Jusqu’à la garde, couronné de César en son temps, fut, surtout pour un premier film, un véritable choc.
Annonciateur de thématiques devenues depuis d’autant plus fondamentales dans notre société post-#MeToo et dans l'art qui l'accompagne et l'illustre : violences conjugales, emprise, dispositifs judiciaires censés protéger (futures) victimes, masculinité toxique, brutalité patriarcale, condition des plus faibles face au virilisme despotique - les épouses et exs des agresseurs comme leur progéniture, condamnés collectivement sous l'égide du pater familias.
Et surtout, le tout sous la forme d’un film haletant, qui prend par la gorge pour ne plus jamais lâcher son spectateur ou sa spectatrice. Et si vous l’avez loupé lors de sa sortie, suite à son couronnement au gré de diverses cérémonies, alors que son actrice principale, l’éblouissante Léa Drucker, vient de recevoir son second César il y a quelques jours, aucune crainte : ARTE vous propose de revoir ce grand moment de cinéma français, dont la sécheresse sociale n’a d’égale que son intensité anxiogène, gratuitement, en ligne, en vous rendant tout simplement sur la plateforme de la chaîne - désormais partagée à l’unisson sur le site de francetv, qui propose également moult œuvres cinématographiques gratuitement.
Jusqu’à la garde c’est un monument de tension en son genre, qui en nous plaquant à hauteur de victimes (tout comme le récent On vous croit, qui lui doit vraiment beaucoup), instaure un effet de compte à rebours saisissant (tel un bouillonnement façon cocotte minute), et rend auxdites victimes, comme en sursis tout au long du métrage face à la figure du père de plus en plus envahissante, la parole qui leur est volontiers confisquée.
Car si Denis Ménochet sidère bien évidemment en père de famille harceleur, omniprésent jusque dans son absence, car celle-ci annonce fatalement son retour redouté à l'écran, tout aussi impressionnantes sont les performances des plus jeunes comédiens, qui semblent faire face à un ogre de conte de fées, une figure hélas bien trop réelle mais tout aussi dévoratrice. En fait, on a rarement vu au sein du cinéma hexagonal une captation aussi brutale et authentique de ce que le patriarcat fait aux hommes, et aux autres.
Une véritable claque, que l’Académie des César a couronné à juste titre, et qui s’avère tout à fait indispensable. Bon courage.
player2