La parité dans le milieu du cinéma, une mission impossible ?

"Wonder Woman 1984", et la face cachée de l'égalité des sexes à Hollywood.
"Wonder Woman 1984", et la face cachée de l'égalité des sexes à Hollywood.
Qui dit cinéma ne dit pas forcément happy end. La preuve, nombreuses sont les investigations à pointer du doigt un manque de parité bien trop actuel au sein de l'industrie - hollywoodienne, mais aussi française. On fait le bilan.
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Vous vous rappelez des bonnes nouvelles de 2019 ? Mais si, souvenez-vous : il y a deux ans, les réalisatrices étaient plus présentes que jamais à Hollywood. Les succès critiques et publics étaient alors légion : Les filles du Dr March de Greta Gerwig, Captain Marvel d'Anna Boden et Ryan Fleck, La Reine des Neiges 2 de Jennifer Lee et Chris Buck, Hustlers de Lorene Scafaria, ou encore Queen & Slim de Melina Matsoukas...

Et 2020 devait poursuivre ce sacre, avec les sorties d'ambitieux projets donnant le la aux femmes artistes - réalisatrices, scénaristes, comédiennes - comme Wonder Woman 1984, Black Widow, The Eternals, Birds of Prey... sorties malheureusement pour la plupart flinguées pour cause de pandémie mondiale. Et pourtant... Et pourtant, la parité fait encore office de rêve dans l'usine hollywoodienne. C'est ce sur quoi insiste ce reportage du magazine en ligne Deadline en décochant quelques chiffres accablants.

Par exemple ? Seulement 67 % des 250 meilleurs succès du box-office ont employé 4 femmes - grand maximum ! - aux postes majeurs de scénariste, de réalisatrice, de productrice ou encore de monteuse. Et aux Etats-Unis, plus de 80 % des films à succès sont encore dirigés par des hommes, nous apprend le "Celluloid Ceiling Report" annuel du Centre d'études des femmes dans la télévision et le cinéma de l'université d'État de San Diego.

Bref, comme le déplore Courrier International, c'est toujours "morne plaine" pour l'égalité des sexes dans l'industrie, et les femmes peinent encore à s'imposer sur les plateaux.

Entre Hollywood et la France, les mêmes soucis ?

Une réalité que déplore à l'unisson le collectif 50/50, union de professionnels du milieu luttant pour une représentation plus égalitaire et inclusive. A Hollywood, les femmes représenteraient seulement 16% des réalisateurs ayant oeuvré sur les 100 films les plus rentables en 2020. La même année, 24% des films employaient 5 à 9 femmes aux postes majeurs, et 9% - un record - employaient jusqu'à 10 femmes ou plus aux mêmes postes - scénariste, réalisatrice, productrice, directrice de la photographie.

A l'inverse, 5% des oeuvres remarquées au box office US employaient de 0 à 4 hommes à ces fonctions réputées, 24% de 5 à 9 hommes et la grande majorité restante (71%) 10 hommes ou plus. A Hollywood, le masculin reste donc une norme, à travers laquelle tout se conjugue - professions et autorités. Et pourtant, comme le développe Deadline, cela fait déjà deux années consécutives que l'on observe une forme de croissance bienvenue pour les femmes aux postes de directions. D'une certaine manière, les choses évoluent, et dans le bon sens. Mais cela prend du temps, beaucoup de temps.

Et il n'y a pas qu'à Hollywood que le constat fait grincer des dents. Comme le dévoile cette enquête des Inrocks, le milieu du cinéma hexagonal n'est pas non plus exempt de disparités. Ainsi si en 2019, on ne dénombrait tout simplement aucune femme parmi les 16 réalisateurs français ayant dépassé le million d'entrées dans le pays, cette réalité semble se poursuivre en 2020 : aucun des 4 films français ayant atteint le million au box office n'a été réalisé par une femme.

Le manque de représentativité, c'est ce dont s'attriste Fabienne Silveste, fondatrice du think tank Femmes de cinéma, dans les pages du magazine Elle. "La place des femmes dans les secteurs clés du cinéma n'évolue pas, elle a même tendance à être en recul !, tacle-t-elle. Si, dans les écoles de cinéma, les femmes représentent à peu près la moitié des promotions au moment de leur premier court-métrage, leur nombre en tant que réalisatrices tombe vite à une sur trois, et elles sont une sur quatre à réaliser un premier ou un second long-métrage. C'est comme si elles s'évaporaient !".

Une "évaporation" des plus inquiétantes donc. Et l'experte de poursuivre sur le même ton : "En France, les femmes sont moins subventionnées, moins récompensées, moins programmées. Cet écosystème inégalitaire a un impact sur leur représentation à l'écran. C'est la double-peine !". Un panorama national qui ne fait pas plus rêver que son homologue américain...