevées aux candidates, puis qu'elle en fait des blagues douteuses ("800 grammes de fesses !"), dans leur chambre ? Le respect est définitivement mort et enterré.

Lorsque l'une des candidates a fait une réaction allergique à l'anesthésie, et a frôlé la mort sur la table d'opération, on a cherché une once de réelle inquiétude, de remord ou simplement de prise de conscience de la gravité de banaliser une intervention aussi risquée à heure de grande écoute... mais ça ne vient pas. Tout est bien qui finit bien, et la séquence dramatique est dans la boîte ! Lorsque cette candidate retourne finalement en salle des opérations, avec un produit anesthésiant adapté, inquiète, c'est une reprise de la chanson What Doesn't Kill You Makes You Stronger qui passe en fond. Je ne sais pas si c'est l'audace de balayer ce qu'il s'est passé avec un simple "ce qui ne te tue pas te rend plus forte" ou d'utiliser la chanson de Kelly Clarkson, artiste avec un historique tout à fait public de troubles du comportement alimentaires, pour faire cette pirouette de montage qui m'a le plus ulcéré·e ! Quand je dis que pour les minces, on n'a qu'à maigrir ou mourir en essayant, je n'exagère vraiment pas.

Approximations médicales, psychologie de comptoir et pépites de grossophobie

Durant l'émission, plusieurs raccourcis voire manquements médicaux ont été relevés par les internautes. Par exemple l'approximation du bilan sanguin d'une des deux candidates, diabétique, à qui il était facile de faire dire ce que l'on voulait sans plus de données ou de contexte. Ou encore l'étonnement du chirurgien face à l'état du foie d'une de ses opérées : n'a-t-il pas fait de bilan hépatique avant de se lancer dans la chirurgie, demande à juste titre une twitta soignante ? Voilà qui est préoccupant...

Quant à la question psy... rien ne va. D'un côté, un psychiatre (Stéphane Clerget, masculiniste notoire) nous explique que les personnes obèses le sont devenues en raison de traumas, alors que les facteurs génétiques ainsi que l'effet yoyo bien connu des régimes et responsable de bien des grosseurs, eux, sont passés sous silence. De l'autre, Karine Le Marchand fait mumuse avec des cartes thématiques à associer à des émotions pour faire parler les candidates de leurs difficultés. Et lorsque la conversation n'est pas assez pathos à son goût, elle y va au pied de biche pour leur tirer les vers du nez, et les larmes des yeux. Avec... quelles compétences psy, déjà ? L'indécençomètre est en surchauffe. Mais bon, la Ligue contre l'Obésité applaudit ce programme qu'elle cautionne et soutient, alors on doit sans doute mal comprendre.

Enfin, la palme de la citation la plus pétée de toute l'émission (et c'est dire), revient sans doute au docteur Réginald Allouche, qui nous explique sans sourciller que "les gros gobent, les minces mâchent". Des fois qu'on n'aie pas encore compris que les gros·ses sont responsables de tous leurs maux, jusque dans leur façon de (ne pas) mastiquer leurs aliments, il est important d'enfoncer le clou avec une bonne dose de vulgarité, et de violence !

Le business de la minceur : la fabrique des troubles du comportement alimentaire et... des gros•ses

Comme le relevait dès 2018 la première enquête sur Opération Renaissance, il est fort curieux que les candidat·e·s de l'émission soient obligé·e·s de faire une seconde opération après leur chirurgie bariatrique, pour enlever l'excédent de peau... dans l'institut de body lift dont Karine Le Marchand est marraine. Mais quel heureux hasard, décidément, cette bonne fée du PAF est vraiment partout où il y a de la thune à se faire sur le dos, si large, des gros·ses !

Mais ce n'est pas le seul copinage questionnable de l'émission. Tant qu'à faire, on invite les têtes de gondole de M6 :

  • Stéphane Plaza pour une opération com de ses agences à Paris

  • et Cristina Cordula, pour qu'elle nous répète une énième fois ses conseils mode qui sentent la naphtaline à savoir ne pas porter de choses qui " tassent " ou " épaississent " (même après avoir perdu 45 kilos)

Certes, ce n'est pas la partie la plus choquante, mais cet entre-soi si subtilement amené est tout de même très écoeurant. Et puis, ce n'est pas tout !

Karine Le Marchand a également mis sur le marché un livre Les 15 étapes pour apprendre à s'aimer (au prix dérisoire prix de 19,90 euros, puisqu'elle nous apprend qu'il pourrait se substituer à une thérapie) ! Ce carnet d'exercices destiné à la perte de poids est largement mis en scène dans l'émission, comme un outil développé pour venir en aide à une des dix brebis égarées dans l'obésité. Dans le prologue de cette audacieuse oeuvre de la littéraire médicale, on peut lire "Que vous ayez 3, 5, 10 ou 50 kilos à perdre, ce carnet est pour vous. J'espère qu'il vous aidera à devenir qui vous êtes vraiment : quelqu'un de bien". Le message est lim-pide.

Après les produits dérivés de l'émission, ce n'est pas fini ! La télé française vend du temps de cerveau disponible, ne l'oublions pas. Et M6 a réussi une cohérence des publicités et des programmes absolument magistrale autour de son Opération Renaissance. Juste en amont de l'émission, nous avons eu le droit à un encart "Mon poids en question", en partenariat avec Axa Prévention (entreprise déjà épinglée pour ses politiques grossophobes) et la ligue contre l'Obésité, suivi d'une pub pour Les Reines du shopping.

Durant la pause pipi, nous avons eu le droit à une pub pour un accessoire Slendertone destiné à raffermir la ceinture abdominale, puis une autre pour l'outil révolutionnaire et pas du tout arbitraire qu'est l'IMC (indice de masse corporelle : poids divisé par la taille au carré) via Comme j'aime, présenté par Benjamin Castaldi. Puis, après la fin de l'émission, on enchaîne avec une édition spéciale de E = M6 intitulée "Pourquoi je grossis, comment je maigris". Sympa, ces soirées à thème sur la sixième chaîne ! Même si ça ressemble quand même drôlement à un téléshopping sans fin des "astuces miracle" pour perdre du poids.

Rien d'étonnant à tout cela, certes, la culture du régime est aussi salement capitaliste que sexiste. L'industrie du régime pèse plusieurs milliards d'euros dans le monde (environ 71 milliards de dollars de profit aux USA en 2018) : la grossophobie, ça paie bien. Mais tout de même, ils ne sont pas un peu... gros, ces sabots ?


"Changer de regard" sur l'obésité, vraiment ?


Karine Le Marchand a passé ces dernières semaines à couvrir ses arrières en parlant de "bienveillance" et de "bonheur" dans toutes ses interviews. Elle a également assuré que son but était de "faire changer de regard sur les personnes obèses". On ne la croyait évidemment pas un instant, et les deux premiers parcours diffusés hier soir dans Opération Renaissance ont confirmé la justesse de notre méfiance. Bien qu'elle se soit défendue de glamouriser la chirurgie bariatrique en expliquant en toute décontraction à La Voix du Nord que sur 10 candidat·e·s, 5 étaient désormais en dépression et un 6ème était devenu alcoolique... c'est bel et bien ce que fait son émission.

On filme les interventions chirurgicales avec insistance, mais la douleur et la convalescence sont esquivées. On survole brièvement les repas liquides et portions infimes que les opérées peuvent manger une fois leur estomac amputé des deux-tiers, mais on ne parle pas des carences que cela entraîne et qu'il faut combler à coups de compléments alimentaires, ni de ce que ce nouveau régime alimentaire cause comme complications sociales, puisque les repas sont des moments que l'on partage avec nos proches.

Lorsque les candidates disent qu'elles ne veulent plus jamais redevenir comme avant, on les encourage dans cette voie. Mais leur a-t-on bien dit que dans 40% des cas, il y a reprise de poids après une chirurgie bariatrique ? Lorsqu'une des candidates raconte avec enthousiasme que son entourage la rappelle à l'ordre si elle a le malheur de vouloir manger un cookie trempé dans un verre de lait une fois de temps en temps, est-ce qu'on prend le temps d'alerter sur les dangers des restrictions perpétuelles et des troubles du comportement alimentaire ? Non, on salue sa volonté de fer. Lorsqu'une candidate "stagne", pendant plusieurs mois d'affilée, à 5 petits kilos de son objectif, y a-t-il une âme honnête pour oser évoquer un poids de forme qui puisse être au-dessus de la sacro-sainte de la courbe ? Bien sûr que non.

Lorsqu'une candidate raconte que sa famille a dû planquer sa balance pour qu'elle ne passe pas sa journée dessus, que répond Karine Le Marchand ? Ben qu'il faut quand même se peser toutes les semaines, hein. Non, non, non et non : rien de neuf dans la vision de l'obésité et des personnes grosses dans son émission. Toujours la même approche déshumanisante de la personne en perdition, qu'il faut sauver d'elle-même, car elle ne pourra être heureuse qu'en étant mince. Les problèmes psy qu'il faudrait régler avant le parcours, on s'en occupe sur le tas, après, vite fait, parce que le principal, c'est d'être "sortie de l'obésité".

Ce n'est pas aux personnes grosses de renaître, c'est aux représentations pathologisantes et objectivantes des gros·ses de se mettre à la page. Le mot grossophobie n'est entré au dictionnaire qu'en 2019 mais cela fait plus de 25 ans qu'il est utilisé par les militantes grosses mobilisées pour faire reculer cette discrimination en France. Merci Anne Zamberlan, merci Allegro Fortissimo !


Il serait peut-être temps d'écouter les concerné·e·s, au lieu de persister dans l'impasse de la minceur à tout prix, dont il n'est plus à prouver qu'elle crée les troubles du comportement alimentaire et les gros·ses ? S'il est vraiment question de " changer de regard " sur les personnes obèses, regardez plutôt Daria Marx : ma vie en gros, La grosse vie de Marie de Marie Brauer ou encore On achève bien les gros de Gabrielle Deydier. Lisez On ne naît pas grosse, Gros n'est pas un gros mot ou encore Coup de gueule contre la grossophobie. Et suivez Gras Politique, Luttes des Grasses et Stop Grossophobie sur les réseaux sociaux ! Ce n'est certainement pas cette énième émission d'amaigrissement massif voyeuriste et ringarde qu'il faut regarder si l'on prétend vouloir voir les gros·ses et leur grosseur sous un autre angle : ce programme honteux n'est là que pour maintenir le régime de la grossophobie en place.

Par Olga Volfson.

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