Sophie Marceau tacle avec un ton qui sent le vécu, elle qui a longtemps été dans le viseur des vieux cinéastes libidineux, le gros "male gaze" qui régnait sur le cinéma français période La Boum : hyper sexualisation constante et carrément systématisée de jeunes actrices, scènes de nudité gratuite, metteurs en scène despotes, violences, "femmes-objets" fantasmées par des mecs. On l'écoute.
Celle qui n'a jamais hésité à dénoncer les attitudes de Gérard Depardieu, sur le tournage du "Police" de Maurice Pialat, cinéaste qui aimait humilier ses comédiens (donc forcément adulé par la critique hexagonale), ne s'est jamais exprimée aussi librement. Sexualisée, fantasmée, régulièrement dénuée par des cinéastes majoritairement masculins, Sophie Marceau a su tenir bon dans un monde aussi patriarcal. Même Alain Souchon ne s'est pas privé de chanter "les seins de Sophie Marceau".
"Dans les années 80 c'était vraiment difficile pour les actrices. Surtout pour les jeunes femmes un peu jolies, appétissantes pour les hommes", fustige-t-elle avec éloquence dans un tout nouveau entretien coup de poing pour Marie Claire. Ca sent le vécu effectivement, elle qui a commencé très jeune, et fut très tôt sexualisée. Un film la confronte même, dans des séquences très intimes, et à vingt ans à peine, à Claude Brasseur, qui était de 30 ans son aîné à l'époque.
Sophie Marceau développe avec une véhémence toute contenue : "C'était presque impossible dans ce temps-là de trouver un rôle qui ne soit pas humiliant, sexualisé, sexualisant, ne servant à rien, puisqu'il s'agissait en premier lieu de femme-objet ou de faire-valoir"
Ce n'est pas tout. Il faut encore écouter Sophie Marceau, émancipée du "male gaze", ce regard de cinéaste qui sexualise et calque ses fantasmes sur les comédiennes.
Sophie Marceau dit les termes. Et c'est réjouissant, surtout de la part d'une comédienne qui semblait à ce point cristalliser les désirs des mecs, spectateurs et réalisateurs, deux décennies durant au moins.
On est guère étonné tant la grande Sophie multiplie les déclarations féministes ces dernières années. Elle est même enfin reconnue en tant que telle.
"C'était clairement une époque où les jeunes actrices, souvent réduites à des figures décoratives, peinaient à obtenir des rôles respectueux et valorisants. Elle raconte sans détour les scénarios humiliants et hypersexualisés, ainsi que les refus courageux qui ont jalonné son parcours, dans ces années où dire non n’allait pas de soi.", tel que le détaille Marie Claire à l'unisson de sa prise de parole salutaire et politique.
A La Libre, Sophie Marceau avait déclaré à l'unisson sur le même ton : "Metoo n'est pas un effet de mode. C'est un mouvement très important dans l'histoire de l'évolution des femmes dans le monde. Cela nous a fait comprendre une chose : rien n'est jamais acquis".
"Comme le disait Simone de Beauvoir : Dès qu'une civilisation régresse, ce sont toujours les femmes et les enfants qui en pâtissent les premiers. Victor Hugo disait la même chose à propos de la pauvreté. Moi, je porte cette histoire : je suis une femme, issue d'un milieu dur. Je connais la difficulté d'être libérée".
CQFD. Merci pour tout Sophie !